Dans une interview réalisé par la la radio BFM, Stéphane Soumier (émission Good Morning Business du 18 juin 2009) interroge M. Buzy-cazaux sur les raisons de son départ ainsi que sur les moyens d'analyse du marché de l’immobilier.
 

" Stéphane Soumier : vous êtes encore pour quelques jours, d'une question légale, le délégué général de la Fnaim ?
Henri Buzy-Cazeaux : oui, je suis sous le coup d'une procédure de licenciement.

La Fnaim est le premier syndicat en France en terme de représentation d'agents immobiliers ?
En nombre d'adhérents, tout à fait.

Vous êtes viré. Personne ne ment dans cette histoire immobilière, simplement ce que vous vouliez dire c'est que personne ne sait...
La Fnaim a fait état de divergences stratégiques avec moi, celle-là était majeure. J'exerce un peu ici un droit de réponse. Il y avait cette divergence considérable sur la qualité de l'indicateur de cette organisation professionnelle, mais aussi sur d'autres.
J'ai le sentiment qu'en vingt ans, on est passé du désert à la jungle. On a aujourd'hui pléthore d'indicateurs sur le marché de la revente des logements, et je me mets un peu à la place du futur ministre du Logement arrivant et cherchant à savoir ce qui se passe, si le marché fonctionne bien ou pas, si les prix évoluent à la hausse ou à la baisse, je pense qu'il sera désemparé. C'est un problème pour prendre des décisions publiques aussi.

Tout cela arrive alors que l'on va entrer dans une nouvelle vague, dans une nouvelle batterie d'indicateurs. On aura demain, après-demain, au début de la semaine prochaine, l'ensemble des grands réseaux immobiliers qui vont donner leurs chiffres et ceux-ci ne signifient plus rien. Peut-on dire ça aussi brutalement ?
Je crois qu'ils n'ont pas tous le même degré de fiabilité d'une part. On constate d’autre part, des divergences suffisamment fortes pour que l'on s'inquiète. Au bout du compte, lorsque l'on est sûr de rien, c'est un peu comme si on n'avait pas véritablement d'outils assez fiables.

On insiste sur l'idée que les notaires ont des chiffres fiables. Cela dit, je sais très bien, vu quand on les reçoit, qu’ils donnent la température qu'il fait en hiver alors que vous êtes sur la plage. Ils ont six mois de retard ces chiffres, on ne peut pas s'appuyer dessus.
Les chiffres des notaires ont aujourd'hui une grande qualité quoi qu'il en soit, c'est qu'ils embrassent la quasi-totalité des transactions par définition, puisque le notaire est au bout de chacune d’entre elles, au bout de la chaîne.
D'autres peuvent concourir à la connaissance du marché, et notamment en amont, parce que vous avez raison, le marché se fait au moment où le vendeur et l'acquéreur se mettent d'accord, c'est-à-dire plusieurs mois avant l'acte authentique chez le notaire. Donc les agences immobilières, les agents commerciaux, peuvent apporter leur pierre à l'édifice. Mais aujourd'hui on n'a pas « un » édifice, on en a beaucoup trop et j'ai l'impression que la lisibilité en est complètement troublée. On le voit bien, en tant qu'observateur économique.

La goutte d'eau qui a fait déborder le vase, ce sont les derniers chiffres de la Fnaim sur une éventuelle hausse des prix dans l'ancien, qui nous avait énormément surpris. C'est là où vous aviez dit qu'il était impossible de publier ça.
Quand vous êtes surpris, il ne faut pas oublier le bon sens non plus. Il y a trois mois, lorsque la Fédération a présenté ces chiffres, j'avais déjà des doutes profonds et j'ai voulu que l'on revienne à l'empirique. Et on a administré en plus des statistiques, un questionnaire aux adhérents de la fédération. Il en est revenu plusieurs centaines et ça nous a permis de corriger des choses et de nous apercevoir qu'effectivement le marché avait baissé, qu'il y avait eu une baisse du nombre de transactions.
Ce que l'outil statistique ne nous dit pas, il faut que le bon sens et aujourd'hui l'empirique nous le disent. Il faut certainement que l'on fasse mieux que ça.

L'outil statistique était complètement faussé, annulé par la faiblesse des transactions ?
C'est très simple, tous les statisticiens le savent : il faut qu'une base soit suffisamment large pour que les statistiques que l'on produit soient sérieuses, autrement on est fragilisé.

Le problème, c'est que votre parole vaut des millions. C'est-à-dire que ces fameuses périodes de chien de faïence, que vous nous avez parfaitement décrites, qui sont au cœur aujourd'hui de la crise immobilière, où l'acheteur et le vendeur attendent des évolutions qui leur seraient favorables, c'est vous qui y mettez un terme avec les paroles que vous pouvez prononcer, parce qu'on a toujours envie d'être en avance et on est toujours très avide de ce que vous dites...
Je crois que vous insistez sur quelque chose d'essentiel, c'est la responsabilité des professionnels, notaires, agents immobiliers, experts, vis à vis du public, parce que nous sommes une aide à la décision du public, et vis à vis des pouvoirs publics. Faut-il aujourd'hui qu'il y ait un booster, une mesure forte qui soit prise pour relancer le marché de l'ancien qui n'est pas reparti ? C'est une question. Si ça doit coûter un milliard sur les fonds publics, il faut savoir de quoi on parle. C'est un sujet sérieux.

Et on n'a aucun moyen de le savoir aujourd'hui ?
Je crois qu'aujourd'hui on n'a pas de moyen fiable. Une économiste Mathilde Lemoine, chef économiste au sein de HSBC, proposait la création d'un indice public. C'est un peu triste d'en arriver là mais je comprends sa proposition.

Pourquoi est-ce triste ?
Parce que c'est un peu constater la carence de l'initiative privée comme on dit. Au bout du compte, il va bien falloir que quelque chose de parfaitement fiable soit fourni aux pouvoirs publics et au public.

Est-ce que ce n'est pas lié aussi au sentiment très étrange qui entoure cette crise immobilière ? Est-ce que c'est une crise immobilière classique, alors que par exemple les promoteurs, dès les premiers jours, nous on dit de ne pas nous inquiéter, que la demande était très forte ? Les taux d'intérêt sont en chute libre et viennent forcément fausser les choses. Il y avait des subventions publiques massives, dès avant la crise, à travers la présidentielle et à travers les décisions du Président de la République... C'est aussi ça qui a fait que l'on est dans un climat étrange ?
Parce que ce n'est pas une crise immobilière mais une crise financière qui a, pour premier impact, porté préjudice à l'immobilier. C'est une crise complexe. Une seule preuve : aujourd'hui le marché de la vente de logements neufs, est reparti fort, les promoteurs ne s'en cachent pas. Celui du marché ancien est toujours en retrait, de l'ordre de 30% par rapport à une période normale telle que le début 2008. Vous voyez bien qu'on a là deux marchés qui sont complémentaires et qui ont des évolutions exactement opposées.

Dans votre grande expérience de l'immobilier, c'est quasiment du jamais vu ?
C'est du jamais vu à ce degré-là, il faut le noter.

La Fnaim a perdu un délégué général, espérons que nous avons gagné un homme libre qui reviendra à nouveau nous parler sincèrement de l'immobilier...
Je peux vous assurer que je ne changerais pas, que je ne perdrais pas mon tempérament.