Les Français
et leur habitat - Étude réalisée pour l'Observatoire de la Ville
Dans le cadre du
1er débat de l’Observatoire sur les enjeux liés à
l’évolution des villes sur le plan économique, social et
sociétal, cette étude fait le
point sur la relation que les Français entretiennent
avec leur habitat et, au-delà, avec la ville
d’aujourd’hui et celle de demain. Les attentes exprimées
à l’égard de l’habitat et les perceptions de la densité
rendent compte d’un désir paradoxal d’intimité et de
vivre ensemble. D’où, notamment, l’ambivalence de la
notion de densité.
Les Français satisfaits de vivre dans leur ville
Neuf Français sur dix se disent satisfaits de vivre dans
la ville ou la commune dans laquelle ils habitent
actuellement, dont 48% très satisfaits.
D’une façon générale, les foyers les plus modestes sont
plus souvent mécontents que les autres, 13% se déclarant
pas très ou pas du tout satisfaits, pour 8% en moyenne.
Les employés sont moins nombreux que la moyenne des
Français à s’estimer satisfaits de leur lieu
d’habitation, 14% exprimant une insatisfaction sur ce
sujet. Le sentiment est également plus partagé parmi les
habitants des espaces ruraux isolés, 18% déclarant une
insatisfaction, dont 10% ne sont pas du tout satisfaits.
Par ailleurs, les communes présentant les taux de
chômage et de logement social les plus forts génèrent
également une satisfaction un peu plus en retrait, même
si celle-ci reste majoritaire. A noter encore, la
satisfaction est moins franche parmi les partisans de
l’extrême droite (FN et MNR) : 23% déclarent leur
mécontentement, dont 11% affirment carrément n’être pas
du tout satisfaits de leur ville ou commune de
résidence.
Près de neuf Français sur dix séduits par l’habitat
individuel
Nous avons présenté à chaque répondant sept visuels
distincts représentant chacun un type d’habitation bien
spécifique. Nous leur avons demandé de choisir, parmi
ces images , l’habitat qui ressemble le plus à celui
dans lequel ils habitent.
Résultats de cet exercice : Deux tiers des Français
déclarent vivre dans un habitat de type individuel
(maison ou petit habitat de ville). En effet, 29%
désignent la maison individuelle dans un ensemble
pavillonnaire comme le type d’habitation ressemblant le
plus à celui dans lequel ils habitent, et un sur cinq
indique la maison individuelle isolée ou le petit
habitat individuel en ville.
Or, lorsqu’on demande aux Français, parmi les sept types
d’habitation qui leur sont proposés, celui dans lequel
ils souhaiteraient habiter, c’est la maison individuelle
isolée qui remporte le plus de suffrages : un peu plus
d’un Français sur deux (56%). Vient ensuite la maison
individuelle dans un ensemble pavillonnaire (20% des
répondants) et le petit habitat individuel en ville
(11%). A des niveaux de citations moindres on trouve
l’habitat haussmannien (5%), le petit / moyen habitat
collectif en ville (3%), les grands ensembles d’habitat
collectif de tours et de barres (1%) et le grand
immeuble (1%).
La maison individuelle isolée séduit : quelle que soit
la catégorie de population, elle est le premier choix
des Français … mais dans des proportions inégales. Ceci,
notamment, parce que les moyens de l’arbitrage intimité
/ vivre ensemble ne sont pas les mêmes à tout âge et à
toute structure familiale.
Les jeunes familles, à la recherche de place – à
l’intérieur comme à l’extérieur – privilégient plus que
la moyenne des Français ce type d’habitat (71%). A
l’inverse, les seniors retraités sont moins de quatre
sur dix à choisir la maison individuelle isolée, à un
âge où le désir d’intimité doit composer avec la
contrainte de la mobilité et la nécessité d’un accès
facile et rapide aux services.
La hiérarchie des choix varie également en fonction de
la catégorie socioprofessionnelle et de la classe
économico-sociale : l’habitat haussmannien, quatrième au
classement des Français, est la deuxième option des
foyers les plus aisés (17%), et des cadres supérieurs et
professions intellectuelles (14%).
Le Français : rat des villes ou rat des champs ?
