Les prévisions
du BIPE*, présentées le 1er décembre dernier lors du
troisième séminaire annuel de l’Observatoire permanent des marchés de l’épargne
et du crédit, montrent que la croissance du patrimoine financier des ménages
diminuera en 2006 notamment à cause du tassement des prix des actifs boursiers.
La croissance du patrimoine total sera également freinée par le ralentissement
des prix de l’immobilier résidentiel.
2005 : encore une excellente année pour l’assurance vie et l’immobilier, mais
la liquidité de l’épargne reste élevée
En 2005, près de 220 000 logements neufs ont été achetés par les ménages, dont
une forte proportion d’investissements locatifs relevant de la loi « Robien ».
La valeur des transactions sur l’ancien a crû de près de 10%, largement en
raison de la croissance des prix. Au total, les crédits nouveaux à l’habitat ont
progressé de plus de 18%. Le dynamisme des crédits nouveaux au titre des
logements anciens explique, pour partie, le montant important des placements
financiers : 120 milliards d’euros en 2005 contre moins de 110 milliards en
2004.
La collecte sur les contrats d’assurance vie a encore progressé de près de 14%,
soit un rythme comparable à celui de l’an dernier. Les versements sur les
supports unités de compte ont très fortement rebondi (+40%) ; ceux sur les
supports euros ont progressé de plus de 8%. Au total, les placements en
assurance vie représentent 60% de l’ensemble des placements financiers en 2005.
La surprise relative de l’année 2005 concerne la collecte sur les livrets
fiscalisés (plus de 15 milliards d’euros), alors que les livrets défiscalisés
refluaient quelque peu après la baisse de la rémunération du 1er août 2005.
Cette forte collecte sur les livrets fiscalisés s’explique en partie par la
riposte développée par les grands réseaux contre les « nouveaux entrants ».
Malgré la bonne tenue de la Bourse (+18% en glissement annuel pour le CAC40
prévus à fin décembre 2005) et la réussite des ouvertures de capital de GDF et
d’EDF, les souscriptions nettes d’actions cotées en direct de la part des
ménages sont restées fort modestes. Les achats nets d’OPCVM hors monétaires ont
rebondi du côté des OPCVM actions et diversifiés, mais sont négatifs en ce qui
concerne les OPCVM obligataires. Les souscriptions nettes d’actions non cotées
et d’autres participations sont restées, quant à elles, très significatives.
Le 1er décembre 2005, la BCE a porté son principal taux directeur à 2,25%,
montrant du doigt la hausse des prix à la consommation mais visant en fait, dans
plusieurs pays de la zone euro, la croissance du crédit et la forte augmentation
des prix de l’immobilier. Ce processus de normalisation de la politique
monétaire se poursuivra en 2006, mais devrait être freiné par la perspective
d’une politique budgétaire allemande très restrictive en 2007.
2006 : dans un environnement de remontée des taux d’intérêt, l’immobilier
ralentira nettement, de même que la progression de l’assurance vie
Le 1er février 2006, la rémunération du livret A devrait être portée à 2,25%. La
hausse des taux d’intérêt longs se poursuivra au cours de l’année et ils
devraient atteindre 3,9 % en décembre. La dépense logement en capital des
ménages ralentira sensiblement (moins de 3% contre 11% en 2004) et les crédits
reculeront (-2%) en partie à cause de la remontée des taux d’intérêt.
La collecte sur les livrets se tassera nettement pour les livrets fiscalisés,
mais rebondira pour les livrets défiscalisés à la suite de la hausse des taux
règlementés début février. Quant à l’épargne contractuelle, sa variation
d’encours devrait être négative, la croissance de l’encours des PEL devenant de
plus en plus modeste.
La collecte sur les contrats d’assurance vie continuera de progresser, mais à un
rythme nettement ralenti par rapport à 2004 (6% contre 14%). Toutefois,
l’épargne des ménages en assurance vie représentera encore plus des trois
cinquièmes du total des nouveaux placements financiers.
Enfin, s’agissant des valeurs mobilières, la collecte devrait être plus
importante qu’en 2005, moins en raison de fortes souscriptions nettes d’actions
cotée que d’une certaine reprise sur les OPCVM généraux et sur les fonds
d’investissement divers (FCPE et les nouveaux OPCI).
En résumé, malgré un flux nouveau de placements financiers d’environ 120
milliards d’euros (de même niveau qu’en 2005), la croissance du patrimoine
financier des ménages en 2006 se situera en dessous de celle de 2005, du fait
d’une progression moindre des prix sur les marchés boursiers. La croissance du
patrimoine total sera également freinée par l’inflexion sur les prix de
l’immobilier résidentiel.
* Le BIPE est une société d'études économiques et de conseil en
stratégie
Source :
http://www.bipe.fr