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Deux fois l'an,
analysent les tendances qui marqueront les deux prochaines années et
examinent les politiques économiques requises pour favoriser une
croissance forte et durable dans les pays membres. Cette version analyse
les tendances économiques majeures qui vont marquer les années 2006 et
2007.
Depuis la
publication de nos dernières Perspectives, l’économie mondiale a
confirmé sa capacité à traverser sans encombre, ni ralentissement
marqué, les périodes de turbulences. Les économies d’Asie ont poursuivi
leur course qu’il s’agisse de la Chine, avec une croissance à deux
chiffres, ou de l’Inde.
Après des années de morosité et de pressions déflationnistes, le Japon
est désormais engagé sur une voie nouvelle, où consommation vigoureuse
et revenus du travail en hausse se conjuguent désormais au dynamisme des
exportations et de l’investissement pour soutenir la croissance. Aux
États-Unis, les ouragans n’ont affaibli que de manière transitoire
l’activité économique, qui a rebondi dès le début 2006.
En Europe continentale, l’activité a de nouveau faibli en fin d’année
dans la foulée des hausses de prix énergétiques, mais a accéléré début
2006.
Plus avant, les enquêtes auprès des ménages et des entreprises suggèrent
qu’à court terme les perspectives de croissance pourraient converger au
sein de l’OCDE. La zone euro croîtrait à un rythme légèrement supérieur
à sa tendance au cours des prochains mois, de même que le Japon et les
États-Unis.
Après une série de reprises avortées, une expansion
s’élargissant à la consommation n’a jamais paru aussi probable en
Allemagne depuis la fin des années 90. De fait, les enquêtes auprès des
entreprises suggèrent que leur confiance est d’ores et déjà largement
supérieure à sa moyenne historique dans des secteurs tirés par la
demande intérieure tels que la construction et le commerce de détail, et
s’améliore progressivement dans les services.
Plus tard dans l’année, les conjonctures pourraient néanmoins diverger.
Aux États-Unis, le resserrement passé de la politique monétaire a créé
les conditions d’un atterrissage en douceur, tandis qu’en Europe une
croissance supérieure à la tendance permettrait de commencer à résorber
très progressivement l’insuffisance de demande globale. Dans un contexte
où l’incertitude demeure quant à la faisabilité politique et la portée
des réformes économiques, la reprise de l’investissement en Europe
resterait modeste, et le dynamisme de la consommation des ménages serait
affecté dans une certaine mesure par la forte hausse du taux de TVA en
Allemagne. D’ici la fin 2007, l’insuffisance de demande serait plus que
résorbée au Japon et aux États-Unis, mais elle resterait forte en
Europe, continuant ainsi à exercer des pressions désinflationnistes.
Dans ce scénario, fondé sur un prix du pétrole tournant autour de 70$ le
baril, les perspectives d’inflation resteraient relativement bénignes.
L’inflation atteindrait 1% au Japon en début d’année prochaine et se
stabiliserait par la suite, tandis qu’elle passerait sous le seuil des
2% en zone euro au même horizon – si l’on fait abstraction de la hausse
de TVA en Allemagne. Aux États-Unis cependant, où l’inflation avait
atteint un niveau nettement plus élevé en fin d’année dernière, la
désinflation prendrait un peu plus de temps.
Les risques
entourant ce scénario se sont plutôt accentués récemment, qu’il s’agisse
de déséquilibres de balances courantes, de taux d’intérêt à long terme
ou de prix de l’immobilier. En outre, les perspectives d’inflation
et de croissance pourraient être fortement affectées par de brusques
variations des prix du pétrole et des matières premières.
Au cours de ces dernières années, les déséquilibres de balances
courantes se sont accentués. C’est ainsi qu’au sein de l’Union monétaire
européenne, l’excédent allemand avoisinerait les 4½ pour cent du PIB en
2007 et le déficit espagnol les 10%. Il en a été de même hors d’Europe
où les excédents de balances courantes japonais et chinois pourraient
atteindre 5½ à 6% du PIB en 2007, alors que le déficit américain
excéderait les 7½ pour cent.
Il a été souligné à maintes reprises que ces déséquilibres sont
insoutenables à long terme, et que s’ils reflètent l’orientation des
capitaux vers les meilleures opportunités disponibles à l’échelle
mondiale, ils renvoient aussi dans une large mesure à des
dysfonctionnements en matière de politiques budgétaires, structurelles
et de change. Une résorption brutale de ces déséquilibres affecterait
sans doute l’économie globale, et vraisemblablement en premier lieu les
zones les moins « résilientes », dont la zone euro.
L’engagement pris un peu tardivement par la communauté internationale de
mettre en oeuvre les politiques susceptibles de minimiser l’éventualité
et le coût d’un brusque dénouement des déséquilibres de balances
courantes est donc le bienvenu. Cependant, comme l’illustrent ces
Perspectives, il n’est pas certain que les changements de politiques
domestiques requis afin d’éviter un tel scénario du pire seront mis en
oeuvre dans un avenir prévisible.
