Que sera le nouveau PTZ Plus ?
Etude ANIL (octobre2004)
(Avec le concours de l'Observatoire des Pratiques du Conseil National de
l'Habitat)
Les
dispositions prévues par le projet de loi de finances pour 2005 confortent le
prêt à 0 % (PTZ), tout en changeant les modalités de la prise en charge par
l'Etat du coût d'indemnisation de l'absence d'intérêt. Celle-ci de budgétaire
devient fiscale, mais cette modification du circuit de versement n'a pas
d'incidence pour l'accédant. Des changements de barème sont à l'étude, pour que
le montant du PTZ tienne davantage compte de la taille de la famille ou pour
étendre son bénéfice aux acheteurs de logements anciens, mais il s'agit d'une
question tout à fait distincte.
Le débat sur l'orientation prioritaire des aides au logement vers le logement
neuf est une constante de la réflexion sur la politique du logement en France.
Elle se posait déjà pour le PAP et dans les mêmes termes que pour le PTZ, comme
le rappelait
le rapport d'évaluation de 2000 confié à l'Inspection Générale des Finances, au
Conseil Général des Ponts et Chaussées et à l'ANIL. " Le soutien au secteur
du bâtiment, ou même l'objectif d'amélioration du patrimoine bâti, peuvent en
effet expliquer le fait que le PTZ, comme les aides à la pierre l'ayant précédé,
soit traditionnellement réservé à la construction neuve ou à des opérations
d'acquisition comportant une part importante de travaux. A l'inverse, si
l'objectif consiste à augmenter le nombre de ménages modestes accédant à la
propriété, une réflexion s'impose sur l'ouverture de ce type de dispositif à
l'ensemble des opérations d'acquisition, et notamment dans l'ancien. S'y ajoute
un jugement sur l'équité d'un tel système : les accédants les plus modestes
achètent, sans aucune aide publique, des logements anciens dans lesquels ils ne
sont pas toujours à même de financer immédiatement les travaux nécessaires…
L'existence d'un marché de l'occasion actif est nécessaire au dynamisme du
secteur de la construction ".
Si le sujet n'est pas neuf, les termes du débat ne le sont pas non plus. Le
premier obstacle tient au coût nécessairement élevé d'une mesure d'extension du
bénéfice du PTZ à l'ancien ; en effet, trois opérations d'accession se font dans
l'ancien pour une dans le neuf. Mais d'autres interrogations portent sur
l'efficacité d'une telle mesure et sur le risque d'effet inflationniste si cette
ouverture ne s'assortissait d'aucune condition de travaux.
Des éléments intéressants peuvent être tirés de l'expérience conduite en 1996,
lorsque la quotité de travaux exigée pour bénéficier du PTZ avait été réduite de
35 % à 20 %.
Les
principales conclusions de l'étude conduite par les ADIL à l'issue de cette
expérience peuvent être résumées ainsi : la nature de certaines opérations avait
été modifiée, les faisant évoluer de l'achat sans travaux vers l'acquisition-amélioration
; le PTZ avait donc déclenché les travaux et les opérations avaient ainsi été
plus sécurisées, puisque la conduite des travaux nécessaires au confort n'avait
pas été différée. En revanche, on n'avait pas observé de déplacement du neuf
vers l'ancien, ni d'achat " déclenché " par l'aide.
C'est la raison pour laquelle il ne serait peut-être pas judicieux de supprimer
toute exigence de travaux, si l'on veut éviter que la solvabilité supplémentaire
qui résulte de l'aide PTZ soit contrebalancée par la hausse de prix qu'elle aura
générée. L'offre d'ancien est en effet moins élastique que la construction
neuve. Tous les raisonnements conduits dans ce domaine jusqu'alors postulaient
l'existence d'une offre de logements anciens, stérilisée par l'absence d'aide
publique. Or ce n'est pas ce que constatent les ADIL, ni les professionnels
consultés par la mission IGF / CGPC / ANIL dans l'Ain, le Rhône et le Morbihan.
Leurs observations conduisent au contraire à mettre en doute l'importance de
l'offre de logements anciens correspondant aux attentes des accédants éligibles
au PTZ.
Il est très probable que l'ampleur de l'effet prix variera fortement selon les
micro-marchés locaux. La distinction doit être faite entre zone tendue et zone
non tendue ; elle peut s'apprécier en tenant compte des prix, mais aussi (sans
que ce critère soit susceptible d'être rigoureusement évalué) par la part des
accédants potentiels sur un marché déterminé susceptible d'être solvabilisée par
le PTZ, ce que l'on pourrait appeler le taux de pénétration du PTZ.
Dans les zones peu ou moyennement tendues, on peut penser qu'une forte
proportion d'acheteurs potentiels est éligible à l'aide. C'est donc sur la base
de la demande des accédants aidés que se déterminent les prix. Sans obligation
de travaux, l'effet du PTZ risque d'être surtout inflationniste. Mais l'exigence
actuelle d'un pourcentage minimal de travaux n'est pas vraiment pertinente, car
il n'existe aucun lien logique entre le coût des travaux et le prix d'achat du
logement, ce dernier dépendant largement du prix du foncier ; de surcroît, le
pourcentage actuellement exigé est trop élevé : à titre d'exemple, il est peu
probable que dans un immeuble collectif en bon état un appartement nécessite un
montant de travaux représentant 54 % du prix d'acquisition, et ce pour les
seules parties privatives. L'exigence d'un montant forfaitaire minimum de
travaux serait plus pertinente. Son objectif serait de faire en sorte que les
travaux nécessaires soient effectivement réalisés et ainsi de contribuer à
l'amélioration générale du parc. Proche de la proposition faite par l'ANIL au
sein de la mission d'évaluation précitée, une formule simple et lisible
consisterait à étendre le bénéfice de l'aide dans les conditions actuelles, mais
en plafonnant le montant du PTZ au montant des travaux.
Dans les zones tendues, la part de candidats susceptibles de bénéficier du PTZ
sera plus faible. C'est sur la base de la demande des accédants non aidés que se
déterminent les prix. Le PTZ sans travaux peut être un élément de mixité,
permettant aux ménages modestes de bénéficier d'une solvabilité proche de celle
des accédants non aidés.
En outre, et dans un autre ordre d'idée, on ne peut s'empêcher de craindre que
le coût considérable pour la collectivité d'une généralisation du PTZ à
l'ancien, si elle ne s'accompagnait d'aucune condition de travaux et si le
montant du prêt était maintenu à un niveau attractif, ne porte à terme la
condamnation du PTZ.
Source : www.anil.org