Evaluation
des dispositifs d’aide à l’investissement - rapport du Ministère du
logement et de la ville
La loi n°
2006-872 du 13 juillet 2006 portant Engagement
national pour le logement (dite loi ENL) a recentré
le dispositif d’aide à l’investissement locatif
dénommé " dispositif Robien " sur les agglomérations
dont le marché locatif est le plus tendu. Elle a
également instauré un nouveau dispositif d’aide à
l’investissement locatif, le " Borloo populaire ",
afin de répondre au besoin des ménages aux revenus
modestes et moyens. A l’occasion de la modification
de ces deux dispositifs d’aide à l’investissement
locatif, le législateur a prévu la remise au
Parlement, avant le 15 septembre 2007, d’un "
rapport dressant le bilan de l’application des aides
fiscales en faveur de l’investissement locatif " et
prévu que ce rapport " analyse les effets de ces
mesures sur l’investissement immobilier locatif,
notamment en ce qui concerne leurs coûts et leurs
bénéficiaires. "
Le présent rapport a permis de mettre en perspective
les caractéristiques des différents dispositifsfiscaux d'incitation à l'investissement
locatif qui se sont succédé. Il donne également deséléments sur leur coût, sur les
caractéristiques des investisseurs et des
investissements, et
apporte un éclairage sur l'occupation des logements
financés par le biais de ces dispositifs. Lesprincipaux faits saillants sont résumés
ci-après.
Les
caractéristiques des dispositifs ont sensiblement
évolué dans le temps. La création du Périssola marqué le passage d'un dispositif sous la
forme de réduction d'impôt à un dispositif sous laforme d'un amortissement. Ce changement n'a
pas été sans impact sur la typologie des logementsfinancés, puisque des logements plus grands
et mieux situés ont pu être financés sans subirl'inconvénient du plafonnement de l'avantage
fiscal ; cette évolution s'est cependant égalementtraduite par un accroissement significatif de
la dépense fiscale.
Le dispositif
Besson a été marquépar des
plafonds de loyers de niveau intermédiaire et des
plafonds de ressources. La dépensefiscale unitaire a sensiblement décru, mais
la rentabilité s'est dégradée et la production s'estégalement inscrite en recul.
La création du
dispositif Robien, dont la cible sociale est plus
large,s'est accompagnée
d'une reprise importante de la production, mais là
encore au prix d'unedépense
fiscale accrue. Le caractère moins contraignant des
plafonds de loyer a permis une augmentationde la part des logements financés hors zone
rurale, mais le ciblage géographique estresté perfectible : un recentrage du
dispositif a été effectué.
Pour un profil
standardisé d'investisseur et de logement au cours
du temps, la hiérarchie de la
dépense fiscale par logement s'établit clairement.
En euros constants, le dispositif Périssol a été
de ce point de vue le plus coûteux, devant le
dispositif Robien dont la dépense fiscale est
sensiblementéquivalente au
Besson, le Quilès-Méhaignerie puis le Méhaignerie.
La dépense fiscale pour un
logement standard hors Île-de-France s'étale ainsi
entre 12 000 et 20 000 euros constants 2006selon le dispositif. Si l'on rapporte la
dépense fiscale au prix du logement, la hiérarchie
est modifiéeen raison de la
forte augmentation des prix sur la période. Selon
cet indicateur, si le Périssolreste le dispositif le plus coûteux à plus de
16% du prix du logement, le Robien et le Besson serejoignent à environ 13% du prix du logement
; le Quilès-Méhaignerie sensiblement supérieuratteint 14% ; le Borloo populaire apparaît
enfin plus coûteux que le Robien recentré et que leMéhaignerie, 11% contre 9% et 10%. Si la
dépense par logement est plus importante pour le Borloopopulaire que le Robien recentré, cette
dépense tient également compte de l'effort de loyerdemandé au propriétaire. En revanche, le
nombre de logements concernés étant moindre, le
montantglobal de la dépense
devrait être inférieur.
S'agissant de la
dépense fiscale agrégée, la montée en puissance des
dispositifs a conduit à une
progression presque continue de son montant. Elle
s'établit ainsi en 2005 à près de 700 M €.
Ceschiffres reposent sur l'approche de chiffrage
de la dépense fiscale retenue dans le cadre desprojets de loi de finances, qui peut être
qualifiée de dépense fiscale " brute " dans la
mesure oùelle ne prend pas
en compte l'effet déclencheur des dispositifs, qui
est de nature à générer un
supplément de recettes fiscales. Une approche de la
dépense fiscale nette conduirait à des coûtsqui pourraient être sensiblement inférieurs
mais nécessiterait de pouvoir mettre en évidence lenombre de logements déclenchés par
l'existence des dispositifs, ce qui constitue un
champd'étude restant à
explorer.
