L' EXPERTISE IMMOBILIÈRE

Pouvoir définir la valeur d’un bien immobilier ou d’un ensemble de biens est une opération de plus en plus nécessaire. Mais comment évaluer son patrimoine ?
Les réponses à cette question sont nombreuses et souvent très divergentes. Les raisons qui motivent une telle recherche ne manquent pas d’influencer les résultats.
Pourquoi faire évaluer son
patrimoine ?
Quels sont les facteurs qui
influencent la valeur d'un bien immobilier ?
Quelles sont les méthodes
d'expertises utilisées par les experts ?
Quelles
sont les limites et les responsabilités de l’expert ?
Références bibliographiques
Déroulement d’une
expertise et documents nécessaires
POURQUOI FAIRE ÉVALUER SON PATRIMOINE ?
Lors d’une transaction immobilière le vendeur aura toujours tendance à surévaluer son bien et l’acheteur à le déprécier. Même après une négociation convenablement menée les interrogations et les doutes demeurent. Que dire d’une succession, d’une donation et d’un partage ? Chacun s’interroge sur la valeur attribuée aux biens de ses cohéritiers et s’inquiète des éventuels préjudices subits.
En
cas d’emprunt, comment
l’organisme prêteur peut-il être rassuré sur la valeur réelle du bien
hypothéqué ? Pour une assurance
habitation, comment être sûr d’avoir fourni à la compagnie la bonne
valeur des biens ? Une estimation approximative de son patrimoine immobilier
peut avoir de fâcheuses conséquences.
Lors d'une déclaration de l'impôt sur la fortune, lors de la détermination de la valeur d'une servitude, d'un usufruit ou d'une rente viagère, des approches nébuleuses et imprécises de la véritable valeur des biens peuvent engendrer de sérieux litiges.
Les collectivités locales sont également concernées. La comptabilité transparente demandée par le législateur dans la norme M 14, exige la détermination exacte de la valeur du patrimoine de la collectivité territoriale ou de l'administration. Quelle est la valeur d’une école, d’un gymnase, d’une église ou d’un musée, biens pour lesquels, a priori, il n’existe pas de marché et donc pas de moyen de comparaison pour définir leur prix ?
Les
biens de rapport, les locaux industriels et commerciaux
doivent être régulièrement évalués sans pour autant être mis en vente. La
situation devient plus complexe lorsque ces immeubles ont été rénovés
partiellement ou totalement, ou encore lorsqu’ils ont changé de destination.
Que vaut par exemple une villa transformée en clinique ou un manoir transformé
en centre de séminaire ?
Enfin,
que penser des biens immobiliers composés
(différents types de constructions ou/et d’usages), des biens
grevés par des restrictions de constructions et des servitudes, des biens
implantés dans des environnements pollués ou contenant des matériaux dont
l’usage à été réglementé par les pouvoirs publics.
QUELS SONT LES FACTEURS QUI INFLUENCENT LA VALEUR D' UN BIEN IMMOBILIER ?
La
valeur des biens immobiliers résulte de l’interaction de trois éléments
communément appelés « vecteurs de valeur ».
Le « vecteur physique » prend en considération l’évaluation de la valeur technique. L’analyse de cette valeur tient compte du terrain (superficie, viabilité, constructibilité, emplacement) et de la construction (année de construction, qualité des matériaux, aménagement technique, volume).
Le « vecteur économique » tient compte de la situation socio-économique (situation des affaires, emplois, etc.), des potentialités du marché immobilier local (offre et demande), et permet de déterminer les possibilités de rendement et de rentabilité.
Le
« vecteur juridique » prend en considération les
servitudes et les charges qui influencent la valeur vénale ( urbanisme et
servitudes de droit public ou privé : droit de passage, site classé,
préemption, restriction de construction, cession de terrain).
Il
est également important de tenir compte de valeurs de référence sur le plan général,
car certaines indications peuvent parfois influer sur les valeurs (projet d’amélioration
des accès et de la circulation, certains types de constructions, modification
de l’environnement, etc. )
L’expertise
immobilière se présente comme la synthèse de l’analyse des influences des
« vecteurs de valeurs ». Cette synthèse doit pouvoir être déterminée,
chiffrée et intégrée dans un système. L’expertise ne doit pas être
confondue avec une évaluation. Les moyens mis en œuvre pour une expertise sont
de loin beaucoup plus importants qu’une simple évaluation.
QUELLES SONT LES MÉTHODES D' EXPERTISES UTILISÉES PAR LES EXPERTS ?
Dans le domaine de l’expertise immobilière il existe plusieurs méthodes qui portent des noms différents mais qui sont souvent la déclinaison de méthodes principales.
