Placements financiers
2004 : retour progressif de la confiance
BIPE décembre 2003
Le bilan 2003 et les prévisions 2004 du BIPE, présentés le 2 décembre dernier dans le cadre de l'Observatoire des Marchés de l'Épargne, indiquent une reprise de la croissance du patrimoine financier et une décélération du patrimoine non financier.
La progression très faible du PIB (0,2%), le léger reflux du revenu disponible réel par ménage (-0,3%) et la faible lisibilité de l'avenir expliquent aisément le niveau encore élevé du taux d'épargne des ménages (au-dessus de 16%). La nette baisse des taux d'intérêt courts par la BCE n'a pas suffit à inverser le mouvement conjoncturel de ralentissement de l'activité qui, en France, s'est traduit par une remontée du chômage.
2003 : une troisième année de recherche de sécurité dans les placements, encore douze bons mois pour l'immobilier
En matière de comportements d'investissement et de placement, un fort contraste apparaît. Du côté des investissements, la « dépense logement » en capital (neuf, ancien, travaux) a progressé pratiquement au même rythme qu'en 2002. Les crédits nouveaux versés aux ménages, à des niveaux de taux d'intérêt historiquement bas, se sont encore accrus de plus de 8%. En revanche, les placements financiers, en dépit de leur flux nouveau qui approche les 100 milliards d'euros, sont fortement marqués par la recherche de sécurité et de liquidité. Cette « frilosité » explique en partie, le dynamisme de l'immobilier.
Malgré la baisse des rémunérations, les placements d'épargne liquide ont connu un reflux limité. En matière de livrets, la variation d'encours reste élevée, à19 mds d'euros contre 24 mds en 2002. Le reflux des placements sur les livrets défiscalisés est resté inférieur à ce qu'on avait pu observer précédemment à l'occasion de baisses de la rémunération comparables. La collecte sur les livrets fiscalisés est restée très forte, au même niveau qu'en 2002 (supérieure à 11 mds d'euros). Les « superlivrets » ont souvent bien collecté, contrairement aux placements à échéance, en fort reflux compte tenu de la baisse de leur rémunération. Notons enfin, malgré le changement de réglementation, la collecte encore importante sur les PEL en dépit d'une diminution du nombre d'ouvertures de plans comprise, comme prévu, entre 35 et 40%.
Du côté de l'assurance-vie, l'année est très satisfaisante sur les supports en euros. La reprise de la Bourse est intervenue trop tard pour susciter une reprise de la collecte sur les supports en unités de compte : même avec l'offre de fonds garantis, celle-ci a continué de se replier en 2003 (-15%). Mais, sur les supports en euros, l'accélération a été glorieuse (+12%). Au total la collecte sur les produits d'assurance vie a progressé d'au moins 7% en 2003 contre moins de 1% en 2002 !
Les achats nets de titres (y compris actions non cotées et autres participations) s'étaient élevés à un peu plus de 3 mds d'euros en 2002. Ils passeraient à 5 mds, en 2003. On peut parler de reprise modérée. La plus grosse partie du flux viendrait des achats d'actions non cotées et des augmentations de participations, soit des flux qui ne transitent pas par les marchés réglementés. Du côté des obligations, la souscription de titres d'entreprises ne semble toujours pas avoir pris le relais des emprunts publics.
2004 : reflux de l'immobilier, mais retour de la confiance en matière de placements financiers
Le retour progressif à une croissance plus forte et la stabilisation, puis le recul du chômage, rendent possible la remontée des indicateurs de confiance. Du coup, le taux d'épargne baisse de près d'une demi point, malgré une reprise de la croissance du pouvoir d'achat. La hausse des taux d'intérêt restera mesurée, même au second semestre. Dans un scénario de reprise un peu plus optimiste que celui du BIPE, une remontée plus rapide des taux d'intérêt courts devrait être envisagée.
Pour la première fois depuis une dizaine d'années, la « dépense logement » des ménages ne croîtra pas en valeur nominale et diminuera en valeur réelle. La stabilisation sera plus nette sur le logement neuf que sur l'ancien qui progressera d'environ 1% en valeur nominale, mais reculera aussi en valeur réelle. Le reflux des nouveaux crédits sera plus net (-4%) : le début de remontée des taux d'intérêt interviendra pour une part dans ce retournement.
La progression des encours de placements liquides sera quasi nulle. Sur les livrets, seuls le LEP et le CEL continueraient de collecter : s'agissant du LEP, on rappellera que sa rémunération sera maintenue à 4,25% jusqu'au 1er août 2004 et passera à 3,25% ensuite. Les livrets fiscalisés – « encaisses de spéculation » - devraient, quant à eux, avec le retour d'une certaine confiance, enregistrer des sorties nettes après la forte collecte des deux dernières années. Les OPCVM monétaires enregistreront des ventes de moindre ampleur compte tenu de la place commode qu'ils occupent dans la gestion de trésorerie des ménages. Leur rémunération aura tendance à remonter en fin d'année 2004.
En matière d'assurance vie on assistera à un redémarrage modéré des unités de compte. Le lancement du PERP constitue certes un soutien à l'assurance vie, mais de façon assez marginale en 2004 ; en raison de retards dans la publication des décrets d'application, les établissements auront du mal à être dans les « starting blocks » au 1er janvier. De plus, pour « goûter et comparer », les ménages prendront leur temps : contrat ordinaire d'assurance vie, PERP, PPESVR, le choix peut être compliqué, même si l'appétence de beaucoup de Français pour une défiscalisation immédiate reste forte. Au total, la collecte sur les produits d'assurance vie devrait encore progresser au moins au rythme de 2003 : si le chiffre d'affaires connaît une certaine décélération sur les supports en euros, c'est pour faire place à une reprise de la collecte – au demeurant modérée (de l'ordre de 7%) – sur les supports en unités de compte. Avec des ajustements ACAV positifs, les encours de créances des ménages sur les sociétés d'assurance vie progresseront encore vigoureusement en 2004 (de près de 9%).
Du côté des titres, la reprise sera nette, sauf pour les obligations. Avec la reprise de la Bourse au cours du deuxième semestre 2003 et la consolidation de la tendance en 2004 (autour de 10% l'an, en glissement, pour le CAC 40), les achats nets d'actions seront assez importants, aussi bien sur les marchés réglementés que hors marchés. S'agissant des OPCVM, la remontée de la collecte sur les fonds à supports actions et diversifiés sera sensible. Au total, les achats nets de titres devraient dépasser 20 mds d'euros (soit quatre fois plus qu'en 2003).
Enfin, on assistera à une croissance du patrimoine financier et une décélération du patrimoine non financier. Après un « surplace » en 2002, le patrimoine financier des ménages redémarre en 2003 (un peu plus de 6% de croissance) avec la meilleure orientation des marchés. Il continuera pratiquement sur sa lancée en 2004 (+5%). En revanche, le patrimoine non financier des ménages subira un sérieux coup de frein : moins de 3% de croissance en 2004, contre quelque 9% pour chacune des années 2001, 2002 et 2003. C'est évidemment la forte décélération de la hausse des prix qui est à l'origine ce brutal ralentissement.