Les élus
locaux et les quartiers durables - étude réalisée par TNS Sofres pour
l'Observatoire de la Ville
Cette étude réalisée pour
l'Observatoire de la Ville fait le point sur les
perceptions et expériences des élus à propos des
problématiques liées au développement durable dans
leur commune, ainsi qu’à mesurer la notoriété, le
niveau de connaissance et l’intérêt perçu pour les
projets de quartier durable.
Les élus interrogés affichent un accord presque
parfait sur la place importante qu’ils donneront aux
problématiques liées au développement durable dans
la gestion de leur commune dans les années à venir.
Autant dire que la question ne mérite plus d’être
posée : la réponse s’impose aujourd’hui comme une
évidence que personne ne viendrait discuter, ni à
droite, ni à gauche.
De fait, la plupart ont d’ores et déjà mis en place
des mesures intégrant les préoccupations
environnementales dans l’aménagement des quartiers.
Efficacité énergétique, réflexion sur les transports
et réduction de l’impact environnemental du bâti
sont, en 2007, des pratiques courantes – bien
qu’inégales – dans les villes françaises. C’est
notamment pour répondre aux attentes et demandes de
leurs administrés que les élus locaux ont mis en
place ce type d’actions ou envisagent de le faire.
Dans ce contexte, la plupart sont en mesure de
restituer les grands principes et objectifs des
quartiers durables, sans toujours connaître les
projets et expériences déjà faites. Les descriptions
sont incomplètes, parfois approximatives, mais ils
sont très peu nombreux à tout en ignorer. Ils en ont
par ailleurs une image positive : écologiques,
performants et attractifs, les quartiers durables
sont également innovants.
Pour autant, le quartier n’est pas un périmètre
spontanément retenu par les élus locaux pour
construire un équilibre entre activité économique,
activité sociale, habitat et environnement. La
question du coût est, sans aucun doute, un frein
important, tout autant que l’échelle considérée. Les
élus raisonnent en effet plus volontiers au niveau
de l’agglomération que du quartier.
En dépit de cette hésitation, les élus semblent
prêts à relever le pari du développement durable à
l’échelle du quartier, en faisant un enjeu dont ils
estiment devoir être les principaux acteurs.
Le
développement durable dans la ville : une évidence
politique déjà convertie en actions par la plupart
des élus locaux
Globalement, les élus locaux interrogés considèrent
que l’emploi, le logement et l’environnement sont
les trois principaux enjeux pour les villes en
France dans les dix prochaines années. Ces sujets
totalisent respectivement 60%, 52% et 46% de
citations.
Viennent ensuite, à des niveaux de citations
moindres, la mixité sociale (35% de citations), les
transports et la circulation (30%), la sécurité
(29%), et l’animation sportive ou culturelle de la
ville (20%). Enfin, la mixité intergénérationnelle
et la collecte et le traitement des déchets
recueillent 13% de citations chacune.
Des écarts
significatifs, en hiérarchie comme en intensité
- La couleur politique de l’élu ajuste sa perception
des enjeux. Droite ou gauche : emploi, logement et
environnement sont identifiés comme les trois
principaux enjeux … mais pas dans le même ordre !
Les élus de gauche font du logement l’enjeu
principal pour la ville (67% de citations, + 15
points par rapport à la moyenne), devant l’emploi
(59%) et l’environnement (49%). A l’inverse, les
élus de droite considèrent que l’activité économique
et l’emploi seront le principal enjeu (58% de
citations), devant l’environnement (44%) et le
logement (40% de citations, soit -12 par rapport à
la moyenne et -27 par rapport aux élus de gauche).
- Les caractéristiques socioéconomiques et
démographiques de la commune fabriquent également
une hiérarchie des enjeux très différente. Les élus
locaux adoptent spontanément le prisme de leur
propre commune pour établir leur hiérarchie : c’est
de la ville qu’ils connaissent dont ils parlent.
Ainsi, les élus des agglomérations de 100 000
habitants et plus considèrent que la circulation et
les transports (66%, +36 par rapport à la moyenne)
sont le principal enjeux pour les villes de demain,
juste devant le logement (63% de citations), la
mixité sociale (48%) l’environnement (47%) et
l’emploi en cinquième position avec 39% de citations
(un écart négatif de 21 points par rapport à la
moyenne). A l’inverse, l’activité économique est le
premier enjeu cité par les élus des communes de
moins de 20 000 habitants (60%) et d’une façon
générale par les élus des communes périurbaines (79%
de citations).
