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Le moteur du crédit va connaître des ratés en 2008... Analyse d'Alexandre BOURGEOIS (Natixis)

 

A partir de 2003, dans le sillage de la baisse des taux d’intérêt initiée par la BCE (jusqu’à 2 %, entre mi-2003 et fin 2005, un plus bas depuis plusieurs décennies), les crédits au secteur privé ont connu une accélération soutenue, passant d’un rythme de croissance annuelle d’environ 1 % l’an à l’époque à plus de 13 % l’an désormais.

Depuis cinq ans, les crédits au secteur privé ont connu une évolution très dynamique.

Pourtant, tout semble indiquer que cette période de dynamisme touche désormais à sa fin. En effet, la dernière enquête de la Banque de France sur la distribution du crédit dans l’Hexagone montre sans ambiguïté que les banques commerciales sont désormais moins disposées à fournir des crédits à faible coût. En particulier pour les sociétés non-financières. Dans un contexte de légère hausse de la demande de fonds prêtables (certainement liée à la difficulté actuelle des entreprises à se financer sur les marchés), plus de la moitié des banques ont durci (certaines fortement) leurs critères d’octroi de prêts. Pour justifier cette politique, ces dernières invoquent plusieurs éléments, certains liés à leur situation personnelle (coûts liés aux fonds propres), d’autres à la situation actuelle des marchés financiers (difficulté d’accès aux financements de marché, crise de liquidité), d’autres enfin relatifs à la dégradation des perspectives économiques générales. En conséquence, malgré la baisse récente des taux d’intérêt, liée au flight to quality observé sur les marchés, les banques préfèrent ne pas répercuter ces baisses sur leurs entreprises clientes et augmenter ainsi leurs marges.

Un resserrement des conditions d’octroi de prêts aux entreprises inconnu depuis cinq ans.

Le ralentissement progressif du crédit qui devrait intervenir au cours des prochains mois est bien évidemment une mauvaise nouvelle pour les entreprises françaises. Dans un contexte difficile sur les marchés financiers, ces dernières auront du mal à financer leurs projets. En effet, à la différence de leurs homologues allemandes par exemple, leur situation financière ne leur permet pas d’autofinancer leurs investissements. En conséquence, le ralentissement de l’investissement des entreprises observé au cours des derniers mois devrait se confirmer en 2008.

Du côté des ménages, le durcissement des conditions d’octroi des prêts s’annonce moins marqué. En effet, l’enquête de la Banque de France auprès des banques montre que ces dernières, dans leur ensemble, n’ont pratiquement pas modifié leurs conditions et n’envisagent pas de le faire au cours des prochains mois. Mais il faut toutefois rappeler qu’à la différence des crédits aux entreprises, le retournement du marché des crédits à l’habitat a déjà commencé depuis plus d’un an (de + 15,8 % en glissement annuel en octobre 2006 à + 12,5 % en décembre 2007), dans le sillage du ralentissement immobilier que connaît l’Hexagone (comme l’illustre la nette décélération des prix dans l’ancien ou le recul massif des mises en chantier et des permis de construire depuis l’automne). D’ailleurs, l’enquête de la Banque de France montre également que la demande de crédits à l’habitat n’a cessé de se replier ces derniers mois.

La demande de crédits immobiliers continue de ralentir nettement.

Même si le ralentissement du marché immobilier devrait se confirmer dans le courant de l’année 2008, pour autant, une crise telle que celle qu’on observe actuellement aux Etats-Unis a peu de chance de se déclencher en France. En effet, tous les indicateurs du marché immobilier (ratio stocks / vente, prix moyen d’un logement standard en années de RDB, dette des ménages…) prouvent que les excès sur le marché français n’ont rien de commun avec ceux qu’on enregistre outre-Atlantique. En outre, les structures mises en place sous le nom de crédits subprimes aux Etats-Unis n’existent (presque) pas en France où, sur la période récente, près de 90 % des crédits à l’habitat ont été accordés sur la base de taux fixes. En conséquence, le taux de créances douteuses au bilan des banques françaises se trouve actuellement à des planchers (environ 3 % de l’encours de crédit). Bref, si un ralentissement de la distribution du crédit aux ménages et aux entreprises ne semble pas faire de doute, on ne peut pas pour autant parler de « credit crunch à la française ».
A l’arrivée, l’arrêt du soutien du crédit à la croissance française (qu’on estime à un peu moins de 0,5 point de croissance chaque année depuis cinq ans) ne sera toutefois pas sans conséquence. Conjugué aux facteurs défavorables observés récemment (ralentissement des partenaires commerciaux de la France, hausse de l’euro, crise de confiance des ménages,…), il devrait pénaliser l’activité, ramenant la croissance à un niveau proche de 1,5 % (contre 2 % en moyenne sur les quatre dernières années).

 

Source : http://www.banquepopulaire.fr
Alexandre BOURGEOIS Natixis - 03/03/2008


 

 
 

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Dernière modification : 11/12/2008
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