Allocution de
Gilles de Robien
au Congrès de la Confédération Nationale des Administrateurs de Biens (CNAB)
19 septembre 2002
Paris, le 19 septembre 2002
Monsieur le
Président,
Monsieur le Ministre,
Monsieur le Sénateur,
Monsieur le Député,
Monsieur le Préfet,
Mesdames, Messieurs, Chers amis,
Votre congrès est le premier congrès qui me permet de m'exprimer sur la
politique du logement ; je vous remercie de m'y avoir invité ; c'est un plaisir
pour moi d'être parmi vous, car vous êtes une organisation qui a atteint l'âge
de la maturité, et a donc beaucoup d'expérience puisque comme vous l'avez dit,
Monsieur le Président, il s'agit de votre 41e congrès.
Vous êtes aussi une assemblée de professionnels qui contribuent quotidiennement
au bon fonctionnement de l'immobilier, et de chaque immeuble. Je sais
l'importance de votre rôle. Le secteur du logement ne se porte bien que si ses
différentes composantes, et tout particulièrement le secteur privé, fonctionnent
correctement. A cet égard vous avez raison de dire qu'il ne faut pas opposer tel
secteur à tel autre, car c'est par leur complémentarité qu'on peut répondre aux
attentes de nos concitoyens.
Mon expérience de Maire d'une grande ville m'en a persuadé depuis longtemps. Je
parle souvent de la "chaîne du logement".
Comme nous faisons connaissance aujourd'hui, je souhaite vous dire ce que j'ai
déjà dit à votre Président lors du premier entretien que nous avons eu ensemble.
Auprès du Premier Ministre qui m'interrogeait sur d'éventuelles fonctions
gouvernementales, j'ai souhaité être le ministre du Logement en plus de mes
responsabilités au titre de l'Équipement, des Transports, du Tourisme et de la
Mer. Et sous l'autorité du Premier Ministre je le démontrerai dans les semaines
qui viennent. C'est dans cet esprit que je compte travailler avec vous et selon
une méthode qui privilégiera la concertation préalable avec les partenaires du
logement.
C'est seulement
après cette concertation qu'il appartiendra au gouvernement de prendre ou de
présenter au Parlement les décisions qui s'imposent. Mais vous le savez trop
bien, il ne suffit pas non plus de prendre les décisions. Il faut aussi en
assurer le suivi et l'application sur place.
Cette méthode est d'autant plus nécessaire dans un secteur comme le logement
qu'il repose sur des mécanismes complexes qui interagissent entre eux et que les
acteurs sont constitués par des professionnels et des partenaires expérimentés
d'une extrême diversité et d'une grande compétence.
Après la méthode, quelques mots maintenant sur ces quelques objectifs d'une politique du logement. Nous devons tendre vers une offre diversifiée pour permettre à tous les habitants de notre pays d'avoir un logement de qualité, compatible avec leur revenu. Pour atteindre cet objectif, il est nécessaire de diversifier davantage l'offre, assurant ainsi un choix réel pour les personnes ou les familles qui ont besoin de se loger. Nous sommes maintenant bien loin de l'époque où il fallait faire face à des besoins de reconstruction ou de pure production quantitative de logement, sans trop se préoccuper des aspirations des Français et de leur cadre de vie. A la course aux logements, il faut substituer le choix du logement.
Les besoins
existent, mais ils doivent être appréciés au niveau local et tenir compte de la
demande locale. S'adapter aux réalités locales, c'est jouer à fond la
complémentarité de l'offre, la complémentarité logement privé, logement privé
conventionné, logement privé dont les locataires bénéficient de l'aide
personnalisée au logement, et logement social.
Vous voyez qu'à côté du logement social, le logement privé joue un rôle
essentiel. Je n'évoquerai pas aujourd'hui l'accession à la propriété non
locative qui constitue une solution de logement pour de nombreuses familles (54
%), mais seulement la location privée.
Tous les
observateurs constatent que, dans la période récente, des tensions locatives
apparaissent non seulement dans la région parisienne, mais aussi dans d'autres
agglomérations, bien évidemment dans une moindre mesure, mais cela est tout de
même très préoccupant.
Le secteur social ne peut pas tout faire, et ce n'est pas souhaitable, même s'il
est indispensable de maintenir un rythme élevé de constructions HLM.
La location privée a donc besoin d'être développée, en particulier dans les grandes agglomérations ; la location dans le parc privé correspond souvent au départ de ce que les spécialistes appellent un parcours résidentiel et concerne souvent de jeunes ménages dont les revenus ne sont pas très élevés ; par ailleurs, une offre locative suffisante est indispensable pour notre économie afin de faciliter la mobilité des salariés et notamment des jeunes salariés vers les zones géographiques qui attirent les activités créatrices d'emplois.
La politique à
venir devrait non seulement soutenir les bailleurs dont la fonction sociale doit
être reconnue, mais aussi encourager les investisseurs dans le logement locatif
privé. Les moyens pour y parvenir qui peuvent être de nature juridique ou
fiscale seront étudiés avec les professionnels.
Comme administrateurs de biens, vous êtes au cœur de l'immobilier privé, puisque
vous êtes, si j'ose dire, les conseillers de tous ceux qui ont fait le choix de
l'investissement immobilier.
