Nouvelle répartition des
compétences entre les Tribunaux d'Instance, de Grande Instance et les
juridictions de proximité
Une proposition de loi « relative aux compétences du tribunal d’instance, de la juridiction de proximité et du tribunal de grande instance » est actuellement en discussion devant le Parlement. Afin de remédier aux difficultés constatées sur le terrain, la présente proposition de loi tend à compléter le dispositif voté en 2002 en prévoyant un élargissement des attributions des juges de proximité en matière civile comme en matière pénale. En outre, elle vise à simplifier la répartition des compétences des juridictions de première instance.
La proposition de loi adoptée par
le Sénat a accru les compétences des juges de proximité en matière civile en les
étendant aux affaires personnelles ou mobilières, d'une part, aux litiges d'un
montant financier maximal de 4.000 euros, d'autre part (article 3). Le
législateur n'a pas souhaité remettre en cause la règle ancienne selon laquelle
le faible intérêt du litige excluait toute possibilité d'appel. Les décisions de
la juridiction de proximité seront donc toujours rendues en dernier ressort.
Afin d'éviter que celles-ci aient à se prononcer dans des affaires très
complexes, le Sénat a approuvé les dispositions de la proposition de loi
initiale tendant à confier l'intégralité du contentieux en matière de crédit à
la consommation au tribunal d'instance (article 2), alors qu'il relève
actuellement soit de la juridiction de proximité lorsque l'enjeu financier
n'excède pas 1.500 euros, soit du tribunal d'instance lorsque les affaires
portent sur des sommes supérieures.
Suivant cette même logique, le Sénat n'a pas repris le dispositif initial
relatif à la répartition des compétences entre la juridiction de proximité et le
tribunal d'instance suivant l'intérêt financier du litige en matière de louage
d'immeubles. Le Sénat a craint que ce partage soulève des difficultés
d'application, sources de conflits de compétences, au motif qu'une action en
paiement de loyer était souvent associée à une demande de résiliation de bail.
Il a donc été jugé préférable de confier au juge
d'instance l'exclusivité du contentieux en la matière, y compris s'agissant des
plus modestes (article 2).
Par ailleurs, conformément au dispositif initial, le Sénat a décidé d'ouvrir la
saisine de la juridiction de proximité à de nouvelles catégories de justiciables
: d'une part, les personnes morales et d'autre part, les personnes physiques
pour les besoins de leur vie professionnelle (article 3).
LES APPORTS DE L'ASSEMBLÉE NATIONALE
Outre des clarifications
rédactionnelles et des coordinations apportées aux articles 2 et 9
respectivement relatifs aux compétences spéciales du tribunal d'instance et à
des coordinations dans le code de procédure pénale, les députés, suivant la
position de leur commission des Lois et avec l'avis favorable du Gouvernement,
ont modifié le dispositif du Sénat sur deux points.
En premier lieu, ils ont proposé une solution de compromis entre le texte
initial et le dispositif adopté au Sénat en ce qui concerne la répartition des
compétences en matière de louage d'immeubles (article 2 et 4).
Le rapporteur de l'Assemblée
nationale, M. Jean-Paul Garraud, a fait valoir que le transfert de l'intégralité
du contentieux en la matière au tribunal d'instance risquait de réduire
significativement le volume d'affaires traitées par la juridiction de proximité,
les litiges portant sur les restitutions du dépôt de garantie représentant une
part importante de leur activité. Il a craint que cette disposition contredise
l'objectif initial du présent texte tendant à élargir les compétences de la
juridiction de proximité. L' Assemblée nationale a donc
prévu une exception à la compétence exclusive du tribunal d'instance en matière
de bail d'habitation fixée par le Sénat afin de maintenir la compétence de la
juridiction de proximité en matière de restitution du dépôt de garantie
(Dont le régime est fixé par
l'article 22 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 tendant à améliorer les
rapports locatifs et portant modification de la loi n° 86-1290 du 23 décembre
1986).
Cet ajout, judicieux, mérite d'être approuvé. La compétence confiée aux juges de
proximité présente l'avantage d'être résiduelle et strictement limitée à un
contentieux particulier. En outre, elle ne remet pas en cause le souci du
Sénat d'éviter que le juge de proximité ait à se prononcer sur la résiliation du
bail ou l'expulsion du locataire. En effet, à la réflexion, il eût été
regrettable de supprimer une part importante du contentieux civil traité par les
juridictions de proximité, alors même que telle est la justification de la
présente réforme.
En second lieu, afin de permettre au parquet d'appliquer la présente réforme
dans de bonnes conditions, les députés ont proposé de différer de trois mois à
compter de la date de sa publication l'entrée en vigueur du volet pénal de la
présente proposition de loi (article 11).
Enfin, à l'initiative de leur commission des Lois et avec l'avis favorable du
Gouvernement, les députés ont complété le texte du Sénat par une précision
technique pour permettre au tribunal de police de statuer sur plusieurs
contraventions connexes relevant pour certaines de la compétence de la
juridiction de proximité et pour d'autres de celle du tribunal de police. Ce
dispositif ne soulève aucune difficulté puisqu'il se borne à reprendre dans la
loi des dispositions énoncées actuellement à l'article R. 53-40 du code de
procédure pénale (article 7).
Consulter le projet de loi adopté par le Sénat le
22 décembre 2004
Source :
http://www.senat.fr