Le taux de chômage dans la commune règle également
la perception des enjeux pour la ville : les élus
des communes affichant un taux de chômage assez
faible mentionnent moins souvent l’activité
économique et l’emploi (41%, -19). Ils considèrent
l’environnement comme le premier enjeu pour les
villes (45%), juste devant le logement (42%). A
l’inverse, l’emploi totalise 72% de citations parmi
les élus des communes avec un très fort taux de
chômage. Loin devant le logement (52% de citations)
et l’environnement (43%).
- Enfin, la situation géographique de la commune de
l’élu interrogé modifie sa perception des enjeux.
Les élus de la région parisienne estiment que le
logement (68%) sera le principal enjeu des villes
dans les dix prochaines années, devant la mixité
sociale (46%) et l’emploi (45%). Les élus du Nord de
la France placent également le logement (67%) en
première position mais devant l’emploi (58%),
l’environnement et la sécurité (37% de citations). A
l’inverse, à l’Est, les élus locaux font de l’emploi
(75%) le principal enjeu, loin devant
l’environnement (43%) et la mixité sociale (39%).
Les perceptions sont donc différenciées en fonction
des caractéristiques socioéconomiques et
démographiques de la commune. En revanche, lorsqu’il
s’agit de développement durable, les élus locaux
parlent d’une seule voix. Il est aujourd’hui un
sujet à propos duquel la contradiction n’est pas de
mise. Naturellement, sa mise en œuvre et son contenu
idéologique sont l’objet de débats concurrents ou
carrément contradictoires. Mais concrètement, les
élus locaux s’accordent sur le principe d’une prise
en compte nécessaire dans la gestion de leur
commune. Par ailleurs, ils ne se contentent pas de
le dire : ils ont déjà fait, font, ou disent leur
intention de faire.
Des moyens
mis en place dès aujourd'hui
- 100% des élus de communes de 8 000 habitants et
plus déclarent avoir déjà mis en place le tri
sélectif des déchets ménagers ou être en train de le
faire. 93% l’ont déjà fait : le défi du tri en ville
a été relevé en adaptant les conteneurs d’apport
volontaire aux contraintes urbaines et en incitant
au tri à domicile (distribution de guides de tri par
exemple).
- Près de trois quart (73%) ont déjà mis en place
les moyens nécessaires pour valoriser les déchets
(recyclage) et 18% sont en train de le faire.
65% ont créé un poste dédié aux questions
environnementales au sein de la Mairie, 8% sont en
train de le faire et 13% envisagent de s’en doter.
- Un peu plus d’un sur deux (52%) ont déjà créé des
espaces verts respectant la biodiversité, 28% sont
en train de le faire. 50% ont adopté une gestion de
l’eau respectueuse de l’environnement (consommation,
traitement) et un tiers est en train de la mettre en
place. 45% ont mis en place des actions de
sensibilisation des habitants à la protection de
l’environnement et à la maîtrise de l’énergie ; 34%
déclarent qu’ils sont en train de le faire. 41% ont
déjà mis en place une réflexion sur le déplacement
des habitants pour adapter les réseaux de transport
en commun ; 32% sont en train de le faire. Un peu
plus d’un tiers (35%) a déjà développé des pistes
cyclables et des moyens de transport alternatifs
dans leur commune, 43% sont en train de le faire.
34% ont déjà adopté la démarche HQE (Haute Qualité
Environnementale) pour la construction de nouveaux
bâtiments et autant disent être en train de le
faire.
- En revanche, la récupération des eaux de pluie
(28%), la rénovation ou la construction de bâtiments
à faible consommation d’énergie (21%), et
l’utilisation ou la production d’énergies
renouvelables (16%) sont des moyens du développement
durable aujourd’hui peu mobilisés. Elles sont
cependant en cours de mise en place ou à l’étude
dans plus d’une commune sur deux.
- Enfin, l’utilisation du bilan carbone pour évaluer
la quantité de gaz carbonique et carbone brut
rejetée par l’activité humaine dans leur commune a
été mise en place par à peine plus d’une commune sur
dix (11%). Deux élus sur cinq (39%) n’envisagent
pas, aujourd’hui, d’y avoir recours. Selon toute
probabilité, c’est un outil encore méconnu dans les
communes.
Au total, 98% des élus interrogés déclarent qu’ils
ont déjà mis en place au moins une de ces mesures
dans leur commune. 65% en ont déjà mis en place au
moins cinq et 16% au moins neuf. 2% n’ont encore
rien fait. Force est de constater que la plupart des
élus interrogés ont d’ores et déjà intégré une
partie des problématiques liées au développement
durable dans l’aménagement d’un quartier.
