Le discours attendu de M.
Marc-Philippe DAUBRESSE
ministre délégué au logement et à la ville en réponse aux attentes
exposées
par M. René PALLINCOURT Président Fédéral de la F.N.A.I.M.
Le 58ème congrès de la F.N.A.I.M. a eu lieu les 6 et 7 décembre
2004 au palais des congrès de Paris. A cette occasion un discours de clôture a
été prononcé par M. Marc-Philippe DAUBRESSE
ministre délégué au logement et à la ville en réponse à un constat des
professionnels de l'immobilier présenté par
M. PALLINCOURT a rappelé qu'il n'y avait pas de bulle spéculative de l'immobilier et que la crise provenait avant tout des difficultés d'accession à la propriété et du manque d'investissement dans le logement ancien. Il fixe trois priorités d'action : l'harmonisation de l'achat des logements entre le neuf et l'ancien, la transparence de la gestion des logements et la modernisation du statut des professionnels de l'immobilier.
Harmonisation de l'achat des logements entre le neuf et l'ancien
M. PALLINCOURT rappelle que la politique gouvernementale a pendant longtemps favorisé le neuf ce qui a eu pour conséquence une désertion des ménages des centres-villes en négligeant la politique de mixité sociale. Ssans renoncer à la construction, il faut mettre en place un rééquilibrage. La réforme du PTZ (prêt à taux zéro) va dans ce sens mais pourquoi la décote sur l'ancien ?
Il faut par ailleurs engager une réflexion sur l' I.S.F. qui ne fait pas de différence entre les investisseurs dans la pierre ou dans l'entreprise. En ce qui concerne la relation bailleur/ locataire, M. PALLINCOURT insiste sur la nécessité du dépôt de garantie ainsi que des mesures d'expulsion qui ont un caractère dissuasif.
Transparence de la gestion des logements
Les règles doivent être claires et simples à la fois. La loi S.R.U. a en cela clarifié les obligations du syndic et de sa comptabilité. Mais il faut supprimer les archaïsmes, reprendre la répartition des charges dans le locatif et mettre en place au plus vite la réforme des baux commerciaux.
Modernisation du statut des professionnels de l'immobilier
Il s'agit de la réforme de la loi Hoguet. De nombreux points sont à adapter : les transferts d'honoraires, l'augmentation des montants de garantie, la concurrence des agents de voyage, l'inexistante d'une liste des professions réglementées. Il faut réformer les règles d'un autre âge : le registre rédigé à la main, le refus des cartes bancaires ...
Réponse de M. Marc-Philippe DAUBRESSE ministre délégué au logement et à la ville
Monsieur le président,
Mesdames, Messieurs,
Je suis heureux d’être présent au congrès de la Fédération Nationale
de l’Immobilier. Ma présence traduit l’intérêt que le gouvernement
porte à tous les secteurs du logement et aux professions qui agissent
dans ces secteurs :
- le parc locatif privé, ses cinq millions et demi de logements, et
un rôle social indéniable,
- le parc public, avec un peu plus de quatre millions de logements
- l’accession à la propriété – la France a treize millions de
propriétaires occupants
Trois
secteurs quantitativement importants, qui sont également
concernés par la crise du logement et qui partagent avec nous le
diagnostic sur la situation. Une crise paradoxale car on n’a jamais
construit autant de logements : 357 000 ces douze derniers mois. Une
crise :
- qui résulte de dix années d’insuffisance de construction,
- qui se traduit par une spirale à la hausse, fige la mobilité,
- qui concerne l’ensemble des secteurs, car l’accès à un logement
locatif est problématique dans le parc public et dans le parc
privé ; les ménages arrivent de plus en plus difficilement à
accéder à la propriété,
- qui touche d’abord les plus modestes d’entre nous.
L’objectif du gouvernement est de résoudre cette crise, en agissant sur
tous les leviers, afin d’augmenter très fortement l’offre
économiquement accessible dans les cinq prochaines années.
C’est l’ambition du plan de cohésion sociale, et la loi de
programmation qui comporte les mesures nécessaires est sur le point
d’être votée par le Parlement.
La crise du logement se joue à quitte ou double et, nous, nous avons
choisi de doubler : et pas seulement le logement social. Le logement
social est une préoccupation légitime du gouvernement – car il y a une
insuffisance évidente de logements sociaux – mais ce n’est pas la seule.
Donc,
si nous doublons la production dans le parc public, nous
doublons aussi :
1) le nombre de logements privés remis sur le marché (de 20 à
40 000 par an). L’aide de l’ANAH sera majorée pour ces logements et
ils seront exonérés de la CRL pendant trois ans.
2) le nombre de logements privés à loyers conventionnés, et ainsi
accessibles aux familles modestes.
