Le garde des Sceaux,
Rachida Dati, a prononcé
une allocution le 6
octobre à l'occasion du
colloque organisé au
Conseil supérieur du
notariat sur « La
circulation de l'acte
authentique dans
l'espace judiciaire
européen ».
Monsieur le Président de
la Commission des
Affaires juridiques,
Monsieur le Président du
Conseil supérieur du
notariat, cher Bernard,
Mesdames et Messieurs,
Permettez-moi, tout
d'abord, de remercier
Bernard Reynis et le
Conseil supérieur du
notariat d'avoir
accueilli cette
manifestation de la
Présidence française de
l'Union européenne.
Les notaires français et
européens ont toujours
manifesté un intérêt à
la création d'une
culture juridique
européenne. Votre
expérience et votre
engagement au sein de
l'Union sont
particulièrement
précieux.
La présidence française
souhaite rendre l'Europe
plus proche de ses
citoyens. C'est une
préoccupation que
Jacques Barrot partage
également : il vous le
dira ce soir. La
réflexion que nous
lançons aujourd'hui sur
la circulation des actes
authentiques contribuera
à faire avancer la
liberté d'aller et venir
dans l'Union Européenne.
Je veux remercier
spécialement le
Président Gargani de sa
présence à Paris, pour
marquer sa volonté de
faire progresser
l'Europe de la Justice.
La Commission des
Affaires Juridiques du
Parlement européen s'est
d'ailleurs saisie du
dossier de l'acte
authentique européen.
Evoquer les actes
authentiques, ce n'est
pas une question
théorique, c'est parler
de notre quotidien à
tous, c'est dresser
l'inventaire de ce qui
reste à construire en
Europe.
L'Europe a déjà réussi à
offrir à ses citoyens un
espace de libre
circulation. Il reste à
faire vivre l'Europe de
la Justice.
- 8 millions de citoyens
européens vivent dans un
Etat membre qui n'est
pas le leur. Ils
viennent suivre leurs
études, travailler,
passer leur retraite ;
- 10 millions de couples
bi-nationaux existent à
travers l'Union ;
- 170 000 divorces par
an impliquent des
conjoints de
nationalités
différentes.
Dans les modes de vie,
dans les actes de la vie
quotidienne, la libre
circulation est devenue
une réalité.
Les frontières humaines
sont tombées, mais les
frontières juridiques
restent encore !
L'espace de liberté, de
sécurité et de justice
se heurte à de nombreux
obstacles.
Le film que nous avons
vu il y a quelques
minutes nous a montré
les difficultés
rencontrées par un
couple et une
entreprise. Ils sont aux
prises avec les
difficultés juridiques
qu'entraînent des droits
et des systèmes
procéduraux différents.
Les témoignages de ce
jeune couple et de cette
entreprise traduisent
bien les limites de la
construction européenne.
La liberté de
circulation n'est pas
achevée, elle n'est pas
encore une réalité, ni
pour les citoyens et
leurs familles, ni pour
les entreprises.
Les jugements ou les
décisions prises dans un
Etat ne peuvent pas
toujours être exécutés
dans un autre Etat
membre de façon
satisfaisante.
C'est notamment le cas
pour les actes
authentiques.
Ce qui fait la force
d'un acte authentique,
c'est sa nature
juridique. L'acte
authentique est délivré
au nom de l'Etat, au nom
de la puissance
publique, par une
autorité publique comme
le notaire. C'est la
garantie de son
authenticité. C'est
surtout une sécurité
juridique qui est
offerte à nos
concitoyens.
Aujourd'hui, l'acte
authentique est présent
dans la vie quotidienne
: contrat de mariage,
donation, testament,
procuration, acte de
vente, contrat entre
sociétés...
Il est présent dans la
vie des familles et dans
la vie des entreprises.
La notion d'acte
authentique est une
réalité reconnue à
travers l'Europe. Elle
est déjà présente dans
les textes européens de
coopération judiciaire
civile et dans la
jurisprudence de la Cour
de Justice des
Communautés européennes.
Vous le savez, vingt et
un pays européens
connaissent la notion
d'acte authentique.
Il est important de
réfléchir à la façon
dont ces actes
pourraient circuler plus
facilement en Europe.
Permettez-moi de
prendre un exemple :
Une personne âgée qui
vit en Allemagne veut
acheter un appartement
en Espagne. Le jour de
la signature du contrat
de vente, elle ne peut
se déplacer en Espagne.
