Les recommandations pour la
diversité sociale dans l’habitat
Le 23 octobre dernier,
Nicole Notat, présidente du jury de la conférence de
consensus, a remis, à Christine Boutin, ministre du
Logement et de la Ville, les recommandations pour la
diversité sociale dans l’habitat. Elle était
accompagnée de Louis Schweitzer, président de la
Halde (Haute autorité de lutte contre les
discriminations et pour l’égalité des chances), et
de Michel Piron, président du Conseil national de
l’habitat (CNH). Le gouvernement avait confié à la
Halde, en liaison avec le CNH, le 19 juillet 2006,
l’organisation d’une conférence de consensus sur la
question de la diversité sociale dans l’habitat.
Après neuf mois de consultation d’experts et
d’auditions, une séance publique au cours de
laquelle les experts avaient présenté leurs rapports
au jury s’était tenue le 19 juin 2007.
La recherche de la diversité sociale dans l’habitat
est un objectif quepartage
une large majorité des acteurs publics et privés,
institutionnelsou
associatifs. Cet accord est d’autant plus fort que
le droit au logement et
l’objectif de diversité sociale constituent chacun
un enjeu primordialpour
l’avenir de notre pays.
La diversité sociale, entendue au sens large,
c’est-à-dire non seulementen
termes de niveaux de revenu et d’éducation mais
aussi en termesd’origines,
notamment géographiques, d’âge, ethniques,
culturelles, decomposition
familiale, d’apparence ou de condition physiques,
est, eneffet, un facteur
essentiel d’intégration, de cohésion sociale et
d’égalitédes chances pour la
société française globalement et pour le
vivre-ensembledans l’espace
de plus en plus urbanisé.
Ce consensus ne suffit toutefois pas à la faire
exister. Alors que le droit
au logement a aujourd’hui force de loi, et que la
diversité sociale est regardéecomme souhaitable par une majorité de nos
concitoyens, forceest de
constater qu’un long chemin reste à parcourir pour
en faire uneréalité
collective et quotidienne. Elle se heurte aux
réticences et immobilismes
des comportements individuels, à la logique du
marché immobilieret aux
défaillances de l’organisation institutionnelle qui,
en outre,diluent les
responsabilités et masquent souvent des réflexes
protectionnistes.
Elle requiert donc un effort de chacun s’inscrivant
dans l’action concrèteet
prolongée de tous : Etat et collectivités, acteurs
institutionnels publicset
privés, associations et habitants. Cette action doit
être guidée et organiséepar
des principes, des objectifs et des réflexions que
les membresdu jury, après
avoir auditionné des acteurs du secteur, lu et
écoutéles experts, échangé
et débattu entre eux, tentent ici d’exposer.
Le droit au logement, reconnu
comme un droit fondamental et désormaisopposable, la diversité sociale et la lutte
contre les discriminations, s’ilssont de nature différente, constituent autant
d’objectifs importants et d’égalelégitimité. Mais, pour les bailleurs sociaux,
l’objectif de diversité socialedans un contexte de pénurie de logements
accessibles aux revenusdes
demandeurs, peut s’avérer difficilement compatible
avec la prioritéà accorder
aux familles les moins bien logées et la lutte
contre les discriminations.
Pour les bailleurs privés,
la pénurie de l’offre de logementsà la fois décents et accessibles, confrontée
à l’importance de la demande
favorise les comportements empreints de préjugés et
de présupposéssur le « bon »
locataire.
C’est cette quadrature du
cercle qu’il faut aujourd’hui gérer au mieuxdans une perspective dynamique de
construction de la diversité socialeau niveau du quartier.
Ainsi, le droit au logement de tous ne doit pas
s’entendreen concurrence
avec la diversité sociale. Les moyens sont limitéset n’offrent que peu de leviers d’action ;
c’est donc une politique de fondet de longue haleine qu’il faut mettre en
œuvre.
Pour sortir de cette
quadrature du cercle, il est, en premier lieu,
indispensabled’augmenter
l’offre de logement accessible (I) – ce qui nese fera pas du jour au lendemain. Cette offre
doit être conçue de manièreà
encourager la diversité sociale et pour cela il
convient de mobilisertant le
logement social que le secteur privé (IV).
En second lieu, la
diversité sociale dans l’habitat ne peut pas se
résumerà la question du
logement (II). Car au-delà de celui-ci, le sentimentd’appartenance à une collectivité se
construit au niveau du quartierdans lequel on évolue. L’habitat s’entend
ainsi du lieu de vie, des espacespublics qui l’entourent, des équipements -
notamment scolaires,sociaux,
culturels, sportifs - qui sont à proximité, qui
permettent defréquenter ou
de rencontrer des personnes qui, sans habiter là,
viennenty travailler, y
effectuer des achats, s’y divertir, y faire du
sport...
La diversité sociale dans
l’habitat doit également s’étendre à la ville, s’ydiffuser. Banaliser le logement social dans
l’ensemble de l’espace urbain
et redonner des fonctions de centralité aux
quartiers périphériques constituentles fondements d’une politique de diversité
sociale à l’échelledes
agglomérations. Il est nécessaire de construire des
politiques localespermettant
de donner un niveau d’attractivité équivalent à
l’ensembledes quartiers à
vocation résidentielle.
Cette attractivité qui
n’est pas pour autant fondée sur l’homogénéité oula similitude des différentes parties d’une
ville, est la clé de la mobilité etde la fluidité résidentielles.
Cette conception de la diversité sociale dans
l’habitat implique donc une
action collective fondée sur une approche globale et
diversifiée, qui doitêtre
conduite par une impulsion politique forte. Elle
passe par uneclarification
et une redéfinition du rôle de chacun (III),
l’intercommunalitéétant
l’acteur opérationnel et l’Etat, l’autorité de
régulation et, encas de
défaillances locales, de contrainte et de
substitution.
Enfin, il faut agir sur le
traitement de la demande de logement social(V). Au cœur du système, souvent mis en
cause, les bailleurs sociaux
ont avant tout besoin d’une clarification, élaborée
avec les autorités compétentes,des critères d’attribution et, en
contrepartie, d’une plus grandesouplesse dans la gestion de leur parc.
Beaucoup doit et peut être fait ausein de ce dernier, qu’il s’agisse tout
autant de lutte contre la discriminationque d’amélioration de la diversité sociale.
Le rôle du logement locatif
social (au sens strict) dans la construction de la
diversité dans l’habitatdoit
toutefois être inséré dans une politique plus large,
englobant les différents
segments de l’immobilier, et dont les objectifs sont
définis defaçon suffisamment
précise pour être suivis et évalués (VI).