En toute cohérence avec ces chiffres, un Français sur
trois (33%) habiterait plutôt à la campagne, 21% en
périphérie de la ville mais pas en ville, 9% plus loin,
à une demie heure environ du centre-ville.
Ainsi, un peu plus d’un Français sur trois ferait le
choix de la ville, dont 15% au centre-ville même. La
ville emporte plutôt l’adhésion des 65 ans et plus et le
centre ville celle des cadres et professions
intellectuelles (22%) et des classes les plus aisées
(24%). Les habitants de l’agglomération parisienne
privilégient la ville (33% en ville mais pas au centre
et 31% en centre-ville). Enfin, le centre-ville est plus
souvent l’option de ceux qui sont propriétaires d’un
appartement (39%).
Des souhaits cohérents
D’une façon générale, les Français formulent des
souhaits cohérents qui associent logiquement types et
zones d’habitat compatibles : ainsi, ceux qui
habiteraient plutôt à la campagne sont plus nombreux
parmi ceux qui habiteraient une maison isolée s’ils en
avaient le choix (45%), ceux qui résideraient plutôt en
périphérie de la ville mais pas en ville retiendraient
plutôt une maison individuelle dans un ensemble
pavillonnaire (33%), les Français qui feraient le choix
de la ville mais pas de son centre désignent plutôt le
petit habitat individuel en ville (32%), enfin le
centre-ville est la zone d’habitation privilégiée des
répondants qui choisissent le petit/moyen habitat
collectif en ville ou l’habitat haussmannien
(respectivement 44% et 67%).
Par ailleurs, le modèle de la maison isolée, idéal d’un
Français sur deux, ne doit pas faire oublier que dans
l’ensemble les Français semblent plutôt satisfaits du
type d’habitat dans lequel ils vivent. En effet, lorsque
l’on compare le type d’habitation occupé et le type
d’habitation souhaité, on constate, d’une façon
générale, qu’une partie significative des individus
souhaitent vivre dans un habitat qui ressemble … à celui
qu’ils habitent aujourd’hui. Toutefois, il ne faut pas
sous-estimer la difficulté à dire et assumer un habitat
dissonant avec l’image que l’on veut donner de soi. Cela
étant, 30% déclarent, sans qu’on leur ait suggéré la
réponse, qu’ils ne souhaitent pas quitter leur logement.
Ils sont près d’un sur deux parmi ceux qui habitent une
maison individuelle isolée. Bien entendu, l’écart entre
le souhait et la situation actuelle reste important,
notamment parmi les occupants de grands ensembles
d’habitat collectif de tours et de barres, qui sont un
peu plus d’un sur deux à préférer la maison individuelle
isolée, seulement 4% à retenir leur habitat actuel dans
le cas où il pourrait choisir et 6% à déclarer
spontanément qu’ils ne souhaitent pas quitter leur
logement.
On le constate, c’est à la fois un type d’habitat, un
lieu et par conséquent un mode de vie que l’on choisit.
Ce choix n’est par ailleurs jamais définitif. Les
Français définissent, ajustent et corrigent leurs
souhaits et leurs choix en fonction du cycle de vie.
Si l’habitat individuel est privilégié par une majorité
de Français, c’est également la campagne ou a minima la
périphérie de la ville qui séduisent deux Français sur
trois. Ces résultats rendent compte de la difficulté de
rendre attractifs les tissus urbains denses. Cette
difficulté renvoie-t-elle à un refus de la ville, de ses
types d’habitat (habitat collectif), des modes de
sociabilité associés et des modes de vie qu’elle
implique ?
Désir d’intimité et de vivre ensemble : le couple
impossible ?
Si on affine les motivations, on se rend compte que pour
le plus grand nombre il s’agit bien plus de bénéficier
des qualités d’espace, de lumière, d’accès à la nature
qui sont autant de traits types associés à la maison.
Toutefois, s’exprime également une forte demande de
services urbains, de proximité et de mouvement qui
caractérisent plutôt le tissu urbain dense. D’une façon
générale, on constate donc un désir paradoxal d’intimité
et de vivre ensemble qui interroge plus qu’elle ne
disqualifie les densités urbaines.
Partir pour … un logement plus vert et plus grand
Ce qui motiverait les Français à quitter leur logement
actuel serait un jardin (23% des citations), une pièce
en plus (22%) ou une vue agréable et dégagée (19%).
