A partir de 2003,
dans le sillage de la
baisse des taux
d’intérêt initiée par la
BCE (jusqu’à 2 %, entre
mi-2003 et fin 2005, un
plus bas depuis
plusieurs décennies),
les crédits au secteur
privé ont connu une
accélération soutenue,
passant d’un rythme de
croissance annuelle
d’environ 1 % l’an à
l’époque à plus de 13 %
l’an désormais.
Depuis cinq ans, les
crédits au secteur privé
ont connu une évolution
très dynamique.
Pourtant, tout semble
indiquer que cette
période de dynamisme
touche désormais à sa
fin. En effet, la
dernière enquête de la
Banque de France sur la
distribution du crédit
dans l’Hexagone montre
sans ambiguïté que les
banques commerciales
sont désormais moins
disposées à fournir des
crédits à faible coût.
En particulier pour les
sociétés
non-financières. Dans un
contexte de légère
hausse de la demande de
fonds prêtables
(certainement liée à la
difficulté actuelle des
entreprises à se
financer sur les
marchés), plus de la
moitié des banques ont
durci (certaines
fortement) leurs
critères d’octroi de
prêts. Pour justifier
cette politique, ces
dernières invoquent
plusieurs éléments,
certains liés à leur
situation personnelle
(coûts liés aux fonds
propres), d’autres à la
situation actuelle des
marchés financiers
(difficulté d’accès aux
financements de marché,
crise de liquidité),
d’autres enfin relatifs
à la dégradation des
perspectives économiques
générales. En
conséquence, malgré la
baisse récente des taux
d’intérêt, liée au
flight to quality
observé sur les marchés,
les banques préfèrent ne
pas répercuter ces
baisses sur leurs
entreprises clientes et
augmenter ainsi leurs
marges.
Un resserrement des
conditions d’octroi de
prêts aux entreprises
inconnu depuis cinq ans.
Le ralentissement
progressif du crédit qui
devrait intervenir au
cours des prochains mois
est bien évidemment une
mauvaise nouvelle pour
les entreprises
françaises. Dans un
contexte difficile sur
les marchés financiers,
ces dernières auront du
mal à financer leurs
projets. En effet, à la
différence de leurs
homologues allemandes
par exemple, leur
situation financière ne
leur permet pas
d’autofinancer leurs
investissements. En
conséquence, le
ralentissement de
l’investissement des
entreprises observé au
cours des derniers mois
devrait se confirmer en
2008.
Du côté des ménages, le
durcissement des
conditions d’octroi des
prêts s’annonce moins
marqué. En effet,
l’enquête de la Banque
de France auprès des
banques montre que ces
dernières, dans leur
ensemble, n’ont
pratiquement pas modifié
leurs conditions et
n’envisagent pas de le
faire au cours des
prochains mois. Mais il
faut toutefois rappeler
qu’à la différence des
crédits aux entreprises,
le retournement du
marché des crédits à
l’habitat a déjà
commencé depuis plus
d’un an (de + 15,8 % en
glissement annuel en
octobre 2006 à + 12,5 %
en décembre 2007), dans
le sillage du
ralentissement
immobilier que connaît
l’Hexagone (comme
l’illustre la nette
décélération des prix
dans l’ancien ou le
recul massif des mises
en chantier et des
permis de construire
depuis l’automne).
D’ailleurs, l’enquête de
la Banque de France
montre également que la
demande de crédits à
l’habitat n’a cessé de
se replier ces derniers
mois.
La demande de crédits
immobiliers continue de
ralentir nettement.
Même si le
ralentissement du marché
immobilier devrait se
confirmer dans le
courant de l’année 2008,
pour autant, une crise
telle que celle qu’on
observe actuellement aux
Etats-Unis a peu de
chance de se déclencher
en France. En effet,
tous les indicateurs du
marché immobilier (ratio
stocks / vente, prix
moyen d’un logement
standard en années de
RDB, dette des ménages…)
prouvent que les excès
sur le marché français
n’ont rien de commun
avec ceux qu’on
enregistre
outre-Atlantique. En
outre, les structures
mises en place sous le
nom de crédits subprimes
aux Etats-Unis
n’existent (presque) pas
en France où, sur la
période récente, près de
90 % des crédits à
l’habitat ont été
accordés sur la base de
taux fixes. En
conséquence, le taux de
créances douteuses au
bilan des banques
françaises se trouve
actuellement à des
planchers (environ 3 %
de l’encours de crédit).
Bref, si un
ralentissement de la
distribution du crédit
aux ménages et aux
entreprises ne semble
pas faire de doute, on
ne peut pas pour autant
parler de « credit
crunch à la française ».
A l’arrivée, l’arrêt du
soutien du crédit à la
croissance française
(qu’on estime à un peu
moins de 0,5 point de
croissance chaque année
depuis cinq ans) ne sera
toutefois pas sans
conséquence. Conjugué
aux facteurs
défavorables observés
récemment
(ralentissement des
partenaires commerciaux
de la France, hausse de
l’euro, crise de
confiance des
ménages,…), il devrait
pénaliser l’activité,
ramenant la croissance à
un niveau proche de 1,5
% (contre 2 % en moyenne
sur les quatre dernières
années).