D'après les
sources utilisées, les investisseurs dans le cadre
de dispositifs fiscaux se distinguent
par leur catégorie socio-professionnelle - plus de
50% sont cadres supérieurs - et par leur revenu -30% à 40% relèvent des trois dernières
tranches du barème, contre 10% pour les accédants
dansle neuf. Le revenu
médian des investisseurs atteint ainsi 58 000 € et a
peu varié depuis 2001. Les
investisseurs sont en moyenne âgés de 44 ans et leur
ménage est composé en moyenne de2,6 personnes.
S'agissant des
logements acquis dans le cadre des dispositifs, ce
sont essentiellement des appartements(à 71%). Ces logements sont plus petits que
ceux acquis pour l'accession ; leur taillediffère suivant les sources : en moyenne 65
m² pour statistiquement 3,0 pièces selon une source,40 m² pour 2,5 pièces selon l'autre source.
Les logements neufs acquis par les investisseurs
sontdavantage situés dans
des agglomérations de taille importante que ceux
acquis par des accédants:
39% des logements des investisseurs sont situés dans
des agglomérations de plus de 100 000habitants, contre 28% pour les accédants.
Cependant, si on considère la répartition par aire
urbaineet non par
agglomération, il apparaît que les logements acquis
par les investisseurs sont moinsconcentrés dans les zones où la tension du
marché est forte que ceux acquis par les accédants.
S'agissant des
caractéristiques financières, les logements acquis
dans le cadre des dispositifs fiscaux ontvu leur prix augmenter fortement depuis 2001,
comme l'ensemble des prix du neuf. Compte tenu dessurfaces plus petites, le prix des logements
acquis auprès de promoteurs est en moyenne inférieur
auprix d'un logement neuf en
accession (142 000 euros contre 180 000 euros), même
si leur prix au mètrecarré
est supérieur. Le prix des logements en
investissement locatif est essentiellement financé
paremprunt (taux d'apport
personnel de 14%) ; la durée moyenne de l'emprunt
est de quinze ans et il
s'agit à 60% de prêts à taux fixe.
L'étude de la
population accueillie dans l'ensemble de l'offre
nouvelle de logements en investissementlocatif sur la période 1995-2004 montre qu'il
s'agit d'une population plutôt intermédiaire en
terme deressources. Les
ménages accueillis dans le parc locatif neuf sont
des ménages intermédiaires, avec unrevenu par unité de consommation au sens de
l’INSEE de 14 000 € annuels contre 13 900 € pour
l'ensembledes emménagés
récents.
Cette population
est, par ailleurs, jeune et peu familiale. L'âge
moyen de la personne de référence estainsi de 28 ans, contre 47 pour l'ensemble
des emménagés récents. De la même façon, plus de la
moitiédes emménagés récents
dans le parc locatif sont des couples ou des
personnes seules. La taille
moyenne des ménages (au sens fiscal) dans le parc
locatif neuf est de 1,9 contre 2,7 pour l'ensembledes emménagés. Enfin, le locatif dans le neuf
et le locatif dans l'ancien se distinguent peu du
point devue de la
composition des ménages accueillis.
Ces indications
tendent à montrer que ces logements constituent donc
probablement une étape dans leurtrajectoire résidentielle, ce qui paraît
cohérent avec la faible durée d'occupation de ces
logements.
Le panorama des
études locales réalisées, qui concernent
essentiellement l'effet du dispositif Robien,contribue d'abord à souligner la difficulté
liée à l'absence de source administrative
exhaustive. Lesdonnées
quantitatives reposent alors nécessairement sur des
approches indirectes ou sur des enquêtesspécifiques dont il convient de se préserver
des biais méthodologiques. Il permet également de
mettreen relief des
situations très différentes selon les situations
locales, avec des phénomènes de productionmanifestement excessive dans certaines zones
limitées, et de production mieux adaptée dans
d'autres.
La vision
d'ensemble laisse paraître une contribution
significative du dispositif à la hausse de la
productionde logements
neufs, et un effet progressif de cette production
sur le marché locatif, qui a, dans certainescirconstances, un effet sur la transformation
du parc locatif ancien de moindre qualité, qui
souffreen comparaison d'une
moindre attractivité, ce qui peut provoquer la
réalisation de travaux ou la venteà des accédants à la propriété.
A partir de ces
informations, un certain nombre de pistes de
réflexions peuvent être ouvertes :
Premièrement, les
caractéristiques fiscales des dispositifs influent
bien sur la typologie des logementsfinancés. Il est donc crucial de s'assurer a
priori que ces caractéristiques favorisent bien
l'émergenced'un parc locatif
dont le profil répond à la demande, en particulier
en termes de taille, de niveau de loyeret de localisation. Il faut toutefois
reconnaître que l'analyse de la demande, en
particulier depuis leniveau
national, est un exercice délicat tant les marchés
locaux de l'habitat sont hétérogènes.
