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Les Français clairvoyants sur leur exposition au risque d'inondation

 

Les Français connaissent assez bien leur exposition aux inondations là où ils résident. C’est avant tout la part de la population exposée et le nombre d’inondations subies au niveau de la commune de résidence qui forgent le sentiment d’exposition de la population. Les dispositifs de gestion et d’information sur les inondations demeurent cependant encore peu connus.

Parmi tous les risques naturels majeurs, l’inondation est celui qui concerne le plus grand nombre de communes réparties sur l’ensemble du territoire. L’efficacité des politiques de prévention repose sur la connaissance par les habitants des risques auxquels ils sont exposés et des comportements à adopter pour s’en prémunir. La perception des risques d’inondation s’élabore à partir de plusieurs facteurs : la nature et l’importance du risque, son traitement par les autorités publiques, la « mémoire » des populations, le cadre de vie, etc.

L’Ifen a réalisé en 2007 une enquête visant à comprendre comment se construit le sentiment d’exposition aux risques majeurs en relation avec la situation de la commune de résidence vis-à-vis de ces risques. Une interrogation spécifique a été réalisée auprès de 900 personnes résidant dans les zones inondables de la Loire moyenne.

Un Français sur cinq se sent exposé aux inondations

Une personne interrogée sur cinq déclare être exposée aux inondations là où elle habite. Cette proportion est sensiblement supérieure à la réalité objective et peut s’expliquer par le fait qu’une large majorité des individus qui se sentent exposés réside effectivement dans une commune soumise à un risque d’inondation. Mais 4 % des Français se disent exposés tout en résidant dans une commune considérée comme non-exposée. Quand on demande aux 20 % de personnes qui se sentent exposées aux inondations d’estimer l’importance que représente pour elles ce risque, un individu sur dix le considère très important, un tiers assez important et près de la moitié peu important.  Les caractéristiques sociodémographiques des individus ont une influence limitée sur le sentiment d’exposition aux inondations.

Ainsi, si les 18-24 ans se sentent légèrement plus exposés (25 % contre 20 % en moyenne), les 65 ans et plus témoignent d’une relative impassibilité (14 %) à l’égard des inondations. Prolongeant cette tendance, les retraités sont seulement 17 % à se sentir exposés alors que les commerçants, chefs d’entreprise, cadres et professions libérales sont 26 % à exprimer ce sentiment.

La taille de l’agglomération de résidence n’a pas d’effet majeur sur le sentiment d’exposition aux inondations. Les habitants de l’agglomération parisienne sont cependant un peu moins nombreux à percevoir ce risque que l’ensemble de la population (15 % contre 20 %). Quand ils se sentent exposés, ils sont également moins nombreux à estimer ce risque important (41 % contre 47 %). L’environnement fortement urbanisé de l’Île-de-France semble atténuer la conscience du risque dans une zone pourtant très vulnérable face au risque d’inondation.

Une perception liée à la situation d’exposition

La situation de la commune de résidence vis-à-vis du risque d’inondation influe en premier lieu sur le sentiment d’exposition. Si 14 % des personnes résidant dans les communes qui ne sont pas touchées par ce risque se sentent quand même exposées, elles sont 23 % dans les communes classées à risque majeur d’inondation à se déclarer exposées. La conscience du risque est encore plus forte chez les personnes résidant dans les zones inondables des communes du secteur de la Loire moyenne : plus de deux tiers (68 %) des individus se sentent exposés.
Toutefois, il en reste près d’un tiers qui semble ignorer le risque auquel il est exposé. Cette part relativement élevée peut s’expliquer par l’absence, dans la mémoire collective, d'une crue de grande ampleur depuis plus d'un siècle.

