Crise du logement : foncier,
le maillon faible ? - Etude du SNAL
Au-delà des
frontières partisanes, l’ensemble des politiciens
français semblent d’accord sur un constat : la France
manque de logements. Le constat n’est pas nouveau :
depuis l’appel de l’Abbé Pierre en hiver 1954, la crise
du logement est même devenue une notionincontournable du discours politique. En 2006,
pour la première fois, a été évoqué un droitopposable au logement - un droit assorti d’une
ambition réitéré par la plupart des candidats à la
présidentielle : construire plus de 500.000 logements
par an.
La crise du logement est un phénomène a priori
mystérieux. Pourquoi la France manque-t-elle de
logements, et ce dans des proportions plus importantes
que les autres pays européens ? Sont-ce les pierres qui
font défaut, le savoir faire en BTP viendrait il à
manquer ? Comme le souligne cette étude, cette crise
s’explique notamment par une absence de programmation de
la question foncière. Demain, la crise du logement ne
pourra pas être résolue si une véritable politique
foncière n’est pas adoptée. C’est ce que démontre un
examen de cette question.
Le foncier est la
matière première nécessaire à toute construction de
logement neuf. Comme lemontre
l’étude nationale sur l’évolution du foncier réalisée
par Guillaume ERNER* pour le SNAL, il
existe une relation linéaire entre le nombre de
logements produits chaque année et laconsommation de foncier. Or, cette consommation
de foncier évolue en baisse. 420.000
logementsont été mis en chantier
en 2006. Pour 2007, les projections s’orientent sur 400.000
logements.
La crise du
logement ne pourra donc être résolue si une véritable
politique foncière n’est pas
adoptée par les pouvoirs publics. L’objectif de 500.000
logements par an ne pourra être atteint qu’àcondition de libérer du foncier supplémentaire et
de relancer les opérations d’aménagement.
Cet objectif est réalisable.
La France est
l’un des pays européens les moins denses et chaque annéeles pouvoirs publics libèrent trois à quatre fois
plus de foncier pour l’activité que pour le logement :
215 000 hectares
produits chaque année pour l’activité contre 55 000 à 70
000 hectares pour lelogement.
La question
foncière relève avant tout d’une décision politique.
Or, il ressort
de cette étude, lescollectivités
locales mènent une politique de « foncier rare « qui
conduit à :
reporter sur les
zones rurales l’accueil des nouveaux habitants (+ 6%
dans le rural ; + 2,7%dans
le péri-urbain ; + 1,1% dans l’urbain) ;
privilégier de
facto le diffus aux opérations d’aménagement.
Entre 2000 et
2006, si les logements produits ont augmenté plus vite
(+35%) que le foncierconsommé (+
20%), c’est grâce à l’augmentation de logements
collectifs réalisés. Mais, la majoritédu foncier produit est destiné au diffus. On
constate en effet que les opérations d’aménagement(ZAC et lotissement) ne représentent que 14,2% du
foncier consommé pour 19% des logementsconstruits. La productivité du foncier est
pourtant nettement supérieure dans les opérationsd’aménagement par rapport au diffus. Par
ailleurs, le foncier utilisé pour le logement a baissé
dansla plupart des régions
françaises. Un tiers du foncier est mobilisé dans trois
régions : Aquitaine, Paysde
Loire et PACA.
Les candidats à
l’élection présidentielle n’ont pas répondu au
questionnaire du SNAL portant sur lesmesures concrètes en matière d’urbanisme et de
politique foncière qu’ils prendraient s’ils étaientélus. « Les candidats se sont contentés
d’adresser au SNAL un courrier dans lequel ils dénoncent
lacrise du logement et exposent
leur programme … sans aucune mesure concrète sur laprogrammation urbaine et sur le foncier qui
constituent pourtant les facteurs clés pour résoudre lacrise du logement » déplore Dominique de
Lavenère, Président du SNAL.
Pour résoudre
la crise actuelle, le SNAL considère que les mesures
suivantes devraient être prises :
transférer la
compétence urbanisme aux intercommunalités ;
faire des
documents d’urbanisme des documents de programmation
avec obligation derésultats,
par la mise en place d’un échéancier de la mise à
l’urbanisation des fonciers etl’indication des programmes à réaliser sur
ces nouveaux espaces pour répondre aux besoinsen logement ;
encourager les
maires bâtisseurs en améliorant les participations
aux financements des
équipements publics (participation voies et réseaux,
programme d’aménagement
d’ensemble)- simplifier le
droit de l’urbanisme, notamment les procédures
d’élaboration et de révision
des Plans Locaux d’Urbanisme (PLU) et faire du
lotissement un véritable outild’aménagement ;
mettre en place
un outil de suivi statistique au niveau national de
l’évolution du foncier.
Enfin, dans la
mesure où la production de foncier est une donnée peu
élastique (cycles deproduction
de 2 à 10 ans), il est peu probable que les objectifs de
production de logementsannoncés
puissent être tenus, sans la mise en place d’une
politique volontariste et immédiate …
dont on peut douter en raison de la stratégie attentiste
des élus locaux en période électorale.
* Guillaume
ERNER,Maître de conférences à
l'Institut d'Eudes Politiques de Paris,chercheur associé au centre d'études
sociologiques de la Sorbonne
A propos du
SNAL :
Le Syndicat National des Professionnels de l’Aménagement
et du Lotissement est l’unique organisationprofessionnelle représentant les entreprises
privées d’aménagement et de lotissement. Les 240
sociétés membresréparties en 12
chambres régionales représentent plus de 75% de la
profession.