Parmi
la plus connu et la plus utilisée figure la
méthode par comparaison. Cette méthode est très appréciée de
l’administration fiscale. Elle consiste à examiner directement des références
de transactions effectuées sur le marché immobilier pour des biens présentant
des caractéristiques et une localisation comparables à celle du produit
expertisé et à en déduire le prix. Très utile dans des marchés homogènes,
elle présente toutefois les inconvénients suivants : les biens sont
rarement identiques et peuvent considérablement varier quant à la qualité
des matériaux, à l’exposition, aux dates de constructions. De plus la méconnaissance
des conditions réelles de ventes et l’impossibilité de vérifier les éléments
subjectifs ajoutent un facteur d’incertitude. Elle ne pourrait être
rigoureuse que si le bien servant de base à la comparaison avait pu être
l’objet d’une véritable expertise.
La
méthode statistique qui lui est
étroitement associée, définie l’amplitude des prix pour un certain type
d’immeuble et de surface dans une localisation ou un secteur géographique
particulier. La base de données doit contenir suffisamment de références.
Cette méthode présente les mêmes inconvénients que la méthode par
comparaison.
Les
autres méthodes ont pour nom :
La
méthode par le revenu
qui consiste à capitaliser soit un revenu constaté ou existant, soit un
revenu théorique ou potentiel (loyer de marché ou valeur locative de marché),
en lui appliquant un taux de rendement. Les méthodes par le revenu sont également
appelées méthodes "par capitalisation du revenu" ou "par le
rendement".
Les
méthodes par le coût de remplacement. Le coût de remplacement
constitue à la fois une valeur en soi (valeur de remplacement) et également
une méthode de calcul. En tant que méthode de calcul, le coût de
remplacement d'un immeuble, intègre à la fois l'assiette foncière, les bâtiments
et les équipements qui y sont liés. Il s’agit de recalculer la valeur du
bien comme s’il devait être recréer à l’identique au jour de
l’expertise
Les
méthodes dites par sol et construction. Ces méthodes consistent à
apprécier séparément les deux composantes de l'immeuble : le terrain,
d'une part, les bâtiments, d'autre part. Selon la façon dont elles sont déclinées
ces méthodes s'apparentent soit à des méthodes par comparaison, soit à
des méthodes par le coût de remplacement.
Il
existe à l’échelle européenne une méthode,
contenue dans les Codes civils et Administratifs de nombreux pays. Cette méthode
consiste à utiliser concurremment trois sous-méthodes dont les frontières
sont fluctuantes. La valeur réelle (terrain et construction), la valeur de
rendement et la méthode de comparaison intégrée.
Son
intérêt est la prise en compte de paramètres sensibles qui en font sa
force. Les mesures sont, dans la plupart des cas, relevées en m3, car toutes constructions, et par
conséquent tous les coûts associés, consistent bel et bien en l’édification
d’un volume. Du reste, lors d’une transaction, une hauteur sous
plafond supérieure à une hauteur standard est souvent utilisée pour
justifier un prix plus élevé.
Elle est souvent appelée, pour cette raison, méthode volumétrique.
D’autres
paramètres sont pris en considération tels, la
durabilité totale du bien sur le plan technique et la
durée résiduelle sur le plan économique. En effet chaque bâtiment à une
certaine durabilité selon son architecture et ses matériaux. Cette durabilité
implique des réinvestissements réguliers afin de garantir la pérennité du
bien. En tenant compte de ces paramètres l’expert peut fournir des valeurs réalistes
en déterminant le montant d’un multiplicateur approprié. Certains facteurs de comparaison, portant non sur la recherche d'éventuels
biens identiques, mais sur des éléments limitant la subjectivité, comme de récentes
transactions sur les terrains à bâtir ou les valeurs locatives généralement
pratiquées dans le secteur, sont également considérés et intégrés dans la
méthode.
Cette
méthode est en particulier utilisée par les experts immobiliers allemands.
Elle présente un intérêt incontestable qui leur a permis, lors de la réunification,
de donner des valeurs à des biens qui avait échappé à tous types de marché
et de transactions en raison de la politique en vigueur dans l’ex Allemagne de
l’Est.
Il
existe depuis quelques années en France une méthode, déjà utilisée dans
les pays anglo-saxons, dite méthode par l’actualisation des cash-flows.
Cette méthode, qui relève davantage de l’analyse financière, consiste
à actualiser la somme des revenus que peut espérer un investisseur
comparativement au coût de l’investissement et à considérer que la
valeur des biens est égale à la somme actualisée des flux financiers espérés,
au nombre desquels figure la projection dans le futur de l’hypothétique
valeur de revente. La durée de possession des biens est limitée à une période
relativement courte afin de modéliser au plus juste la démarche de
l’investisseur et la projection dans le futur des données poste par
poste. Il s’agit d’une approche financière de l’immobilier prenant en
compte les intérêts spéculatifs des investisseurs et s’appliquant à
des biens immobiliers vastes.
QUELLES SONT LES LIMITES ET LES RESPONSABILITÉS DE L' EXPERT ?