Viennent ensuite un meilleur accès aux commerces et aux
loisirs (13% des citations), un environnement moins
bruyant (9%), un meilleur accès aux transports en commun
(8%), un parking, un garage (7%) et à des niveaux de
citations moindres des voisins qui leur ressemblent
(5%), un environnement plus sûr (4%), une cave et une
meilleure luminosité (3%).
D’une façon générale, ce sont donc l’environnement
privatif ou immédiat et un gain de place significatif à
l’intérieur du logement qui pourraient motiver un
départ.
La hiérarchie n’est cependant pas homogène et varie
fortement en fonction du lieu d’habitat, du type
d’habitation occupé mais également de l’âge et de la
taille du foyer. C’est très logiquement les foyers de
plus de quatre personnes et les jeunes familles
retiennent en premier la pièce en plus (34% et 41% des
citations), devant le jardin (respectivement 26% et 36%
de citations). Un meilleur accès aux commerces et aux
transports arrive au contraire en tête des citations
lorsque l’on vit dans des espaces ruraux sous influence
urbaine ou dans une agglomération de moins de 2000
habitants (25% des citations) et a fortiori dans une
maison isolée (25%). D’une façon générale, le jardin
manque aux Français qui n’en ont pas, et les commerces
et transports à ceux qui en sont éloignés !
L’essentiel à portée de main
Concrètement, lorsqu’on propose aux Français de dessiner
la carte de leur environnement et de situer les
structures et services par rapport à leur domicile,
c’est sans ambiguïté qu’ils placent des espaces verts à
moins d’un kilomètre de chez eux (82%). La proximité est
essentielle, quelles que soient les classes d’âge, la
situation de famille, le niveau de revenus et le type
d’habitat occupé. Dans le même périmètre, viennent
ensuite, pour près de deux tiers des Français, les
services quotidiens essentiels – école, modes de garde
et commerces – et le médecin. C’est le choix de sept à
huit Français sur dix lorsque leur mobilité est réduite
et contrainte, par exemple les familles au sein
desquelles on trouve des enfants de moins de 15 ans et
les seniors.
Dans un rayon de 10 kilomètres autour du domicile, deux
Français sur trois souhaitent trouver un hôpital et un
sur deux un supermarché, des équipements de loisirs
(piscine publique, terrain de sports, bibliothèque), un
cinéma et une gare TGV : les services et structures de
la mobilité et du loisir. Deux Français sur cinq
évaluent également à 10 kilomètres la bonne distance
entre le domicile et les cafés et restaurants, ses amis,
sa famille, et son travail. Plus de 10% des répondants
signalent pour chacun de ces éléments que la distance à
leur domicile n’a pas d’importance pour eux.
Enfin, accessible mais suffisamment loin pour ne pas
représenter une source de nuisance au domicile,
l’aéroport est situé dans un rayon de 60 kilomètres par
53% des Français, au-delà par 14%, et 21% estiment que
cela n’a pas d’importance pour eux.
Globalement, c’est la fréquence du besoin et
l’importance perçue de la facilité d’accès à la
structure ou au service qui déterminent la distance
souhaitée. Par ailleurs, on le constate, la maison
isolée qui remporte tant de suffrages et semble figurer
l’habitat idéal d’un Français sur deux doit être
entourée d’écoles, de modes de garde, de commerces, de
médecins, … Autant de services et structures dont la
présence est favorisée par un tissu urbain dense.
Un besoin d’individuel, donc, tout relatif.
La densité paradoxale
Les Français perçoivent intuitivement le paradoxe de
leurs attentes.
En effet, si intimité et calme sont les versants
positifs de la maison individuelle isolée, près d’un
Français sur deux lui attribue également son revers :
l’anonymat. Au contraire, la maison individuelle dans un
ensemble pavillonnaire est surtout conviviale,
l’isolement étant rompu par un environnement immédiat,
comme pour le petit habitat individuel en ville.
Les Français associent les grands ensembles d’habitats
collectifs de tours et de barres, les grands immeubles
et l’habitat haussmannien à l’insécurité, la densité et
l’anonymat. D’une façon générale l’habitat collectif
semble faire peur, et ce d’autant plus qu’il est haut
(les niveaux de citations sur les items négatifs sont
plus importants pour les grands ensembles de tours et de
barres et le grand immeuble, respectivement 35% et 28%
des Français leur associant l’insécurité). C’est aux
formes d’habitat que les Français accordent le moins de
suffrages qu’ils associent également la densité.