Son notaire allemand
établit une procuration.
Mais celle-ci n'aura de
valeur en Espagne que si
elle a été reconnue
officiellement par les
autorités espagnoles....
C'est une procédure qui
complique inutilement
les choses.
Des avancées
importantes ont été
enregistrées :
- Les actes authentiques
qui constatent une
créance ont aujourd'hui
la même force que
certains jugements,
quand il faut recourir à
leur exécution forcée
dans un autre pays ;
- Ces actes peuvent même
circuler selon les
règles du titre
exécutoire européen, ce
qui signifie une
suppression totale de
l'exequatur.
Nous devons encore
progresser pour que les
effets des actes
authentiques soient
mutuellement reconnus.
Nous devons agir pour
avancer. Notre objectif
est clair : faciliter le
quotidien de ceux qui
sont amenés à se
déplacer régulièrement
d'un pays à l'autre.
L'Europe ne doit pas
être là pour compliquer.
L'Europe est là pour
simplifier.
Cette volonté, nous la
mettons en œuvre dans
d'autres domaines. Je
pense par exemple au
recouvrement des
pensions alimentaires,
ou à la société privée
européenne.
Nous avons aussi besoin
de développer la
reconnaissance mutuelle
des actes authentiques.
Il faut qu'un acte
authentique passé dans
n'importe quel Etat
membre soit reconnu de
la même façon dans les
autres Etats membres.
Tous les éléments de
fait ou de droit que cet
acte authentique
constate doivent être
pris en considération de
façon identique dans
tous les autres Etats.
C'est intentionnellement
que je parle de
reconnaissance mutuelle
des actes authentiques.
La création d'un
véritable acte
authentique européen se
fera dans un second
temps.
Les débats actuels de la
commission JURI le
montrent très bien : les
systèmes juridiques
nationaux sont très
divers. Il y a notamment
les systèmes
continentaux et ceux de
common law.
Il faut respecter cette
diversité et, en même
temps, resserrer les
liens entre nos systèmes
juridiques.
L'Europe de la Justice
s'est construite sur un
principe : la confiance
mutuelle.
C'est toujours une
première étape avant la
réalisation
d'instruments uniques de
coopération. Il faut
construire l'Europe de
la Justice avec
pragmatisme et réalisme.
La reconnaissance
mutuelle doit porter sur
tous les types d'actes.
Jusqu'ici, nous avons
beaucoup raisonné
secteur par secteur.
Il est temps d'avoir une
approche plus
ambitieuse. Il faut
examiner les conditions
à mettre en œuvre pour
qu'un acte authentique
puisse circuler
librement en Europe.
Mesdames et Messieurs,
Je compte sur vous pour
y réfléchir, sans tabou,
afin de renforcer la
confiance mutuelle entre
tous les Etats.
Les professions
juridiques et
judiciaires contribuent
très largement au débat
sur la culture
judiciaire européenne.
Par leur expérience,
elles apportent une
véritable plus-value.
C'est pour cela que je
souhaite que les
professions soient
associées au Réseau
judiciaire européen. Il
gagnera encore en
efficacité.
Le rapport Lamassoure a
montré que les citoyens
étaient trop souvent des
oubliés de l'action de
la Communauté en faveur
de la libre circulation
des personnes.
Aujourd'hui, vous avez
l'occasion de prouver le
contraire.
Permettez-moi de vous
souhaiter un excellent
colloque et de vous
rappeler que nous serons
très attentifs aux
conclusions de vos
travaux.
Je vous remercie.
L'acte authentique : un
acte mi privé, mi
public.
L'acte authentique est
défini par l'article
1317 du code civil. Il
s'agit d'un document
établi par un officier
public habilité par la
loi (souvent notaire,
officier d'état civil,
huissier de justice),
rédigé selon les
formalités exigées par
la loi et dont on peut
obtenir l'exécution
forcée (c'est-à-dire la
mise à exécution, si
besoin, par la force
publique). L'acte
authentique peut être un
acte notarié (vente
immobilière,
testament...), un
procès-verbal de vente
d'un commissaire priseur
ou encore un acte de
mariage. Il peut être
dressé sur support
électronique. Il est
différent de l'acte sous
seing privé qui, lui,
est un écrit rédigé par
des personnes privées,
ayant pour objet de
constater un acte
juridique, comme une
vente, ou un fait
juridique, comme un
constat d'accident.
L'acte authentique est
vecteur de confiance et
de sécurité juridique.