Le
développement durable dans ma ville : une place
(très) importante demain
En toute cohérence, 99% des élus locaux interrogés
pensent que les problématiques liées au
développement durable auront une place importante
dans la façon dont ils géreront leur commune dans
les années à venir. 99% parmi lesquels 60% déclarent
qu’elles auront une place très importante et 39% une
place assez importante.
Les répondants récemment élus (depuis 2001) sont
encore plus formels : 66% estiment qu’elles auront
une place très importante (+6).
L’opinion des élus locaux est unanime. Mais
pourrait-il en être autrement ? Création d’un
Ministère d’Etat de l’Ecologie, du Développement et
de l’Aménagement durables, Grenelle de
l’Environnement, Agendas 21, préoccupation forte et
déclarée des Français pour l’environnement et ses
conséquences sur leur état de santé,... La liste
n’est pas exhaustive mais suffit à rendre compte de
la place que le développement durable occupe
aujourd’hui dans la vie politique française.
Entre marche forcée et conviction profonde d’une
partie de la classe politique, le développement
durable n’est plus un sujet réservé ou confisqué par
les seuls débats nationaux. Il est un modèle que les
élus locaux ont intégré à leur réflexion et à leurs
discours. Un pari qui commence dans la ville, et
qu’on entend gagner dans SA ville.
Pour quelles raisons ? D’abord pour répondre aux
attentes ou aux demandes de ses administrés (49% des
citations). Ensuite pour compenser l’augmentation
des coûts de l’énergie (43%), par conviction
personnelle (41%) et pour rendre la commune plus
attractive pour les entreprises et les habitants
(40%). L’adaptation à la législation en vigueur
n’est pas le principal levier (20% de citations).
Motivations électorales, besoin de rationaliser les
dépenses énergétiques, développement de la commune
et engagement personnel convergent.
L’enjeu énergétique est plus fort dans les communes
de moins de 20 000 habitants (48% de citations,
devant les attentes des administrés).
La conviction personnelle est un ressort
politiquement marqué … à gauche (48%), mais pas
étranger à droite (30% de citations).
Enfin, la prise en compte des problématiques liées
au développement durable est plus souvent considérée
comme un levier d’attractivité par les élus dont les
communes affichent un taux de chômage et de
logements sociaux importants.
Conscients des enjeux liés aux problématiques de
développement durable, les élus locaux en sont
d’ores et déjà acteurs dans l’aménagement des
quartiers. Ils pensent pourtant mal connaître le
quartier durable. Ils se trompent … et l’ignorent !
Une
majorité d'élus locaux pense ne pas savoir ce que
sont les quartiers durables
Trois quarts (74%) des élus interrogés pensent ne
pas savoir ce qu’est un quartier durable. 74% parmi
lesquels plus d’un tiers (36%) dit carrément ne
jamais avoir entendu parler des projets et des
expériences de quartiers durables qui se sont
développés ces quinze dernières années, notamment à
l’étranger ; et 38% en avoir déjà entendu parler
mais ne pas vraiment savoir ce que c’est.
Un quart (26%) en a déjà entendu parler et déclare
savoir précisément ce que c’est. La notoriété et la
connaissance des ces projets et expériences sont
meilleures parmi les élus de gauche : 37% (+11
points par rapport à la moyenne) disent en avoir
déjà entendu parler ET savoir de quoi il s’agit.
Une
majorité qui sait en parler : une perception
globalement positive
Pourtant, quand on leur demande à quoi leur fait
penser le quartier durable, au total seuls 10% sont
incapables d’en parler. Si les mentions sont
partielles et incomplètes, elles traduisent pourtant
une bonne connaissance générale de son principe et
de ses principales dimensions.
- Le quartier durable fait spontanément écho au
désir d’une meilleure qualité de vie : bien vivre,
bien-être et qualité de vie totalisent 25% de
citations spontanées. Il renvoie également à une
utilisation optimale de l’espace (bon aménagement de
l’espace urbain, 13% de citations), à un
développement social et économique équilibré (13% et
9% de citations), et à la minimisation de l’impact
environnemental des activités humaines (39%). Ces
perceptions sont partagées par l’ensemble des
répondants, qu’ils aient ou non entendu parler de
projets ou expériences de quartiers durables.
