Les comptes financiers de la
Nation en 2006 : nouvelle poussée de
l’endettement du secteur privé, désendettement de l’État
En 2006, la
croissance de l’endettement du secteur privé se
renforce. Les ménages continuent de s'endetter à un
rythme soutenu tout en accumulant des actifs financiers,
notamment en assurance-vie ; leur taux d’endettement
atteint un nouveau record historique. Les sociétés non
financières intensifient leur recours aux emprunts
bancaires et aux financements de marché. À l’inverse, le
besoin de financement des administrations publiques se
réduit, de même que leur dette financière brute, qui
diminue pour la première fois depuis 1999. Sous l’effet
de la remontée des taux d’intérêt à court terme,
l’accumulation de dépôts à vue ralentit au profit des
placements à vue et des dépôts à terme. Par ailleurs,
les plans d’épargne logement (PEL) subissent des
retraits massifs à la suite de la modification de leur
régime fiscal. Les ménages réemploient principalement
ces fonds en souscrivant des contrats d’assurance-vie et
des titres d’OPCVM. En contrepartie du gonflement de
leur collecte, les sociétés d’assurance et les OPCVM
accroissent leurs acquisitions de titres, et notamment
de titres obligataires.
Nouvel essor de
l'endettement des ménages et de leurs placements en
assurance-vie
Fin 2006, la dette
des ménages atteint un nouveau record au regard de leur
revenu disponible brut, à 68,4 %, après 64,1 % fin 2005.
C’est également le cas pour le ratio dette/épargne brute
des ménages qui représente désormais 4,5 années
d’épargne. Sans précédent en France, ces niveaux
demeurent toutefois sensiblement inférieurs à ceux de la
zone euro, du Royaume-Uni ou des États-Unis.
En 2006, la dette des ménages continue à croître à un
rythme élevé (+ 11,3 %, après + 11,2 % en 2005). Le flux
net des crédits (crédits nouveaux moins remboursements)
s’élève à 84,0 milliards d’euros, après 72,5 milliards
en 2005. La croissance des prêts à l’habitat, qui
forment l’essentiel de la dette des ménages, se poursuit
à un rythme soutenu (+ 15 %) malgré le relèvement des
taux appliqués aux crédits nouveaux. L’effet de ce
renchérissement des taux débiteurs sur la charge de
remboursement des emprunts est toutefois en partie
compensé par l’allongement de leur durée moyenne.
En parallèle à cet essor de leur endettement, les
ménages maintiennent des flux de placements financiers
importants (140,9 milliards d’euros), bien qu’en
diminution par rapport à 2005. Les flux de placements en
assurance-vie (88,8 milliards d’euros) excèdent ceux de
2005 (82,0 milliards), bénéficiant pour une bonne part
du réemploi des fonds retirés des PEL à la suite de la
modification du régime fiscal de ces derniers intervenue
au 1er janvier 2006. Les contrats en unités de compte
(30,4 % des flux de souscription) sont favorisés par la
hausse des cours boursiers mais aussi par le plein effet
sur 2006 des dispositions permettant désormais de
transformer sans pénalité un contrat monosupport (en
euros) en un contrat multisupports investi en tout ou
partie en unités de compte.
Les ménages redeviennent acheteurs nets de titres
d’organismes de placement collectif en valeurs
mobilières (OPCVM) : les fonds monétaires (1,2 milliard
d’euros de souscriptions nettes) bénéficient de la
remontée des taux à court terme, et les non monétaires
(3,5 milliards) de la bonne orientation des marchés
financiers, les ménages semblant en outre préférer la
détention indirecte d'actions cotées à leur détention
directe (– 5,0 milliards d’euros, après 3,4 milliards).
Par ailleurs, leurs flux nets de dépôts se réduisent
sensiblement (17,6 milliards d’euros, après 34,7
milliards en 2005). En particulier, l’accumulation de
dépôts à vue ralentit fortement (10,2 milliards, après
19,6 milliards en 2005), le coût d’opportunité de leur
détention étant accru par la hausse des taux d’intérêt à
court terme, et ce d’autant plus que la rémunération de
ce type de dépôts est encore peu répandue en France. En
revanche, le flux net de placements à vue retrouve son
niveau de 2004 (24,3 milliards d’euros, après 14,8
milliards en 2005), dans un contexte marqué par deux
relèvements successifs de la rémunération des livrets A
et livrets bleus. De même, le flux des placements à
échéance s’étoffe : + 7,0 milliards d’euros, après + 1,5
milliard. À l’inverse, le flux d’épargne contractuelle
(PEL et plans d’épargne populaire [PEP] bancaires
essentiellement) devient très négatif (– 23,9 milliards
d’euros, après – 1,2 milliard) du fait notamment des
retraits opérés sur les PEL.