Et les
moyens nécessaires sont mis en place : dans le budget 2005 nous
aurons 70 M Euros d’autorisations de programme supplémentaires pour
le parc privé (80 pour la parc public) et en 2006 140 M Euros (120 pour
le parc public).
Les propriétaires privés, ils me l’ont dit, sont prêts à travailler dans ce
sens, et je ne doute pas que les professionnels de ce secteur les
conseillent et les aident.
Sans doute faut-il répondre à la crainte d’impayés et mieux sécuriser
les risques des bailleurs.
Sur ce sujet j’ai lancé au sein du Conseil National de
l’Habitat, que je présidai alors, une réflexion sur ce
thème. Ses propositions viennent de m’être présentées.
Leur idée directrice est de mutualiser les risques
locatifs de ceux qui louent leurs logements à des ménages
modestes, locations que les assurances couvrent mal. Ceci pourrait se
traduire par un fonds de garantie pour les logements conventionnés
du parc privé, vers lesquels les produits de la contribution sur les
revenus locatifs concernant ce parc seraient dirigés.
Mais le projet ne consistera pas à créer une couverture logement universelle, qui ressemblait, elle, à une sécurité sociale du logement, comme il en a été question sous le gouvernement précédent, ni à supprimer le dépôt de garantie.
Je veux aussi rappeler qu’il ne saurait être question de mettre fin aux
expulsions dans le parc privé. Les mesures de prévention des
expulsions qui ont été annoncées pour locataires de bonne foi ne
concernent que le parc public. Elles ne peuvent être appliquées au
parc privé, ceci au nom du respect du droit de propriété. L’expulsion
doit rester un recours ultime, mais on ne peut pas exclure d’avoir à y
recourir.
Vous avez aussi signalé les difficultés que rencontre l’investissement
locatif Robien dans l’ancien, à cause d’une définition floue de la
notion de décence des parties communes. Vous avez raison et j’ai
demandé à mes services comment ce point pourrait être éclairci.
Par ailleurs nous avons complété le dispositif, dans le cadre de la loi
Cohésion sociale, par une incitation à l’investissement locatif très
social, qui combine les dispositions du « Robien » avec une déduction
forfaitaire de 40%.
L’accession est un élément essentiel de la politique du logement.
Accéder à la propriété est une aspiration forte de français. En même
temps l’accession favorise les parcours résidentiels et libère des
logements locatifs sociaux qui sont en nombre insuffisant.
Les assises du logement ont mis en évidence que le prêt à taux zéro,
dispositif lisible et efficace au départ, avait perdu de sa force au fil
du temps, qu’il ne concernait pratiquement plus
l’acquisition dans l’ancien, que les primo accédants
réalisaient plus difficilement leur projet.
Nous mettons donc en place un « PTZ plus » qui améliore sensiblement
le dispositif existant :
- il aura la même carrosserie : un prêt qui puisse toujours être
utilisé comme quasi apport personnel par les accédants modestes
et qui abaisse sensiblement leur taux d’effort.
- le
moteur en sera plus puissant : le nombre de primo accédants
ainsi aidés passera de 100 000 à plus de 200 000,
- pour permettre aux établissements de crédit de faire ce prêt,
l’aide doit passer par ces établissements et sera utilisé à cette fin
un autre carburant : non plus un carburant budgétaire, mais un
crédit d’impôt sur les sociétés.
L’aide apportée sera supérieure pour les ménages ayant les revenus les
plus modestes et pour les familles avec au moins deux enfants, car le
montant de l’aide progressera fortement avec la taille de la famille
Enfin ce nouveau PTZ sera ouvert à l’habitat ancien, favorisant ainsi
la mobilité dans le parc, ce que vous souhaitiez fortement. C’est
souvent dans l’habitat existant que les primo accédants peuvent
acheter un logement qui soit situé dans la ville.
Nous avons accepté la proposition des parlementaires, inquiets des
risques inflationnistes de l’ouverture du PTZ à l’ancien sans
travaux, d’avoir pour le prix de l’ancien une décote sur le prix du
neuf. Cela n’a rien d’infamant pour l’ancien, qui dans la pratique est
bien vendu à un prix inférieur à celui du neuf, toutes choses égales par
ailleurs. Et il nous a paru préférable de retenir cette décote plutôt
que d’accepter une quotité de travaux, qui aurait fortement réduit le
nombre de bénéficiaires du PTZ.
Ces différentes mesures sur l’augmentation de l’offre locative économiquement accessible et l’accession me semblent donc respecter votre souhait d’équilibre entre logements neufs et logements anciens. Nous partageons ces deux objectifs et le gouvernement ne reste pas inactif dans ce domaine.
