En quoi le notariat est-il intéressé par le droit du développement durable ? En tant que juristes, les notaires participent à l’application, à l’effectivité et à l’efficacité du droit. Depuis une quinzaine d’années, le développement durable s’est imposé dans de nombreuses législations et réglementations que les notaires doivent prendre en compte pour la rédaction des actes.
Tour à tour, le Code rural en 1995, le Code de l’urbanisme et celui de l’environnement en 2000, et même le Code de commerce, pour ne citer que ceux-là, ont intégré ce standard dans leur corpus.
Le droit communautaire et de nombreuses conventions internationales (par exemple la convention d’Aarhus), dont les textes sont d’application directe dans l’hexagone, précisément également le contenu matériel au principe de développement durable. En appliquant ces textes dans chacun des actes qu’ils réalisent pour vingt millions de clients chaque année, les notaires se font les porte-parole, les exégètes, de ce nouveau droit encore méconnu du public. Parmi toutes ces sources réglementaires, les notaires en charge du Congrès de 2008 ont sélectionné celles qui impactent quotidiennement leur pratique professionnelle et concernent directement leurs clients.
Quatre grands thèmes ont été retenus, traités par quatre commissions par quatre commissions :
- La gestion
économe des sols
- La gestion
prudente des
ressources et
espaces naturels
- Risques et
activités
professionnelles
- Information et
participation
des citoyens
1°/ La gestion économe des sols
Le sol, denrée rare, fait l’objet de conflits d’usage : l’urbanisation se développe au détriment de l’espace rural et les contraintes démographiques s’opposent et à celles de la production agricole. Depuis la promulgation de la Charte de l’environnement, dans les communes non couvertes par des plans d’urbanisme, ou dans celles soumises à l’application de la loi montagne ou de la loi littoral, les textes qui conditionnent la délivrance des permis doivent être réinterprétés à la lumière du développement durable. Qu’il s’agisse d’un simple permis de construire ou d’une opération d’aménagement plus importante, lotissement ou ZAC par exemple, l’ensemble des règles de fond, qui conditionnent la délivrance des autorisations d’occuper le sol, doivent satisfaire à une gestion durable de l’espace. Pour cette raison, une nouvelle approche du droit de l’urbanisme s’impose. Les règles du droit rural doivent également évoluer pour tenir compte des nouvelles données démographiques et technologiques propres au monde agricole. Conformes au développement durable, elles doivent permettent de concilier production et environnement. Évolution du droit rural, réinterprétations des textes, nouvelle approche du droit de l’urbanisme, telles furent les sujets d’étude de la première commission. telles furent les sujets d’étude de la première commission.
2°/ La gestion prudente des ressources et espaces naturels
« On commande à la nature en
lui obéissant » « On
commande à la nature en lui
obéissant » (F. Bacon). Pour
avoir oublié ce précepte,
les États et leurs habitants
ont laissé l’environnement
se dégrader. Néanmoins, des
outils juridiques ont été
mis en place pour tenter de
protéger l’eau, l’air, les
sols ou la biodiversité.
C’est sur ces outils que la
deuxième commission s’est
penchée. La pratique
notariale connaît bien l’un
d’entre eux relatif à la
protection de l’eau. Les
actes de vente d’immeubles
bâtis comportent désormais
un
paragraphe « assainissement
», composant essentiel des
politiques de développement
durable.
Autre étude menée par la
deuxième commission :
l’aménagement et le régime
juridique de l’eau
(pluviales, potable, usées).
Comment éviter, par exemple,
de réaliser un ensemble
immobilier (pluviales,
potable, usées). Comment
éviter, par exemple, de
réaliser un ensemble
immobilier
autorisé au titre du
droit de l’urbanisme, mais
ne satisfaisant pas aux
prescriptions de la loi sur
l’eau ?
Parcs régionaux ou
nationaux, zones Natura
2000, arrêtés de biotope...
Au total près de 20% du
territoire national est
protégé. Mais ces espaces
appartiennent à des
propriétaires qui en
disposent à leur gré. Aussi
les contrats et actes divers
relatifs à ces territoires
doivent prendre en compte
leur spécificité. Une lourde
tâche pour les juristes !
Enfin, la deuxième
commission traite du statut
juridique des forêts qui
couvrent 27% du territoire
national et dont la bonne
gestion
concourt fortement au
développement durable.
3°/ Risques et activités professionnelles
La production de biens manufacturés ne se fait pas sans risques bien que le droit français ait depuis longtemps encadré l’activité industrielle. Pour la seule période post-révolutionnaire citons le décret napoléonien de 1810, la loi de 1917 et enfin celle du 19 juillet 1976 qui régit les installations classées pour l’environnement (ICPE).
Cette législation ne
concerne d’ailleurs pas
uniquement les
installations dont la
dangerosité est évidente,
raffineries de pétrole ou
centrales uniquement les
installations nucléaires.
Elle peut tout autant
concerner le pressing
installé à l’angle de la rue
ou la cave du viticulteur !
La troisième commission
s’est intéressée à ce droit
complexe et mouvant.
Depuis 1992, les notaires,
en rédigeant les actes de
mutation d’une propriété
foncière, consacrent
un paragraphe à sa
situation au regard d’une
pollution artificielle. La
rédaction de cette clause
mérite d’être approfondie
notamment par rapport à la
législation relative aux
déchets dont le champ
d’application est
considérablement élargi par
le juge communautaire. Une
réflexion de
même nature doit accompagner
la rédaction des garanties
de passif et d’actif d’une
cession d’entreprise. Enfin,
la jurisprudence relative
aux troubles anormaux de
voisinage connaît une
croissance exponentielle.
Ceci oblige le notaire à
informer ses clients de ce
risque environnemental
dont l’acronyme NIMBY (not
in my backyard) résume le
fondement.
4°/ Information et participation des citoyens
À chacun de
promouvoir le développement
durable ! Soit, mais pour
cela, il faut d’abord être
informé, pouvoir prendre
part aux décisions, et, si
nécessaire, les contester en
cas d’irrégularité.
La quatrième commission
s’est penchée sur ces trois
piliers de la convention
d’Aarhus(1998) applicable
dans le droit français.
Qu’il s’agisse de
l’élaboration d’un plan
d’exposition aux risques,
d’un document d’urbanisme,
de la construction d’un
centre commercial ou de
l’aménagement d’une ZAC, les
citoyens, qui ne sont plus
seulement des administrés,
doivent connaître les
dossiers afin de participer
efficacement à la prise de
décision finale. Le droit
français a mis en place un
grand nombre de procédures
administratives concourant à
l’information et la
participation des citoyens :
étude d’impact,
concertation, enquête et
débat public. Mais leur
particularisme et leur
enchevêtrement découragent
les plus résolus ! Le
notaire peut être
l’interface entre une
clientèle dont il connaît
bien les ressources et ces
situations complexes. Le
notariat, par son maillage
territorial et sa fonction
d’arbitre impartial qui lui
est familière peut jouer le
rôle, nouveau mais
déterminant, de facilitateur
au sens socratique du terme.