Les risques que font peser les niveaux élevés, voire excessifs, des
prix de l’immobilier en matière de stabilité économique et financière ne
doivent pas non plus être sous-estimés, même si le refroidissement
récent des marchés immobiliers australien et britannique suggère que ces
risques sont gérables sur le plan macroéconomique et qu’un atterrissage
en douceur demeure vraisemblable. Néanmoins, les prix de l’immobilier
ont continué de croître rapidement en termes réels au cours des
trimestres récents, alors même que ce cycle de hausse était d’ores et
déjà le plus long depuis les années 70. Le risque d’une surévaluation
des prix immobiliers pourrait en outre s’accentuer avec la remontée des
taux d’intérêt à long terme.
L’analyse économétrique présentée dans ces Perspectives montre que si
les prix de l’immobilier venaient à augmenter en 2006 au même rythme que
l’année dernière et les taux d’intérêt à long terme à poursuivre leur
hausse des derniers mois, plusieurs grands pays (États-Unis, France,
Espagne) seraient exposés à un risque élevé de retournement du marché
immobilier.
Les pays de l’OCDE auront sans doute aussi à faire face
aux conséquences complexes de « l’inflation importée ». L’intégration au
commerce international d’économies industrielles à bas coût telles que
la Chine a indubitablement exercé des pressions désinflationnistes
bénéfiques, évaluées ici à 0.3 point de pourcentage par an pour la zone
euro au cours des cinq dernières années et à 0.1 point de pourcentage
pour les États-Unis. Mais parallèlement, la possibilité que la
globalisation ait induit un choc haussier sur les prix du pétrole et des
matières premières, non seulement en niveau mais aussi en tendance,
n’est plus une simple curiosité théorique. Elle constitue désormais,
bien au contraire, une préoccupation concrète pour les décideurs de
politique économique. En effet, l’expérience des trois dernières années
tend à suggérer que les pressions haussières sur les prix de matières
premières sont susceptibles d’outrepasser largement les pressions
baissières induites par les importations de produits manufacturés à bas
coût. Ce risque inflationniste serait encore plus prononcé si les
pressions protectionnistes venaient à s’accumuler par ailleurs.
Les incertitudes relatives aux sources des récentes hausses de prix du
pétrole et des matières premières viennent compliquer la tâche des
banques centrales dès lors qu’il existe un risque que nous soyons
confrontés à un choc d’inflation importée prolongé plutôt que temporaire
alors même que les hausses passées pourraient n’avoir pas encore été
entièrement répercutées dans les prix de consommation.
Pour les économies
déjà proches du plein emploi, telles que les États-Unis, l’éventualité
d’un choc d’inflation importée persistant, combinée à une révision à la
hausse des anticipations inflationnistes,
pourrait faire pencher la balance en faveur d’une poursuite du
resserrement monétaire. Pour la zone euro, où les salaires et les coûts
salariaux unitaires n’augmentent que lentement, le point de départ est
une situation dans laquelle l’insuffisance de demande reste
substantielle et constitue ainsi une source permanente de désinflation.
Pour autant, si les pressions haussières sur les prix de matières
premières persistent et les signes d’amplification de la reprise
s’accumulent, il devient alors objectivement nécessaire de resserrer la
politique monétaire. Le rythme d’un tel resserrement devrait alors être
conditionné par des signes tangibles que le retard de demande est en
voie de résorption. Ce que les statistiques récentes de croissance pour
le premier trimestre ne permettent pas encore tout à fait de confirmer.
Dans le domaine de la
politique budgétaire, peu de mesures ont été prises récemment alors même
que les pressions liées au vieillissement démographique s’accumulent. Il
en va de même des pressions liées aux dépenses de santé et de soins de
longue durée, discutées en détail dans le chapitre spécial de ces
Perspectives, pressions qui ne sont que partiellement liées au
vieillissement et s’avèrent même dans certains cas plus fortes que
celles associées aux régimes de retraite. Il y a donc urgence à
consolider les finances publiques non seulement pour en restaurer la
soutenabilité mais également pour recouvrer, en prévision du prochain
retournement de conjoncture, les marges de manoeuvre dilapidées au
sommet du cycle précédent lorsque, dans un certain nombre de pays
d’Europe continentale, les autorités budgétaires ont exacerbé les
tensions sur les capacités de production en procédant à la fois à des
réduction d’impôts et à des augmentations de dépense. En théorie, la
politique budgétaire est sensée atténuer les fluctuations cycliques et
répartir équitablement le fardeau fiscal entre générations. Elle a aussi
vocation à faciliter la réallocation des ressources en vue de maximiser
le bien-être de la société. Hélas, c’est à l’inverse que l’on a assisté
dans de nombreux pays. Parce qu’elle exacerbe aujourd’hui les problèmes
plus souvent qu’elle ne les résout, la politique budgétaire semble
désormais constituer une difficulté de plus plutôt qu’un moyen d’action
utile. Mettre à profit une conjoncture favorable pour retrouver la
maîtrise de cet instrument perdu est donc plus que jamais nécessaire. |