Protéger son
logement contre le vol et contre ses peurs - une enquête réalisée
par l'Insee
Portes blindées,
vitres anti-effraction ou serrures trois points
équipent 42 % des logements en métropole. Une fois
sur deux, ces équipements s’accompagnent d’un autre
moyen de protection : gardien, digicode, chien. Le
type de logement et le degré d’urbanisation sont
évidemment déterminants. Les alarmes équipent cinq
fois plus de maisons que d’appartements et 96 % des
logements parisiens sont protégés par un digicode.
Si l’efficacité de ces systèmes de sécurité n’est
pas toujours prouvée, sauf en ce qui concerne la
présence d’un gardien, il n’en demeure pas moins
qu’ils rassurent les occupants du logement.
De la porte
blindée à la caméra
Deux tiers des personnes
vivant en métropole ont doté leur résidence
principale d’un système de sécurité. Il peut s’agir
d’équipements matériels (aménagements techniques),
de gardiennage, ou d’un animal (généralement un
chien, plus rarement un tigre ou un boa !).
La mesure la plus courante consiste à renforcer la
porte d’entrée : en métropole, 42 % des résidences
principales en 2007 sont équipées de portes blindées
ou de serrures avec trois points d’ancrage ou encore
de fenêtres avec vitres retardataires d’effraction.
Presque une fois sur deux, soit pour 21 % de
l’ensemble des ménages, c’est le ménage occupant
actuellement le logement qui les a fait installer.
De surcroît, plus d’une fois sur deux,
l’installation d’une porte blindée va de pair avec
un autre système (digicode…) ou un gardien. 37 % des
logements sont équipés d’un digicode, mais ce type
d’équipement se trouve surtout dans les immeubles
(77 % des appartements en bénéficient) bien plus que
dans les maisons (12 % seulement). Les caméras,
d’une technologie plus récente, ne se trouvent que
dans 3 % des logements et, plus de deux fois sur
trois, viennent en complément du digicode. Ces deux
systèmes de protection sont souvent déjà installés
quand de nouveaux occupants emménagent. Seuls 7 %
des ménages ont été à l’origine de l’installation
d’un digicode ou d’une caméra. Autre système de
protection qui tend à se développer, l’alarme : 8 %
des logements en sont dotés, le plus souvent à
l’initiative du ménage occupant.
Au total, 62 % des ménages ont au moins un des
équipements précédemment cités. Cela ne signifie pas
que la demande de sécurité technologique ait
beaucoup augmenté depuis 1999. En se fondant sur les
données disponibles aux deux dates, la proportion de
ménages ayant décidé d’équiper leur logement d’un de
ces systèmes est assez stable.
Immeubles et maisons : deux
sécurisations différentes
L’équipement de sécurité
dépend avant tout du type de logement dans lequel on
vit. Portes blindées et surtout digicodes sont plus
fréquents dans les immeubles. Les maisons sont
équipées une fois sur dix d’une alarme, soit près de
cinq fois plus que les appartements. L’emploi d’un
gardien se justifie dans le cas d’un immeuble alors
que dans une maison, le chien est de garde, et ce,
d’autant plus lorsqu’elle est excentrée, en
périurbain ou dans le rural isolé.
Quel que soit le système de sécurité choisi, les
propriétaires occupant leur logement s’en équipent
environ cinq fois plus souvent que les locataires.
Les premiers, en moyenne plus aisés et plus âgés,
sont par ailleurs davantage incités à réaliser des
investissements, tandis que les seconds pourraient
perdre tout le bénéfice des travaux effectués à leur
charge s’ils avaient à quitter le logement. Si 65 %
des locataires disposent chez eux d’un système de
sécurité, ils ne sont que 7 % à être à l’origine de
l’installation, tandis que 40 % des propriétaires ou
accédants à la propriété en ont installé un.
Les gardiens d’immeubles :
une sécurisation complémentaire
La sécurisation des logements
passe aussi par les moyens humains. Ainsi,
globalement, 11 % des logements sont sous la
surveillance d’un gardien résidant sur place, 29 %
des appartements et 39 % quand ils sont dans des
immeubles comptant au moins dix logements.
