Pour les
ménages, la recherche du confort prime encore sur les économies
d’énergie
Depuis le premier
choc pétrolier de 1973, les économies d’énergie ont
été importantes dans le secteur industriel, mais
faibles dans les immeubles d’habitation et de
bureaux. Les tendances à consommer moins sont
essentiellement le résultat de facteurs structurels
de l’économie française et non l’effet d’une
transformation des comportements de consommation. En
dépit d’une sensibilité écologique croissante, les
comportements des ménages ne sont pas encore
orientés vers des pratiques économes.
Le succès inégal
des politiques de maîtrise de la demande d’énergie
vis-à-vis des différents types d’usagers (réussite
auprès des industriels, échec relatif auprès des
ménages) montre qu’elles n’intègrent pas encore
véritablement la logique de comportement des
consommateurs et que les instruments de politique
publique (fiscaux, réglementaires, de
sensibilisation), ne sont pas toujours en phase avec
la diversité des comportements des usagers,
notamment ceux des ménages.
Comment les
politiques publiques peuvent-elles se positionner à
l’égard des comportements de consommation des
différents agents économiques pour les orienter vers
des pratiques plus économes ? Les analyses engagées
par le CRÉDOC depuis le début des années 1970 dans
différents domaines de consommation à fort impact
environnemental (énergie,
eau, déchets ménagers) conduisent à penser que la
promotion des économies d’énergie passe par des
politiques qui prennent en compte les comportements
des usagers et structurent leurs pratiques (exemple
du tri sélectif des déchets). En revanche, les
incitations purement financières ont, sur ces
questions, un impact assez faible.
Les
ménagescontribuent peu à la
maîtrisede la consommation
énergétique
En trente ans, la
consommation d’énergie a
connu, globalement, une croissance de20%: en 1973, lors du premier choc pétrolier,la consommation d’énergie finales’élevait à 134 millions de Tep; en 2005,elle dépassait les 160 millions de tonneséquivalent pétrole (Tep).
Cette progression est très variableselon les secteurs de l’économie : elleest principalement imputable aux mutationsdes secteurs des transports et durésidentiel-tertiaire (immeubles
d’habitationset immeubles de
bureaux).
L’industrie a en
revanche nettementdiminué
son volume de consommation
depuis 1973. Cette baisse est à la foisliée au recul tendanciel du nombre desétablissements industriels dans uneéconomie qui se tertiarise (facteurstructurel), et à la recherche actived’économies d’énergie par les industriels,via la modernisation des process(facteur technologique).
En revanche, dans
le secteur résidentiel-
tertiaire, la consommation d’énergies’est accrue de 21 %. La consommationrésidentielle, qui est dépendante descaractéristiques de l’habitat et descomportements des ménages, a augmentéau même rythme que la consommationénergétique totale.
L’analyse de
l’évolution de l’intensité
énergétique (consommation d’énergienécessaire pour un niveau de productiondonnée) confirme ces tendances. Lesecteur industriel, pour maintenir sonniveau de production tout en faisant deséconomies d’énergie, a orienté sesefforts vers la baisse de l’intensité
énergétique.Au contraire,
sur les deux dernières
décennies, l’intensité énergétiqueest à la hausse dans le secteur résidentiel-tertiaire.Or, la
part résidentielle du parc de bâtimentsreprésente près de 70 % desconsommations énergétiques finales,tandis que les immeubles de bureauxn’en représentent que 30 %, répartis defaçon égale entre le parc public (hôpitaux,écoles, bâtiments administratifs…)et le parc privé (bureaux et autres locauxd’entreprises). C’est donc l’habitat quiest en grande partie responsable del’évolution de l’intensité énergétique surl’ensemble du secteur.
Un Français
consomme chaque année 0,9 Tep dans son logement
Pour analyser les
tendances de laconsommation
énergétique dans l’habitat,
les experts recourent à la consommationunitaire d’énergie. Celle-ci est le rapportentre la consommation d’énergie del’ensemble des bâtiments résidentiels,collectifs et individuels, et la populationrésidente prise globalement. Est pris encompte l’ensemble des consommationsréalisées dans le logement : chauffage,production d’eau chaude, cuisson,
électroménager,éclairage,
appareillagesdivers. Elle
est exprimée en tonne équivalentpétrole (Tep) par habitant, et corrigée
des variations saisonnières.Entre 1973 et 2003, les consommationsd’énergie de l’habitat ont augmenté de+8 %. La consommation moyenne parlogement est donc restée plutôt stable,même en corrigeant cette consommationunitaire en fonction de la croissance
de la surface des logements, qui se sont dans le
même temps agrandis (3,95 pièces par logement en
2003 contre 3,85 en 1990). En revanche, rapportée à
l’individu utilisateur, la consommation par tête a
augmenté significativement, le nombre moyen de
personnes par logement ayant régulièrement diminué
(2,34 personnes en 2003 contre 2,51 en 1990).
Le comportement individuel des ménages n’apparaît
donc pas orienté vers l’économie d’énergie. Un
Français consomme chaque année 0,9 Tep dans le cadre
de son logement. Il en consacre plus de 70 % au
chauffage, 13 % aux consommations spécifiquement
électriques (éclairage, électroménager…), 10 % à la
production d’eau chaude et 5% à la cuisson. La part
du chauffage tend à diminuer au profit des usages
spécifiques de l’électricité (éclairage et
alimentation de l’équipement domestique). Les
comportements concernant le chauffage établissent
clairement que la recherche du confort l’emporte sur
le souci de l’économie financière : la température
moyenne des logements est passée de 19° à 21° entre
1986 et 2003. Par ailleurs, les consommations
d’électricité pour les usages de confort (éclairage,
électroménager…) ont fortement augmenté entre 1973
et 2003 (+ 85 % par m2), en raison de la
multiplication des appareillages domestiques,
télévision, hi-fi, vidéo, bureautique, qui, en dépit
de leur faible puissance, consomment une quantité
d’électricité conséquente du fait de la
multiplication des veilles.
La hausse de la consommation d’énergie dans
l’habitat est donc liée à un phénomène de hausse des
standards de confort individuels, qui induisent des
comportements de consommation peu économes. La
compréhension des déterminants du comportement des
ménages constitue une boîte noire qui pose des
limites à tout exercice prospectif sur les
consommations d’énergie. Si les politiques publiques
savent jouer sur des variables structurelles connues
(normes d’isolation pour les logements neufs…),
l’action sur les variables comportementales est plus
limitée, et ses effets moins bien maîtrisés.