- Par ailleurs, les élus locaux identifient dix
dimensions / axes sur lesquels se construisent ou
s’aménagent le quartier durable. Si aucun répondant
ne cite spontanément l’ensemble de ces dimensions,
trois quarts (75%) ont mentionné au moins deux
d’entre elles.
L’habitat et l’efficacité énergétique sont les
principales « entrées » du quartier durable
(respectivement 36% et 31% de citations qui
recouvrent la construction et la rénovation du bâti
intégrant des normes environnementales, les
économies d’énergies et les énergies renouvelables)
;
Viennent ensuite le développement social (21% de
citations : mixité et lien social, culturel et
intergénérationnel) ; la politique des transports
(20% de citations : développement des modes de
déplacement doux et en commun) ;
A des niveaux de citations moindres, les élus
mentionnent la gestion de l’eau (15% de citations :
une gestion intégrée des eaux, c’est-à-dire
économies de consommation d’eau, gestion et
valorisation des eaux usées) ; la présence
d’équipements collectifs et de services publics de
proximité (13% de citations) ; la gestion des
déchets (11% de citations : collecte, valorisation,
réduction à la source) ; l’activité économique dans
les quartiers (10% de citations) ; la gouvernance
(9% de citations : participation des administrés et
proximité des élus) ;
Enfin, les espaces verts (6% de citations).
Au total, le quartier durable apparaît comme un
territoire conçu et géré en intégrant les critères
environnementaux. Il est en effet écologique pour
97% des élus interrogés.
Egalement innovant (96%), convivial (94%), attractif
(94%) et performant (87%), le quartier durable vise
un développement social urbain équilibré et des
objectifs de développement économique (mixité
sociale et lieux de vie collective, création
d’activités et d’emplois locaux).
Un
périmètre de réflexion inhabituel … à promouvoir !
Force est de constater que les élus locaux
comprennent bien, dans leur ensemble, les principes
à l’œuvre dans le quartier durable. Ils sont par
ailleurs conscients de ses atouts (attractivité et
performance).
Pourtant, le quartier n’est pas le périmètre
spontanément perçu le plus pertinent pour construire
un équilibre qui fonctionne entre activité
économique, activité sociale, habitat et
environnement. Seuls 3% des élus interrogés jugent
qu’il est un territoire adapté à la construction de
cet équilibre. Les élus locaux retiennent plutôt
l’agglomération (communautés de communes, EPCI), et
ce quelles que soient les caractéristiques
socioéconomiques et démographiques de leur commune.
Deux sur trois (63%) considèrent qu’elle est le
périmètre adapté à la réflexion et à la mise en
place des actions visant à atteindre cet équilibre.
Un sur cinq (20%) identifie la commune comme
périmètre pertinent, 10% la région.
Le développement durable à l’échelle du quartier
n’est pas une évidence. C’est peut-être, pour
partie, la question des coûts qu’il implique qui
incite la plupart à préférer une réflexion sur un
territoire plus grand (mutualisation des moyens … et
des coûts !).
En effet, 59% pensent que le quartier durable peut
être coûteux. Par ailleurs, au total, près de deux
élus locaux sur cinq (39%) sont sceptiques ou
carrément convaincus de coûts à terme plus
importants que les bénéfices : 17% pensent qu’un
quartier durable est un projet qui, à terme,
apporterait plus de coûts que de bénéfices à leur
commune ; 22%, prudents, refusent de trancher. A
l’inverse, un tiers (33%) estime que le quartier
durable est un projet qui apporterait plus de
bénéfices que de coûts à leur commune. 28% arbitrent
en faveur d’un équilibre coûts / bénéfices.
Globalement, le quartier durable bénéficie donc
d’ores et déjà d’une image globalement positive. Ses
atouts sont immédiatement perçus et compris. Mais
les coûts anticipés peuvent représenter un frein à
leur mobilisation sur ce type de projet … à droite
comme à gauche ! Les élus locaux sont cependant déjà
convaincus du rôle qu’ils ont à jouer sur ce
terrain. Interrogés sur l’identité des acteurs de la
construction des quartiers durables, la plupart sont
d’accord pour s’attribuer le premier rôle (81% de
citations), devant les architectes et les urbanistes
(55% de citations), et les habitants (53% de
citations). Un rôle qu’ils n’ont, selon toute
vraisemblance, pas l’intention de déléguer à
d’autres.
Etude réalisée du 17 octobre au 9 novembre 2007
auprès d’un échantillon national de 260 maires et
adjoints représentatif des communes de plus de 8000
habitants, interrogés par téléphone par le réseau
des enquêteurs de TNS Sofres.