La présence d’un gardien vient souvent en complément
d’un système de sécurité technologique. Ainsi, la
plupart des logements surveillés par un gardien
disposent également d’un digicode, et plus de la
moitié ont leur porte blindée. Paris est
particulièrement représentatif de ce mode de
sécurisation des logements, avec la quasi-totalité
des logements équipés en digicodes, bien souvent
complétés par une porte renforcée et la présence
d’un gardien. Les portes blindées y sont deux fois
plus courantes que dans les villes centres des
agglomérations de moins de 100.000
habitants.
La présence d’un gardien, typiquement parisienne,
est également assez fréquente dans le reste de
l’Île-de-France. Les systèmes d’alarme sont quant à
eux assez caractéristiques des banlieues des
agglomérations, quelle que soit leur taille.
Attention, chien méchant !
Le chien est également un
élément de sécurisation. Un peu plus d’un ménage sur
quatre possède un chien mais trois fois sur quatre,
c’est un chien d’agrément. Seulement 7 % des ménages
ont acquis un chien pour se sentir plus en sécurité
(auxquels on peut éventuellement rajouter 3 % de
ménages qui ont un chien de garde, berger allemand,
doberman… uniquement pour le plaisir).
La moitié des ménages ayant un chien pour leur
sécurité n’ont aucun dispositif technologique. De
même, alarme et gardien vont rarement de pair comme
si la surveillance humaine ou canine, l’une plutôt
dans les immeubles, l’autre dans les maisons,
étaient tantôt alternatives à l’alarme technologique
(biens substituables), tantôt complémentaires des
autres systèmes (blindages et digicodes).
Les ménages les plus aisés
protègent leurs biens
L’installation de
systèmes de sécurité culmine entre 50 et 69 ans.
Elle augmente nettement avec le niveau de vie. Les
10 % des ménages au plus haut niveau de vie sont
quatre fois plus nombreux que les 10 % les plus
modestes à avoir installé un système de sécurité. De
plus, si la présence des gardiens est assez
fréquente dans les logements HLM, elle s’avère
également un élément rassurant dans les quartiers
aisés. Interviennent aussi, dans l’installation de
systèmes de sécurité, la profession (forte demande
de sécurité privée chez les artisans, commerçants,
chefs d’entreprise, faible chez les agriculteurs et
ouvriers), le niveau de diplôme (moindre demande de
sécurité chez les personnes fortement diplômées
comme chez ceux sans diplôme), l’ancienneté de
l’emménagement ou la construction récente du
logement qui ont tendance à la favoriser, toutes
choses égales par ailleurs.
La présence d’un chien pour la sécurité se rencontre
en revanche plutôt chez les jeunes et les peu
diplômés.
La
délinquance ressentie ou constatée incite à se
protéger
Enfin, le niveau
de délinquance réel ou ressenti intervient dans la
demande de sécurité privée : avoir été récemment
victime d’un cambriolage ou de dégradations, se
sentir en insécurité dans son quartier ou chez soi,
ou avoir le sentiment d’une forte délinquance
environnante poussent à se protéger. Ainsi, les
ménages ayant eu connaissance de cambriolages dans
leur quartier ont plus tendance à s’équiper : 43 %
l’ont fait, deux fois plus que les autres. Ce
constat est corroboré par les statistiques de dépôts
de plainte du ministère de l’Intérieur : dans les
départements où l’incidence des cambriolages est la
plus forte, un ménage sur trois s’est équipé contre
un sur cinq dans les départements où les
cambriolages sont moins fréquents. On retrouve cette
relation entre niveau de délinquance et présence
d’un gardien, mais pas du tout dans le cas du chien.
Les ménages sont un peu plus enclins à avoir un
chien pour assurer leur sécurité dans les
départements plus ruraux où l’incidence des
cambriolages est faible.
