Étude de législation comparée
: la gestion des copropriétés
(Allemagne, Angleterre et le pays de Galles, Belgique, Espagne, Italie
et les Pays-Bas)
En France, la
copropriété, c'est-à-dire l'organisation d'un
immeuble ou d'un ensemble immobilier dont « la
propriété est répartie, entre plusieurs personnes,
par lots comprenant chacun une partie privative et
une quote-part de parties communes »,
fonctionne sous le régime de l'indivisionforcée. Elle est régie par les
dispositions, très strictes, de la loi
n° 65-557 du 10 juillet 1965 fixant le statut de la
copropriété des immeubles bâtis et par
celles du décret n° 67-223 du 17 mars 1967 pris pour
l'application de la loi de 1965, ces deux textes
ayant été modifiés à plusieurs reprises depuis leur
adoption.
L'ensemble des
copropriétaires forme le syndicat des
copropriétaires, qui est doté de la
personnalité juridique et
a pour objet « la conservation de l'immeuble et
l'administration des parties communes ». Le
syndicat des copropriétaires assure donc la défense
des intérêts collectifs. Il se réunit au moins une
fois par an en assemblée générale
pour prendre les principales décisions nécessaires
au bon fonctionnement de la copropriété, en
particulier pour voter le budget annuel. En
assemblée générale, chaque copropriétaire détient
autant de voix qu'il possède de tantièmes dans les
parties communes de la copropriété.
Le syndicat des
copropriétaires mandate un syndic
qui gère l'immeuble et les équipements collectifs.
Chargé d'exécuter les décisions de l'assemblée
générale et d'appliquer le règlement de copropriété,
le syndic « représente le syndicat des
copropriétaires danstous les actes civils
et en justice ». Le syndic peut être un
professionnel ou un copropriétaire.
Dans toute
copropriété, un conseil syndical,dont le rôle estpurement
consultatif, « assiste le syndic et contrôle sagestion ». Ses membres sont élus par
l'assemblée générale parmi les copropriétaires.
D'après l'enquête
menée en 2002 par l'INSEE, le nombre de logements en
copropriété s'élève en France à plus de 7,5 millions
sur un total de 29,5 millions de logements. La
copropriété représente donc le quart du parc
immobilier. Bien qu'elle soit très développée dans
notre pays, son fonctionnement est souvent critiqué.
Certains copropriétaires déplorent le manque de
compétences et de disponibilité des syndics, tandis
que ces derniers regrettent le faible intérêt que
les copropriétaires portent à la gestion de leur
copropriété.
Ces critiques
récurrentes et anciennes conduisent à s'interroger
sur la situation dans plusieurs pays européens,
a priori confrontés au même besoin d'organiser
la gestion des immeubles en copropriété.
Six pays ont été
retenus : l'Allemagne, l'Angleterre et le
pays de Galles, la Belgique, l'Espagne, l'Italie et
les Pays-Bas. Les textes législatifs et
réglementaires régissant la copropriété dans ces six
pays ont donc été analysés, de façon à identifier
les organes de la copropriété, puis à définir les
compétences respectives de chacun d'eux.
L'examen des
dispositions étrangères fait ressortir :
- de
grandes similitudes dans les structures de gestion
des copropriétés ;
- des
difficultés de fonctionnement, qui ont récemment
entraîné des réformes dans presque tous les pays
étudiés.
1) Des
structures de gestion similaires
a) Dans
chacun des pays étudiés, la copropriété relève d'un
régime juridique particulier
Dans chacun des
six pays retenus, un dispositif juridique
particulier permet de concilier, au sein d'un
immeuble donné, le droit de jouissance exclusif - ou
la propriété privée - de certaines parties d'un
immeuble et la propriété partagée des autres
parties.
En Belgique, en
Italie et aux Pays-Bas, les dispositions sur la
copropriété sont incluses dans le code civil, tandis
que, dans les trois autres pays, il existe une loi
spécifique : loi sur la propriété d'appartements en
Allemagne, loi sur la « propriété horizontale » en
Espagne et loi sur la copropriété en Angleterre et
au pays de Galles. L'application de la loi espagnole
sur la propriété horizontale n'est obligatoire que
lorsque le nombre de copropriétaires dépasse quatre,
les copropriétés plus petites pouvant être gérées
comme des indivisions.
La loi
anglaise, adoptée en 2002 et entrée
en vigueur le 27 septembre 2004, est la
plus récente. Auparavant, la plupart des
personnes occupant des appartements ne jouissaient
pas de la pleine propriété de leur logement, mais
étaient titulaires d'un bail à très long terme.
Il convient
également de souligner que, dans plusieurs pays, les
dispositions législatives et réglementaires ne sont
pas impératives et que les textes fondateurs d'une
copropriété donnée ou les accords passés entre les
copropriétaires peuvent y déroger. Il en va ainsi en
particulier en Allemagne, en Angleterre et au pays
de Galles, ainsi qu'aux Pays-Bas.