Spontanément et en premier, la densité génère des
représentations négatives qui se déclinent en nuisances
(35% des citations) : nuisances sur la qualité de vie
(22% des citations) avec un espace de vie restreint,
l’insécurité, la peur, la solitude et l’anonymat
auxquelles renvoient la foule ; nuisance sur la santé
(5% des citations), en termes de fatigue, stress ;
nuisance sur l’environnement (2% des citations), la
densité générant trafic et pollution. L’appréhension
objective de la notion n’est pourtant pas absente, la
densité humaine et les tentatives de définition
objective de la densité représentant chacune 22% et 21%
des réponses. Viennent ensuite une évocation des formes
d’habitat (14%) et de l’organisation de l’espace (4%).
D’une façon générale, les nuisances de la densité sont
fortement représentées parmi les classes aisées (45% de
citations), les cadres et professions intellectuelles
(40%) et les diplômés de l’enseignement supérieur (44%).
Au final, près de deux tiers des Français (65%) pensent
que la densité est quelque chose de négatif, dont 17%
déclarent qu’elle est quelque chose de très négatif.
Cette perception est homogène, bien qu’également
surreprésentée parmi les classes aisées (74% des
répondants).
La ville de demain : portrait plutôt pessimiste
Trois Français sur cinq (60%) pensent que dans une
dizaine d’années les gens vivront plutôt moins bien
qu’aujourd’hui dans les villes (30% pensent le contraire
et 10% n’ont pas d’opinion sur le sujet). Une attitude
relativement cohérente avec la façon dont les Français
envisagent actuellement leur avenir collectif.
Ce pessimisme est partagé mais inégalement :
sensiblement moins présent parmi les cadres et
professions intellectuelles (42% pensent que les gens
vivront mieux), mais le fait de sept jeunes sur dix (69%
des 18-24 ans), les plus nombreux à anticiper une
dégradation de la qualité de vie dans les villes.
D’une façon générale, le souhait de la zone d’habitation
est corrélé aux aspirations que l’on a pour la ville de
demain : ainsi constate-t-on que les Français qui
souhaiteraient vivre en centre-ville sont près de deux
sur cinq à croire en une amélioration de la qualité de
vie dans les villes, quand ceux qui font le choix de la
campagne sont plus nombreux que la moyenne à prévoir sa
détérioration.
Cette crainte se nourrit du portrait d’une ville que 73%
des Français décrivent plus peuplée et dans le même
temps plus anonyme (68%), mais également plus animée
(63%). Les répondants se représentent avec difficultés
l’organisation du tissu urbain : plus dense mais
également plus étalée (respectivement 64% et 60% de
répondants). Une ville tentaculaire ?
Plus animée (63%) la ville de demain sera également
plus dangereuse pour un Français sur deux
Par ailleurs, la ville sera plus écolo, et selon toute
vraisemblance le terrain d’un développement urbain
durable, notamment en terme de maîtrise de la demande
d’énergie, de développement des modes de transports en
commun non polluants, mais pour autant plutôt moins
verte… tout n’étant pas possible ! Enfin, l’esthétique
de la ville de demain partage les Français, 45% pensant
qu’elle sera plus belle et 44% qu’elle le sera plutôt
moins.
En tout état de cause, la ville de demain est le lieu de
désirs et de peurs contradictoires, un terrain
d’opportunités mais également de contraintes qui, en
fonction des choix et des réflexions de ses principaux
acteurs, est susceptible de prendre des visages
différents. Il s’agit, en tout état de cause, de réduire
les dissonances et contradictions des Français
eux-mêmes.
Fiche technique
Etude réalisée du 10 au 12 janvier 2007 en face à face
auprès d'un échantillon de 1000 personnes représentatif
de la population française âgée de 18 ans et plus.
Méthode des quotas (sexe, âge, profession du chef de
ménage) avec stratification géographique.
Source :
http://www.tns-sofres.com Le 15 février 2007 - Observatoire de la Ville
Enquête réalisée par TNS SOFRES