Mieux
vaut prévenir…
La protection
permet théoriquement d’éviter, ou du moins de
diminuer les risques d’intrusion chez soi, de
dégradations ou de cambriolages, et parfois de
certaines agressions. Pourtant, si 19 % des victimes
au cours des deux dernières années ont installé un
système de sécurité (porte blindée, digicode, alarme
ou caméra) immédiatement après avoir été
cambriolées, elles ne sont en revanche que 8 % pour
les vols sans effraction. Le fait d’avoir été
victime d’un vol n’est donc pas la principale
motivation de la demande de sécurité privée et la
plupart des ménages s’équipent de manière
préventive. Cette prévention est renforcée par les
exigences de nombreuses assurances multirisques
habitation qui demandent généralement un système de
sécurité (au moins le blindage de la porte
d’entrée).
On pourrait alors s’attendre à une hiérarchisation
des systèmes de sécurité en fonction de leur coût et
de leur efficacité mesurée. On imagine que les
ménages concernés comparent coûts et avantages avant
de choisir tel ou tel type de système.
Le gardien
dissuade les cambrioleurs
Mais les
équipements et les services de sécurité
privée cités dans l’enquête ne suffisent pas
à éviter tout acte de malveillance, loin
s’en faut. Notamment les systèmes
technologiques comme porte blindée,
digicode, alarme ou caméra ne semblent pas
garantir une protection significativement
plus efficace vis-à-vis des cambriolages,
une fois pris en compte les caractéristiques
sociodémographiques du ménage, son niveau de
vie, le type de logement, son environnement
urbain et le niveau de délinquance local.
Seul le gardien va de pair avec une baisse
d’un quart de la propension à se faire
cambrioler, toutes choses égales par
ailleurs. Cela s’explique sans doute par la
nature organisée de cette infraction : le
cambrioleur n’est pas surpris par les
systèmes installés, qu’il connaît sans doute
déjà et qu’il a éventuellement intégrés dans
sa prise de risque mais il peut redouter de
rencontrer le gardien.
Les
vols sans effraction, moins fréquents que
les cambriolages et généralement d’une
gravité moindre, concernent plus souvent les
maisons, et ce d’autant plus qu’elles sont
relativement isolées.
Seuls
les digicodes et les caméras permettent de
limiter un peu ce type de délits. Le chien
de garde quant à lui n’apporte pas de
sécurité supplémentaire que ce soit contre
les cambriolages ou les vols sans
effraction. Plus que les outils techniques,
la présence humaine, que ce soit le gardien
ou les voisins, semble un peu plus efficace,
sans constituer pour autant une garantie
totale.
Des systèmes qui
rassurent le ménage ou l’assureur ?
Si les
systèmes de sécurité privée ne s’avèrent pas
totalement efficaces, on peut néanmoins
penser qu’ils ont un intérêt psychologique :
du fait même que le ménage se croit protégé,
il est du même coup rassuré. En fait,
l’impact psychologique de la sécurité privée
n’est pas facilement mesurable avec cette
seule enquête et on ne peut que constater,
logiquement, la forte corrélation entre
sentiment d’insécurité et demande de
sécurité privée. Les femmes se sentent plus
souvent en insécurité au domicile que les
hommes : 12 % contre 5 %. Pour les deux
sexes, le fait d’avoir peur chez soi incite
sans doute à se protéger : 35 % des
personnes se sentant en insécurité dans leur
logement font partie d’un ménage ayant
installé un système de sécurité contre 28 %
quand elles n’expriment pas cette peur. Si
le sentiment d’insécurité motive
certainement l’installation d’un dispositif
de sécurité, cette installation ne suffit
apparemment pas à le faire complètement
disparaître : 6 % des hommes et 15 % des
femmes ayant fait installer un système
continuent à éprouver ce sentiment
d’insécurité au domicile.
Source :
http://www.insee.fr
Insee Première n°1177 - février 2008
Thomas Le Jeannic, division Conditions de vie des ménages (Insee), Lorraine
Tournyol du Clos, Institut national des hautes études de sécurité (Inhes)