Analyse
exhaustive de l'ensemble des comportements financiers
des ménages
par âge, CSP et tranches de revenus
BIPE décembre 2003
Unique en son genre, cette analyse
du BIPE sur les comportements financiers des ménages par « groupes sociaux »
offre enfin une photographie originale et complète de l'ensemble des
comportements financiers des ménages au cours de leur « cycle de vie ». Elle
permet d'aller plus loin en dépassant la stricte notion comptable de taux
d'épargne selon l'âge, souvent réductrice. Elle montre à quel point les
comportements d'investissement (financiers et immobiliers) et d'endettement
n'ont plus rien à voir avec les schémas du siècle dernier. Enfin elle fournit
une mesure des donations et héritages inter-générationnels.
Partant des informations globales tirées de la comptabilité nationale et les
résultats d'enquêtes auprès des ménages ou des individus, les experts du BIPE
ont réalisé un exercice unique en son genre : l'analyse au niveau
intermédiaire des différents groupes sociaux : par classe d'âge, par catégorie
socioprofessionnelle ou par niveau des revenus. L'exploitation simultanée des
différentes sources (INSEE, DGI, CSA, TNSofres, etc.) permet en effet de
fournir une description très complète de l'équilibre qui s'établit, au sein du
groupe considéré, entre l'ensemble de ses ressources financières et l'ensemble
des emplois qu'il en fait.
L'écart de
comportement entre les 10% les plus riches et les 10% les plus modestes
La prise en considération des niveaux de revenus ou des catégories
socioprofessionnelles dans l'analyse conduit à des résultats peu souvent
commentés : ainsi, le taux d'épargne des ménages appartenant aux 10% de tête
de la distribution des revenus atteint pratiquement un tiers de leur revenu. À
l'opposé, les 10% de ménages les plus modestes ont, au contraire, un taux
d'épargne largement négatif. Selon les CSP, les écarts de taux d'épargne sont
également intéressants : environ 20% chez les cadres et professions libérales,
contre 14% chez les employés ou ouvriers.
Entre jeunes et anciens, changement de décor
Les analyses par âge sont les plus originales et les plus complètes. Ainsi on
apprend que les revenus par tête des ménages croissent jusqu'à la classe 55-64
ans, puis se tassent d'environ 10%. Cette baisse est somme toute modérée et
certainement moins forte que celle à laquelle on s'attendait. Explication : si
les revenus diminuent au moment du passage à la retraite, la taille moyenne
des ménages elle aussi baisse nettement.
Naturellement, en proportion du revenu, le montant total des
ressources/emplois, tels que définis, varie assez fortement d'une classe d'âge
à l'autre. Ce montant représente environ un quart du revenu seulement des
moins de 25 ans. Il culmine entre 42 et 47% pour les ménages entre 25 et 64
ans et retombe ensuite aux environs de 32%.
Remarquable
également : le changement de la composition des ressources et des emplois des
ménages quand on parcourt leur cycle de vie.
Chez les plus jeunes (moins de 25 ans), l'épargne est négative, mais le
recours aux crédits est important : ceux-ci –majoritairement souscrits pour
financer la consommation – représentent à peu près les trois cinquièmes du
total de leurs ressources. Témoignage sur le rôle de l'altruisme entre
générations, les héritages et surtout les donations reçus représentent plus
d'un tiers de l'ensemble de ces ressources. Du côté des emplois, les
remboursements de crédits s'approchent des 30% et les achats de logements
anciens (moins chers que les neufs) dépassent le quart du total. Quant au
poids des placements financiers (sans doute épargne de précaution ou
constitution de l'apport personnel pour l'achat du logement), il s'approche du
cinquième.
Chez les
plus anciens (75 ans et plus), le changement de décor est complet :
l'épargne représente plus de la moitié de leurs ressources, la vente de
logements en forme le cinquième et les héritages reçus (on hérite encore
souvent fort tard) s'approchent des 15% du total. Du côté des emplois, les
donations et héritages transmis en constituent naturellement l'écrasante
majorité ; mais la part des nouveaux placements financiers reste
relativement importante, s'approchant du quart du total. On est décidément
bien loin du « cliché » du retraité qui consomme son patrimoine pour survivre.
Entre les plus jeunes et les plus anciens, une génération est
particulièrement intéressante à suivre : celle des ménages dont le chef a
entre 45 et 54 ans, largement composée de baby boomers. Rassemblant plus
de 23% de la population totale et ayant le taux d'épargne le plus élevé par
rapport à leur revenu disponible, ils réalisent 29% de l'épargne totale des
ménages en 2000. Leur taux de placements financiers, toujours par rapport au
revenu disponible, est également le plus élevé (voir graphique ci-dessous) ;
en conséquence, leur part dans l'ensemble des nouveaux placements
financiers constitués par les ménages atteint presque les deux cinquièmes.
Graphique 2 : Nouveaux
placements financiers en % du revenu disponible de trois classes d'âge
sélectionnées