Deuxièmement, la
question du ciblage social des dispositifs n'est pas
neutre en termes financiers. Desplafonds de loyers et de ressources plus
contraignants nécessitent une majoration de la
dépense fiscalepour assurer
à l'investisseur une attractivité suffisante. A
défaut, le niveau de la production risque dediminuer dans des proportions qui peuvent
être significatives. Dans l'objectif de la détente
du marchélocatif, le choix
de dispositifs fiscaux socialement ciblés et donc
plus coûteux constitue une alternativeau choix de dispositifs non ciblés
socialement mais qui permettent, pour une même
dépense fiscale agrégée,une
production plus importante.
Troisièmement,
les choix de localisation des logements faits par
les investisseurs n'apparaissent pas, auvu des études réalisées dans ce rapport,
comme parfaitement satisfaisantes. En effet, une
part significativedes
investissements est réalisée dans des zones dont la
tension du marché est faible ou intermédiaire.On peut s'interroger sur un ciblage des
dispositifs à certaines zones dont le marché
immobilier estconsidéré
comme suffisamment tendu pour justifier une aide
fiscale de l'Etat. Cette interrogation peut sedoubler d'une réflexion sur l’articulation
entre les aides fiscales et les interventions des
collectivités dansle domaine
de l’habitat, notamment quand elles sont
délégataires. Or, le coût d'urbanisation associé à
laconstruction de logements
neufs et le risque électoral que cela peut
représenter, peut limiter la volontédes élus locaux, en particulier les maires,
d'utiliser ce type d'aide. Il conviendra donc de
veiller à ce queles
incitations des collectivités locales à encourager
le recours aux aides fiscales soient conformes avecles besoins de leur marché local de
l'habitat.
Quatrièmement,
dès lors qu'une contrainte de loyer est imposée, il
est certain que la pertinence
des plafonds de loyer aura un impact sur le niveau
de la production de logements et sur le coût dea dépense fiscale. Il convient en effet de
souligner qu'un investisseur rationnel n'opte pour
undispositif socialement
contraignant que si l'avantage fiscal supplémentaire
lui compense au moinsla
différence de loyer avec le prix du marché.
Aujourd'hui, le territoire national est divisé en
quatrezones selon lesquelles
les plafonds de loyer sont différenciés. Chaque zone
reste hétérogène entermes de
tension du marché : dans une zone, dans les parties
les plus chères, l'écart entre plafondde loyer et loyer de marché est plus
important et dans les parties les moins chères,
l'écartentre plafond de
loyer et loyer de marché est plus faible. L'avantage
fiscal, pour sa part, diffère
peu selon la partie de la zone concernée. L'objectif
d'efficacité de la dépense publique supposedonc de pouvoir approcher plus finement
encore le prix du marché de manière à ne pas faire
plusque compenser cette
différence : force est de constater que
l'appréciation fine des prix du marchéest un domaine qui recèle un potentiel de
progression important.
Cinquièmement, il
est probable que l'efficacité des mesures fiscales
en termes de déclenchement
d'opérations est fortement dépendante de l'insertion
des dispositifs dans la conjoncture de laconstruction. En période de faible
construction, la plus grande partie des
investissements réalisésdans
le cadre des dispositifs fiscaux est en effet
probablement déclenchée par ces dispositifs. Al'inverse, en période de surchauffe, il est
probable qu'une part significative des logements
bénéficiantde dispositifs
fiscaux aurait été financé même en l'absence de
dispositif. Cette observation
permet d'ouvrir une réflexion quant à l'utilisation
des dispositifs fiscaux pour réguler le niveau dela construction. Cette utilisation peut
cependant se heurter à deux difficultés majeures.
D'abord,la nécessité
d'assurer une certaine stabilité dans le temps des
dispositifs pour permettre unebonne appréhension des dispositifs par les
promoteurs et des investisseurs, pour éviter les
à-coupsliés au passage d'un
dispositif à l'autre et pour permettre une
évaluation plus complète de cesdispositifs. Ensuite, une certaine difficulté
d'identifier a priori les évolutions futures de la
conjonctureen termes de
construction.
Si ce rapport ne
permet pas de trancher l'ensemble des questions que
pose l'évaluation des
dispositifs d'incitation fiscale à l'investissement
locatif, il apporte cependant un certain nombred'informations quantitatives et conduit à
dégager plusieurs pistes de réflexions quant à une
éventuelleévolution future
de ces dispositifs. Enfin, il ouvre la voie à de
futurs travaux qui permettraientd'approfondir l'appréhension de l'impact
macro-économique de ces dispositifs ainsi que de
leureffet sur les marchés
locaux de l'habitat.