Mais vous êtes
aussi les garants du bon fonctionnement des copropriétés, et je suis très
désireux d'écouter toutes vos suggestions dans ces deux domaines : le soutien
aux bailleurs et l'encouragement des investisseurs dans le locatif.
Vous avez évoqué, Monsieur le Président, un certain nombre de dossiers précis.
D'abord la sécurité qui, comme vous le savez, est une priorité du gouvernement,
parce qu'il s'agit d'une préoccupation essentielle de nos citoyens qui
souhaitent vivre en paix là où ils résident. Les nombreuses propositions que
vous m'avez faites méritent d'être regardées, bien sûr avec mes collègues de
l'Intérieur et de la Justice. N'oublions pas aussi, la sécurité technique dans
les immeubles. Elle doit être notre préoccupation constante, même si elle est
moins spectaculaire. Encore que…
Les graves accidents d'ascenseurs qui ont ému l'opinion publique m'ont conduit à présenter, après concertation avec l'ensemble des professionnels et en particulier avec votre confédération, que je remercie, un certain nombre de mesures qui permettront de garantir au mieux la sécurité des ascenseurs. Un projet de loi sera présenté rapidement au Parlement. Je suis conscient qu'il s'agit d'une charge supplémentaire pour les propriétaires, mais j'en ai tenu compte par un étalement dans le temps des mises aux normes. J'ai le sentiment qu'en sécurisant davantage les gens, on protège aussi l'immobilier locatif.
Sur l'indexation des loyers et les charges récupérables, la commission nationale de concertation a un rôle indispensable. C'est un lieu de débat entre les représentants des bailleurs et des locataires qui, dès lors qu'une véritable concertation se met en place, facilite les prises de décision par l'État. Je ne peux donc que vous encourager à saisir les possibilités de discussion que vous offre cette instance.
Sur la loi SRU que vous avez aussi citée, je suis très demandeur de vos propositions et j'ajoute, rapidement. Il ne s'agit pas de remettre en cause les objectifs poursuivis par celle-ci et auxquels le gouvernement est attaché : la mixité de l'habitat, la qualité de l'urbanisme et du cadre architectural. Mais en tant que ministre du Logement, c'est de mon devoir de vérifier que certaines dispositions législatives ne bloquent pas le marché immobilier et la construction de logements. Si c'est le cas, comme je le crains, je proposerai au gouvernement puis au Parlement les adaptations et les simplifications qui s'imposent. Et rapidement.
Enfin, en ce qui concerne la révision de la loi Hoguet, je mesure l'importance que vous y attachez pour les conditions d'exercice de votre profession et les simplifications, modernisation, harmonisation des conditions de concurrence et vous me trouverez prêt à travailler avec vous. J'ai l'accord de mon collègue de la Justice pour y travailler aussi. J'ai bien compris que le rapport de Monsieur Vorms constitue une bonne base de départ et facilitera donc la tâche.
D'autres réponses
seront apportées à vos questions - notamment concernant la TVA sur les travaux -
lors de la présentation du budget.
Un nouvelle politique du logement ne se construit pas en un jour. Elle nécessite
beaucoup de travail, beaucoup de concertation et de décisions. Je m'y engage
pleinement, avec quelques convictions auxquelles je suis attaché. Tant sur la
méthode que sur les objectifs.
La méthode : il faut d'abord écouter ceux qui savent, les praticiens du logement
et de l'immobilier, et leur faire confiance. Il faut simplifier les règles, en
supprimer d'autres qui sont inutiles ou non contrôlables, car elles constituent
autant de freins au fonctionnement du secteur et, en définitive, se retournent
contre ceux pour lesquels la politique du logement est faite, c'est-à-dire nos
concitoyens. Il faut donner ensuite toute leur place aux politiques locales.
Et donc décentraliser certaines compétences liées au logement. Comme le Premier
Ministre, je suis un ardent partisan de la décentralisation et je pense qu'elle
peut aussi s'appliquer au logement. Mais là aussi il faut débattre avec les élus
et les partenaires de l'État.
Sur les objectifs et les conditions de mise en œuvre, vous aurez aussi un rôle à
jouer, car vous êtes des acteurs locaux incontournables, au moins à double
titre. D'abord parce que vous connaissez les marchés locaux de l'immobilier.
Ensuite, si la valeur des patrimoines immobiliers se conserve dans le temps,
c'est bien aussi grâce à votre savoir-faire. Il faut enfin laisser à l'État, et
en particulier au Parlement, le soin de fixer certaines règles du jeu
nationales. Ces règles doivent d'abord assurer le nécessaire équilibre entre les
acteurs du logement, entre producteurs et consommateurs, entre bailleurs et
locataires.
Ces règles doivent aussi nous garantir que ce besoin fondamental pour chacun d'avoir un logement soit de mieux en mieux assuré grâce à des mécanismes de complémentarité et de solidarité nationale.
Tout au long de
cet automne, congrès après congrès, comme j'ai commencé à le faire aujourd'hui
avec vous et grâce à vous, je vais dessiner progressivement, avec les grands
acteurs de l'immobilier une politique du logement qui ne soit pas seulement
celle de l'État mais aussi la vôtre.
Convaincu que vous m'aiderez dans cette tâche passionnante, je vous en remercie
d'avance.
Source : Ministère de l'Equipement, 19/09/2002