Logement social : comment rendre le droit au logement effectif ?
Bien que le
droit au logement soit inscrit dans la loi depuis
plus de 20 ans, on estime qu’environ 3 millions de
personnes souffrent actuellement de "mal logement",
voire d’absence de logement. C’est pour tenter de
remédier à cette situation que la loi du 5 mars 2007
instituant le droit au logement opposable fixe à
l’État une obligation de résultats et non plus
seulement de moyens.
Le droit au
logement tenu en échec
Proclamé avec la loi Quilliot (1982) qui fait du
droit à l’habitation un droit fondamental et
consacré quelques années plus tard par la loi Besson
de 1990 (« Garantir le droit au logement constitue
un devoir de solidarité pour l’ensemble de la nation
»), le droit au logement est tenu en échec.
Bien que le nombre des mal logés et des sans abris
soit difficilement mesurable, les statistiques de
l’INSEE témoignent d’une permanence autour de 3
millions de personnes : selon les derniers chiffres
disponibles (Enquête nationale sur le logement –
2001), 86.000 personnes sont
sans domicile en France métropolitaine, 548.000
sont dépourvues de logement personnel (hébergement
chez des tiers, en camping, etc.) et 2.200.000
vivent dans des conditions très difficiles (absence
de chauffage, d’équipement sanitaires, etc.).
Sur le terrain, les élus et intervenants sociaux
constatent que le nombre de personnes connaissant
des difficultés de logement s’accroît : les
dispositifs d’hébergement sont saturés malgré
l’augmentation de leurs capacités, les listes
d’attente de logements sociaux s’allongent, le
recours à l’hébergement par des tiers se développe,
etc.
Cette situation s’explique principalement par
l’insuffisance de la construction depuis plus de 25
ans, par l’inadaptation des flux récents de
construction de logements sociaux qui tendent à se
détourner des ménages les plus modestes et par
l’envolée des prix de l’immobilier qui bloque la
sortie d’un nombre croissant de ménages vers le
secteur privé, hypothéquant ainsi l’accès au parc
social d’autres populations, notamment celles logées
en structures d’urgence et en attente d’une solution
plus durable.
C’est à la suite de la mobilisation autour des
campements de sans abris installés sous l’impulsion
de l’association « les enfants de Don Quichotte »
dans plusieurs grandes villes de France durant
l’hiver 2006, que l’opposabilité du droit au
logement a acquis un fondement juridique : la loi du
5 mars 2007 vise à garantir le droit à un logement à
toute personne qui, résidant en France de façon
stable et régulière, n’est pas en mesure d’accéder à
un logement décent ou de s’y maintenir.
Les
principales dispositions de la loi "DALO"
La loi désigne l’État comme le garant du droit au
logement. La mise en œuvre de cette garantie
s’appuie sur un recours amiable et un recours
contentieux.
Le premier recours s’exerce devant une commission de
médiation départementale qui, si elle juge la
demande de logement urgente et prioritaire, demande
au préfet de procurer un logement sur le contingent
préfectoral. Si, malgré l’avis de la commission, le
relogement n’a pas lieu, le demandeur peut engager
un recours devant une juridiction administrative et
l’État pourra être condamné à payer une astreinte.
Ce second recours est ouvert aux demandeurs
prioritaires (personnes sans logement, menacées
d’expulsion sans relogement, hébergés
temporairement, etc.) au 1er décembre 2008. Il sera
étendu, à partir du 1er janvier 2012, à tous les
demandeurs de logement social qui n’ont pas reçu de
réponse à leur demande après un délai anormalement
long.
La loi reconnaît par ailleurs aux personnes
accueillies dans un hébergement d’urgence le droit
d’y rester jusqu’à ce qu’il leur soit proposé une
place en hébergement stable ou un logement adapté à
leur situation. Elle prévoit également la création
d’un comité de suivi chargé d’évaluer la mise en
oeuvre du droit au logement.
Les autres dispositions de la loi "DALO" visent
principalement à développer l’offre d’hébergements
et de logements. Sont notamment prévus :
l’augmentation du nombre de logements sociaux à
construire sur la période 2005-2009 dans le
cadre de la loi de cohésion sociale : il passe
de 500 000 à 591 000, afin de rééquilibrer
l’offre au profit des logements « très sociaux
»,
l’augmentation des objectifs d’accroissement des
capacités d’hébergement figurant dans la loi de
cohésion sociale : il s’agit notamment de
transformer 10 500 places d’hébergement
d’urgence en places d’hébergement de
stabilisation ou places de centres d’hébergement
et de réinsertion sociale.
le
renforcement des obligations fixées aux communes
et groupements intercommunaux en matière de
création de places d’hébergement d’urgence,
l’extension
de l’obligation de 20% de logements sociaux,
représentant quelque 250 communes de plus.
Les
réactions et interrogations
Pour le Haut Comité pour le logement des personnes
défavorisées, il est indispensable que le comité de
suivi se saisisse de certains points laissés en
suspens par le texte de la loi. Il recommande tout
d’abord de définir les responsabilités des
collectivités territoriales afin que le
développement de l’offre de logements sociaux soit
harmonieusement réparti entre les communes et
permette la mixité sociale. Il précise qu’un «
traitement spécifique devra être accordé à l’Île de
France, qui connait une crise particulièrement
lourde du fait de l’absence d’une autorité en
capacité de mettre en œuvre une politique
d’agglomération ». Estimant par ailleurs que le
contingent préfectoral ne pourra suffire à répondre
aux demandes prioritaires de logement, il suggère de
développer les conventions passées avec les
propriétaires privés et les dispositifs de
réhabilitation de l’habitat. Enfin, il souligne que
la mise en œuvre du droit au logement « nécessitera
une revalorisation de l’effort de la collectivité en
faveur du logement ».
Certaines associations d’aide aux sans abris
contestent la portée de la loi. Considérant que le
recours au contingent préfectoral ne pourra suffire,
elles appellent à la mise à disposition de logements
et de locaux publics ou semi-publics et à la
réquisition des logements vides, rendue possible par
une ordonnance de 1945 et confirmée par la loi de
1998 relative à la lutte contre les exclusions.
Elles déplorent d’autre part que la loi ne modifie
en rien les procédures d’expulsions locatives et
considèrent que la prévention des expulsions
constitue le volet manquant de la loi. Dans son
rapport « Les personnes sans domicile » (mars 2007),
la Cour des comptes, après avoir souligné que la
perte du logement est un facteur clé dans « les
ruptures qui conduisent à la rue », avait constaté
le mauvais fonctionnement du dispositif de
prévention des expulsions et avait regretté qu’il
n’en existe aucun concernant le parc privé.