Une nouvelle
fois, l’année qui vient de s’écouler aura vu la situation se dégrader sur le
front du mal-logement. Partout en France, l’écart entre l’offre et la demande de
logements à loyers accessibles se creuse. Le coût du
logement pèse de plus en plus lourd dans le budget des ménages. La crise du
logement touche désormais les classes moyennes, comme nous le signalons depuis
quelque temps.
Un peu partout, des bidonvilles réapparaissent en périphérie des grandes villes.
Des familles s’y entassent dans des conditions d’hygiène déplorables. Dans les
campagnes, les habitats de fortune persistent : des personnes vivent à l’année
dans des campings, des salariés dorment dans leur voiture. Au cours du printemps
et de l’été derniers, des hôtels meublés, des immeubles insalubres ou en mauvais
état sont partis en flammes, faisant près de 50 morts, dont la plupart étaient
des enfants. L’émotion populaire suscitée par ces dramatiques événements sera de
courte durée. Les familles concernées n’intéressent pas
grand monde, certains les qualifieront d’indésirables au lieu de les considérer
comme des victimes.
Pendant ce temps, la situation se durcit en matière de jugements d’expulsions.
Le nombre de ménages qui voient leur bail résilié chaque année dépasse désormais
la barre fatidique des 100 000. Et enfin, à l’automne,
nos banlieues s’embrasent. Les quartiers flambent, la
police riposte. La révolte des jeunes nous renvoie à l’échec des politiques, y
compris celle de l’urbanisation des trente dernières années, laquelle a créé des
cités qui se révèlent de véritables ghettos, sans perspective de mobilité pour
leurs habitants. La mixité sociale est en panne. Sur les 720 communes concernées
par l’application de la loi SRU promulguée en 2000, un tiers ont réalisé moins
de 50 % de leurs objectifs, et près d’une centaine n’ont strictement rien
entrepris pour rattraper leur retard, situation qu’a dénoncée le Président de la
République.
Dans ce nouveau Rapport de la Fondation Abbé Pierre, tous ces phénomènes sont
passés en revue, et l’analyse des causes qui les ont entraînés fait l’objet de
plusieurs chapitres. Une analyse qui se veut la plus objective et documentée
possible, et qui s’appuie sur les réflexions des acteurs de la société civile
aux prises avec les difficultés de l’insertion des publics les plus durement
touchés : les familles modestes, les précaires, les sans-droit. Plus
particulièrement encore, ce rapport nous alerte sur la situation des jeunes
confrontés de plein fouet à cette crise du logement sans précédent. On y lira
leurs témoignages, dont certains sont bouleversants. On y
constatera leur désarroi, leur désespoir parfois, devant l’impossibilité
d’envisager, ou la nécessité de différer encore et encore un projet de vie,
faute de pouvoir accéder à un logement. Devant ce drame, nous devons tous nous
ressaisir, et sans tarder. Car une société qui ne laisse pas de perspective à
ses jeunes se prive de tout avenir.
Source :
Le site de la Fondation Abbé Pierre
Fondation abbé Pierre - Février 2006