Trois évolutions continuent de peser
sur l’économie mondiale. En cause,
tout d’abord, la chute de la
construction immobilière, qui ne
donne pas de signal d'accalmie et
touche aussi bien les États-Unis que
l’Irlande, l’Espagne ou le
Royaume-Uni.
Vient ensuite le renchérissement des
matières premières agricoles et
pétrolières, dont la poursuite
alimente la hausse des prix à la
consommation. La ponction ainsi
opérée sur le pouvoir d’achat vient
s’ajouter à la baisse de valeur du
patrimoine immobilier pour freiner
la consommation des ménages.
La crise des marchés
financiers, qui incite les banques à
freiner le crédit, tend enfin à se
prolonger.
La France s'est tenue jusqu'ici à
l’écart du ralentissement mondial,
affichant encore une robuste
croissance du PIB au premier
trimestre (+0,6 %).
Mais les enquêtes de
conjoncture signalent désormais un
retournement des anticipations des
chefs d’entreprise qui touche
l’ensemble des secteurs.
Le ralentissement de
l’économie mondiale pèse sur les
carnets de commandes, de sorte que
la production manufacturière ne
devrait plus guère croître au cours
des prochains trimestres.
La demande des ménages français tend
en outre à s'affaiblir. Comme dans
les autres pays industrialisés, la
consommation pâtit de la hausse des
prix des matières premières et le
pouvoir d’achat du revenu ne devrait
qu'assez faiblement progresser en
2008. Comme c’est le cas
habituellement en phase de freinage
du revenu, le taux d’épargne devrait
baisser et soutenir la consommation.
Mais cette baisse s’annonce modeste,
les ménages semblant privilégier le
maintien d’une épargne de précaution
abondante.
En
outre, la France subit à son tour un
retournement du marché immobilier.
L’investissement résidentiel des
ménages, encore en croissance
l’année dernière, devrait nettement
baisser en 2008, comme le laisse
attendre la chute des mises en
chantier du début d’année.
Ainsi, la croissance française
devrait être faible d’ici la fin de
l’année (+0,0 % à +0,2 % par
trimestre). Sur l’ensemble de
l’année elle serait limitée à 1,6 %.
La baisse du chômage, encore
sensible au premier trimestre,
devrait quasiment s’interrompre et
le taux de chômage s'établirait à
7,1 % en France métropolitaine en
fin d'année.
Au-delà des aléas récurrents portant
sur l’environnement international de
la France, et qui n’ont pas disparu
(pétrole, taux de change, vitesse de
résorption des tensions
financières,...), ce scénario est
affecté de deux aléas plus nouveaux.
Tout d’abord, si la chute des mises
en chantier du début d’année se
poursuivait dans les mois à venir,
l’investissement des ménages
pourrait amputer davantage encore la
croissance française. À l’inverse,
la bonne résistance dont a fait
preuve jusqu’à présent
l’investissement des entreprises
pourrait se prolonger un peu plus
longtemps qu’anticipé et soutenir
ainsi l'activité, dans un contexte
où des tensions persistent encore
sur l'appareil de production.
La crise
immobilière américaine est l’une des
plus sévères de l'après-guerre
Le ralentissement est plus marqué
dans les pays où le marché
immobilier s’est retourné
brutalement. Aux États-Unis, la
crise du marché immobilier n’est pas
terminée : les ventes de logements
continuent de baisser, les stocks de
logements invendus sont au plus haut
et les mises en chantier au plus
bas.
Cette crise
immobilière est d’ores et déjà l’une
des plus sévères de l'après-guerre.
L’investissement en logement des
ménages continue de chuter et leur
consommation commence à pâtir de la
baisse de leur patrimoine
immobilier. L’économie américaine
devrait dans ces conditions
connaître une quasi-stagnation au
cours des prochains trimestres.
L'activité resterait toutefois
soutenue par un commerce extérieur
qui profiterait de la dépréciation
passée du dollar et, temporairement,
par la relance fiscale.
Le
retournement des prix immobiliers
est également brutal au Royaume-Uni
Au Royaume-Uni également, le marché
immobilier s’est retourné.
L’investissement en logement des
ménages aurait reculé au premier
trimestre en lien avec un ajustement
assez brutal des prix immobiliers.
D’ici la fin de l’année, la
croissance économique serait atone.
En zone
euro, la situation du marché
immobilier est moins préoccupante en
moyenne
En zone euro enfin, la situation de
l’immobilier est moins préoccupante
en moyenne, même si les marchés
immobiliers de certains pays comme
l’Espagne, la Finlande ou l’Irlande
s’ajustent brutalement et qu’il
n’est pas exclu que d’autres leur
emboîtent le pas.
En outre,
l’investissement non résidentiel
devrait permettre à l’investissement
en construction de continuer
d’augmenter. Contrairement aux
États-Unis et au Royaume-Uni, la
zone euro devrait bénéficier d’une
demande intérieure un peu plus
soutenue du fait du plus grand
dynamisme des salaires, notamment en
Allemagne et en Italie.
Néanmoins, la
consommation serait freinée par le
niveau élevé de l’inflation et le
commerce extérieur pâtirait de
l’appréciation passée de l’euro et
du ralentissement mondial. La
croissance devrait donc rester
modeste, comme le suggère la
dégradation continue des enquêtes
européennes de conjoncture.