Concernant les charges locatives, j’ai demandé à la présidente de la
Commission Nationale de Concertation de consulter l’ensemble des
partenaires ce qu’elle a fait. Je viens de recevoir ses conclusions, que
je suis en train d’examiner. D’ores et déjà dans
la loi de programmation pour la cohésion sociale, nous
avons réduit à cinq ans le délai de prescription, qui était de
trente ans. Nous permettons aussi de déroger à la réglementation
sur la récupération des charges, par accords collectifs entre
bailleur et locataires. Ces dérogations doivent concerner la sécurité et le
développement durable.
J’en viens maintenant aux réformes qui ont été initiées par le
précédent gouvernement et que nous veillons à mettre en oeuvre.
La réforme de la loi Hoguet en premier lieu. L’ordonnance modifiant cette
loi a été publiée le 1er juillet dernier. Son décret d’application a fait
l’objet de discussions avec vous comme avec les autres partenaires concernés et
il devrait pouvoir être publié prochainement. Je tiens à souligner que ce projet
de décret, s’il présente semble-t-il à vos yeux des imperfections, comporte des
mesures de modernisation qui étaient attendues par les professions : par exemple
validité de la carte professionnelle portée à dix ans, possibilité de tenue
informatique des registres, paiement par carte bancaire…
En ce qui concerne les conditions d’exercice des agents de voyage, je vous précise que l’ordonnance réformant la loi de 1992 sur les activités touristiques, qui sera prise en application de la loi PLH2, harmonisera leurs conditions d’activité avec celles des agents immobiliers. Ces agents ne bénéficieront donc pas de conditions plus souples que les vôtres quand ce texte sera paru.
Vous déplorez l’augmentation de la garantie qui doit être instaurée : il y avait là débat entre les différents professions de l’immobilier. Des exemples récents de défaillances ont montré que les garanties actuelles pouvaient se montrer insuffisantes pour bien protéger le consommateur.
Dernier point sur ce point de la réglementation de la
profession : Le transit de vos honoraires par le compte spécial de l’article
55 du décret de 1972, après la signature de l’acte authentique. Je comprends
votre demande, qui demande un examen attentif en liaison avec le ministre de la
Justice.
Autre thème de règles pour la profession. Les textes d’application de la loi Solidarité et Renouvellement Urbain ensuite. Celle-ci a institué des règles comptables spécifiques aux copropriétés. Vous savez que si le décret correspondant n’a pas encore été publié, c’est que le gouvernement a souhaité qu’un groupe d’experts, réunissant professionnels de la gestion immobilière et représentants des copropriétés, fasse de nouvelles propositions, après un premier projet de décret qui appelait des critiques.
Je suis en mesure de vous préciser sur ce point aujourd’hui :
- que la date d’application des nouvelles dispositions
comptables, issues de la loi SRU et de son décret d’application, est repoussée
au 1er janvier 2006, par la loi sur la cohésion sociale. Ce report vous donne le
temps nécessaire à la mise en place des nouveaux outils.
- que le contenu du décret vient d’être précisé sur les points qui restaient à
régler et que ce décret va donc pouvoir être rapidement publié. Il suivra pour
une bonne part les propositions du groupe d’experts. En particulier le décret
n’imposera pas la tenue de quatre sous comptes pour chaque copropriétaire.
Vous demandez aussi que le délai de rétractation, instauré par la loi SRU pour sécuriser les acheteurs d’un bien immobilier, puisse courir dès la remise de l’acte contre émargement, et non plus à partir de la réception du courrier. Je suis prêt à proposer un examen interministériel de cette question, qui ne met pas actuellement les différents acteurs à égalité.
Vous m’avez enfin interrogé sur le projet de réforme des baux commerciaux, sur la quelle un rapport a été rendu au Garde des Sceaux avant l’été dernier. Le gouvernement procède en ce moment aux consultations qui paraissent nécessaires, avant que ne soit arrêté un texte qui doit traiter d’un sujet complexe. Je comprends vos préoccupations : il est nécessaire de moderniser un réglementation aussi ancienne. Mais mon collègue de la justice a aussi les siennes.
Il nous faut consolider cette nouvelle politique du logement et
nous déposerons à cette fin au printemps 2005 un projet de loi « Habitat pour
tous ». J’en discute en ce moment avec les partenaires et j’en ai présenté les
axes principaux au Conseil National de l’Habitat.
Je suis prêt à examiner notamment avec vous dans ce cadre, comment on peut
mettre fin aux dispositions de la loi de 1948, statut qui est devenu
obsolète et ne permet pas aux propriétaires de rénover leurs logements, et le
faire sans pénaliser les ménages modestes ou âgés, par l’intermédiaire de
mesures transitoires comme vous le proposez.
Le projet comportera également des mesures sur :
- le droit au logement
- l’urbanisme et le foncier, pour permettre aux maires de privilégier la
construction de logements
- l’acquisition de leur logement par les locataires HLM.