Des dispositifs de gestion et d’information mal connus

L’un des objectifs des dispositifs mis en place par l’État et les collectivités territoriales pour prévenir les risques et informer les populations est d’améliorer la connaissance du risque par le public. Certains outils sont récents, comme l’obligation depuis le 1er juin 2006 d’information sur l’exposition aux risques majeurs de tout logement au moment de son acquisition ou de sa location.
D’autres sont plus anciens comme le plan de prévention des risques (PPR), les documents d’information sur les risques majeurs aux niveaux communal et départemental (Dicrim et DDRM) ou les repères de crues utilisés depuis plusieurs siècles comme témoins des grandes crues.
Les personnes interrogées ont une connaissance approximative des principaux dispositifs de gestion et d’information sur les inondations et cela, quel que soit le niveau d’exposition de leur lieu de résidence.
Dans un ordre décroissant, l’information au moment de l’acquisition et de la loca
tion est connue par 4 personnes sur 10, viennent ensuite les PPR (36 %), les repères de crues (31 %), les plans communaux de secours (28 %) et les Dicrim (22 %).

La différence notable concerne les repères de crues qui sont connus par 57 % des habitants en zones inondables dans le secteur de la Loire moyenne. Cette mauvaise connaissance peut être en partie expliquée par une réception encore partielle de l’information. Dans les communes concernées par les inondations, seules 13 % des personnes déclarent avoir reçu des pouvoirs publics des informations sur ce risque. Néanmoins, à mesure que le niveau d’exposition s’élève, la part de la population touchée par l’information augmente. Ils sont ainsi 35 % à affirmer en avoir reçu dans le secteur de la Loire moyenne.
L’enquête fait apparaître un lien entre la réception d’informations et le sentiment d’exposition aux inondations. Quelle que soit la situation d’exposition, les personnes qui se sentent exposées aux inondations sont plus nombreuses à affirmer avoir été destinataires d’information de la part des pouvoirs publics. Cette corrélation peut donner lieu à deux interprétations. Lorsque le risque augmente, les pouvoirs publics informeraient plus les populations, ce qui renforcerait la prise de conscience. Ou, inversement, les personnes qui sont les plus sensibles au risque seraient aussi
plus attentives aux informations produites sur le risque d’inondation qui les concerne.

Les plans de prévention des risques inondation (PPRI) sont des outils majeurs de la gestion des risques au niveau local. À partir de la détermination de zones d’aléas, ils définissent les modalités de construction allant de simples mesures pour limiter la vulnérabilité jusqu’à l’interdiction de construire. La présence ou pas d’un PPRI constitue un marqueur du degré de prise en charge par les pouvoirs publics du risque au niveau d’un territoire. On observe ainsi une corrélation entre le sentiment d’exposition aux inondations et la présence d’un PPRI. 28 % des personnes qui résident dans une commune dotée d’un PPRI ont conscience d’être exposées à ce risque, contre 20 % en moyenne, et 16 % dans les communes dépourvues de tels dispositifs.
Quand on leur demande quelles seraient les premières mesures qu’elles prendraient en cas d’inondation, 3 comportements sont cités en priorité : 21 % des personnes iraient dans une zone refuge dans leur domicile, 19 % quitteraient leur domicile ou le bâtiment dans lequel elles seraient au moment de l’inondation et 19 % protégeraient leur mobilier. Viennent ensuite la protection des proches et de la famille (12 %), la coupure de l’électricité (11 %) ou l’appel d’un numéro d’urgence (10 %). À noter que 20 % des personnes interrogées ne parviennent pas à fournir une réponse à cette question.

Si là où ils habitent, les Français ont une vision de leur situation d’exposition aux inondations relativement conforme à la réalité, cela ne signifie pas pour autant qu’ils témoignent d’attitudes adéquates pour se protéger. L’un des enjeux de l’action préventive réside aussi dans la réduction
de la vulnérabilité individuelle à travers la mise en œuvre de mesures de prévention au niveau de l’aménagement de l’habitation et de l’apprentissage des bons comportements à adopter en cas d’événement.

Télécharger la publication au format PDF (taille : 270 Ko)

 

Source : www.ifen.fr
Alexis Roy, Ifen
La lettre thématique mensuelle de l’Institut français de l’environnement n° 123 Janvier-février 2008

 
   

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Dernière modification : 04/04/2008
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