Comme
le confirme les idées développées ci-dessus, l’expert doit posséder des
connaissances techniques, économiques, juridiques et fiscales. Autant dire
qu’en fonction de sa formation, de son parcours professionnels et de son expérience,
un expert sera plus à l’aise avec certains types de bien ou certaines
missions. Il semble difficile de penser qu’un expert puisse être spécialiste
en tous types de biens et de situations. La modestie sera la caractéristique
d’un expert qualifié qui pourra refuser une mission si il ne s’estime pas
suffisamment compétent pour évaluer tel bien ou apprécier tel droit ou telle
situation.
Le
recours au service d’autres confrères, ou d’autres professionnels du droit,
des finances ou de l’immobilier peut aider l’expert à remplir
convenablement sa mission. Face aux situations de plus en plus complexes, le
travail en synergie est une garantie de l’étendue du domaine de compétence.
La
responsabilité professionnelle de l’expert vis à vis de ces mandants est une
obligation de moyens et non de résultats.
Une erreur d’appréciation qui conduit l’expert à surestimer ou à
sous-estimer un bien ne peut, à elle seule, engager sa responsabilité. Il
appartiendrait au client d’apporter la preuve que l’expert à commis une ou
plusieurs fautes dans la conduite de son expertise, qu’il en résulte un préjudice
et qu’il existe un lien de causalité entre le préjudice et la faute. Bien
entendu, en abordant sa mission d’une manière professionnelle, l’expert
consacrera tous ses moyens au service exclusif de ses mandants, en toute intégrité
et indépendance. L’humilité et la conscience professionnelle de l’expert
l'engageront à effectuer toutes les recherches, démarches et vérifications nécessaires.
Au
cours des dernières années la législation a
réglementé les attestations de surfaces, la présence d’amiante, les
risques d’accessibilité au plomb et l’état des bois d’œuvres par
rapports à l’attaque d’agents biologiques.
Il
est impératif qu’un expert immobilier
est une bonne maîtrise de ces réglementations car elles affectent d’une manière
certaine la valeur d’un bien. L’expertise
immobilière de valeur ne consiste pas à établir l’ensemble de ces
certificats, toutefois un expert qui n’aurait pas acquis de connaissances
suffisantes dans ce domaine risque de donner des valeurs qui ne tiendrait pas
compte des coûts liés au désamiantage, au traitement des bois d’œuvre etc.
Dans certains cas la durabilité du bien peut même être mise en cause.
Jacques
Boulez - L’expertise immobilière
(Dalloz : Paris 1996)
Jacques
Ferbos, Antoine Bernard - Évaluation
des biens (Édition du
Moniteur : Paris 1996)
Mémento pratique Francis Lefebvre
- Immobilier – Urbanisme – Construction- Gestion. 2000 (Francis
Lefebvre : Levallois 2000).
Bernard De
Polignac, Jean-Pierre Monceau - Expertise
immobilière. Guide Pratique (Eyrolles :
Paris 2000).
Déroulement :
Établissement
d’une convention préalable indiquant précisément la mission de
l’expert, le montant des honoraires, le délai de rendu des conclusions.
Étude
des pièces et documents fournis.
Étude
des différentes bases de données et enquête socio-économique.
Visite
des lieux, visite détaillée du ou des biens, vérification des facteurs
physiques et de la cohérence avec les informations relevées dans les
documents fournis, prises de notes.
Recherches
et investigations auprès des services de l’urbanisme.
Étude
et analyse du marché.
Mise
en œuvre de la méthode et des calculs. Rédaction du rapport.
Documents :
L’expert
ne peut réaliser sa mission qu’avec la collaboration de son client. Le
rassemblement des documents ci-après est vivement conseillé afin de faciliter
le bon déroulement de l’expertise et d’éclairer l’expert sur la valeur
de l’immeuble. D’une manière générale il est important d’examiner :
Titre
(s) de propriété.
Permis
de construire et certificat d’urbanisme récent (si en possession ou si le
temps permet d’en faire la demande), plans, état détaillé des surfaces.
Travaux
de rénovation effectués ou à réaliser (date des travaux, factures,
devis.) .
Actes
de constitutions de servitudes.
Pour
les copropriétés, règlement, derniers procès verbaux, autorisation de
travaux si modifications, charges, travaux d’amélioration votés, grosses
réparations d’entretien prévues.
Etat
locatif détaillé et communication des baux pour les immeubles loués.
Charges
non récupérables (dépenses fixes et dépenses variables).
Cette
liste n’est pas exhaustive. Certains documents supplémentaires peuvent être
nécessaires à l’élaboration d’une expertise complexe. Toutefois, dans la
majorité des cas, les nombreuses expertises simples ne réclament seulement que
quelques documents permettant l’identification précise du bien, sa
consistance et les conditions d’occupation.
|
Dossier réalisé par le C.E.E.I. - Cabinet Européen d'Expertise Immobilière Membre
de la C.S.E.I.F. Chambre syndicale des experts
immobiliers de France (www.cseif.com) |