En
Angleterre et au pays de Galles, l'ensemble des
copropriétaires constitue une société à
responsabilité limitée,
qui est propriétaire des parties
communes. Ceci explique que les copropriétés
anglaises soient non seulement régies par des
dispositions spécifiques, mais aussi par certaines
clauses du droit des sociétés. En particulier, la
société propriétaire des parties communes est
dirigée, comme toute société, par un conseil
d'administration. En revanche, les copropriétaires
forment une association en Belgique et aux Pays-Bas,
et une entité suigeneris dans les
trois autres pays.
b) La gestion
des copropriétés s'effectue partout de façon
similaire, même si la loi espagnole attribue un rôle
important au président
Dans
chacun des six pays étudiés, l'administration de la
copropriété revient aux copropriétaires,
qui prennent leurs décisions à l'occasion d'une
assemblée générale annuelle. Les
règles de majorité sont variables : en général, les
décisions les plus importantes requièrent une
majorité qualifiée, voire l'unanimité.
Les
copropriétaires délèguent à un
administrateur l'exécution de leurs
décisions ainsi que la gestion courante. En
Angleterre et au pays de Galles, c'est le conseil
d'administration de la société propriétaire des
parties communes qui assume cette mission. La
désignation d'un administrateur est obligatoire dans
tous les pays, sauf en Italie, où seules les
copropriétés comptant plus de quatre copropriétaires
ont l'obligation d'en nommer un. Si l'on excepte les
Pays-Bas, l'administrateur est choisi pour une
durée limitée : un an en Espagne et
en Italie, au plus cinq ans en Allemagne et en
Belgique, tandis que le conseil d'administration est
renouvelé chaque année par tiers en Angleterre et au
pays de Galles.
Les
copropriétaires peuvent être associés à la gestion
courante par l'intermédiaire d'un conseil
syndical ou d'une instance similaire.
D'après les textes, la création d'un tel organe est
facultative en Allemagne, en Belgique et en Italie.
Cependant, elle est en pratique fréquente, au moins
dans les copropriétés les plus importantes. En
Angleterre et au pays de Galles, les textes ne
définissent pas la composition du conseil
d'administration de la société propriétaire des
parties communes. Ce dernier peut donc comprendre
uniquement des professionnels de l'immobilier ou
inclure des associés - c'est-à-dire des
copropriétaires - la seconde solution permettant de
faire participer les copropriétaires à la gestion de
l'immeuble.
En revanche, en
Espagne et aux Pays-Bas, toute copropriété dispose
obligatoirement d'un président, choisi par les
copropriétaires en leur sein. Aux Pays-Bas, le rôle
du président, nommé en assemblée générale pour une
durée en principe indéterminée, est limité à la
présidence de cette assemblée. En revanche,
en Espagne, le président, choisi pour un
an, joue un rôle important. C'est lui qui
représente la copropriété dans tous les actes
juridiques, en particulier devant les
tribunaux. La personne qui a été désignée
comme président ne peut pas démissionner. Elle ne
peut se faire relever de ses fonctions que par le
juge après avoir présenté une requête motivée.
De plus, la loi confie au président les
fonctions d'administrateur, tout en laissant à
chaque copropriété la possibilité de nommer une
autre personne, en particulier un professionnel.
2) Les
difficultés de fonctionnement ont entraîné des
réformes au cours des dernières années
Si l'on ne tient
pas compte du cas anglais, puisque la loi est très
récente, quatre des cinq autres pays ont récemment
modifié leur loi sur la copropriété.
En Allemagne, la
loi de 1951 sur la propriété d'appartements laisse
aux copropriétés une grande liberté, de sorte
qu'elle est applicable à des situations variées.
Ceci explique qu'elle n'a été que peu modifiée.
Toutefois, un projet de loi tendant à la réformer a
été adopté par le Parlement le 16 février 2007.Ses dispositions, qui vont entrer en
vigueurle1er
juin 2007, visent en particulier à assouplir lesrègles de majorité, pour faciliter la prise
de décision et par conséquent favoriser la
rénovation des immeubles.
En Belgique, la
loi du 30 juin 1994 modifiant et complétant les
dispositions du code civil sur la copropriété a
donné la personnalité morale à l'association des
copropriétaires, afin de faciliter les actions en
justice contre les copropriétaires.
En Espagne, la
loi n° 49 du 21 juillet 1960 sur la « propriétéhorizontale » a été modifiée en 1999. La
réforme de 1999 n'a pas affecté l'économie générale
du dispositif contenu dans la loi de 1960. Elle a
assoupli les règles de majorité et donné aux
copropriétés les moyens de lutter contre les
impayés, notamment en insérant la disposition selon
laquelle les copropriétaires qui ont des dettes
injustifiées envers la copropriété n'ont pas le
droit de vote aux assemblées générales. Elle a
également imposé la création d'un fonds de réserve.
Aux Pays-Bas, la
dernière réforme, entrée en vigueur le 1er
mai 2005, vise à encourager les travaux de
rénovation, notamment en facilitant la révision des
textes fondateurs de la copropriété et en imposant
la création d'un fonds de réserve, destiné à
financer les dépenses exceptionnelles.
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L'analyse des
législations étrangères montre, d'une part, la
convergence des dispositions régissant la
copropriété et, d'autre part, la similitude des
difficultés rencontrées dans la gestion des
immeubles en copropriété. Elle montre aussi que le
modèle de la démocratie directe, qui sous-tend le
fonctionnement de la copropriété, exclut toute
responsabilité exécutive des copropriétaires, sauf
en Angleterre et au pays de Galles, où le conseil
d'administration de la société propriétaire des
parties communes peut comprendre des
copropriétaires, et en Espagne, où c'est un
copropriétaire qui représente la copropriété dans
tous les actes juridiques et exerce les fonctions
d'administrateur, à moins que les copropriétaires
n'aient pris une autre décision.