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Le plomb dans l'eau |
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A l’automne dernier, les médias se sont emparés du problème du plomb dans l’eau du robinet, en se basant sur une directive européenne de 1998, pourtant non encore transcrite dans la réglementation française. Cela appelle quelques explications. La présence de plomb dans l’eau ne constitue pas «le plus grand scandale de santé publique de cette fin de siècle». Il ne s’agit pas de méchants professionnels ayant sciemment empoisonné de pauvres victimes innocentes. Ce sont tout simplement les normes définissant le caractère potable de l’eau, qui sont en train de changer. S’agissant du plomb, la teneur admise de ce métal était à 50 microgrammes par litre (µg/l) depuis 1989 (mesurés à la sortie du compteur de la Compagnie des eaux). La directive européenne, basée sur des études récentes qui ont fait évoluer notre connaissance des seuils de toxicité, prévoit de rabaisser cette teneur à 25 µg/l fin 2003, et à 10µg/l en 2013. Il faudra la mesurer au robinet du consommateur. Ce plomb est évidemment largué dans l’eau par les conduites qui la transportent. Le plomb a longtemps été utilisé pour la fabrication des canalisations d’eau potable, car c’était le seul matériau capable, à l’époque, de garantir une étanchéité parfaite et d’empêcher la contamination, par des agents extérieurs, de l’eau transportée. Ce n’est que tout récemment qu’on a remplacé les canalisations publiques parisiennes, situées dans les collecteurs d’égout, par du polyéthylène. Jusque là, seul le plomb résistait à l’atmosphère corrosive des égouts. Les canalisations situées en immeuble, elles, sont maintenant faites en fer ou en cuivre, plus rarement en polyéthylène, depuis plus de quarante ans. Ces matériaux présentent également des défauts, et peut-être s’en apercevra-t-on un jour. Pour l’instant, c’est contre le plomb que les autorités ont décidé de lutter. Les comparaisons internationales n’ont aucune valeur. Il est évident qu’un pays fortement détruit pendant la dernière guerre aura un parc de logement plus récent que notre bonne ville de Paris, et des réseaux d’adduction d’eau sans plomb. Faut-il pour autant regretter que notre capitale n’ait pas été rasée… En pratique, on sait déjà que la norme de 1989 imposant un maximum de 50µg/l de plomb au compteur n’est souvent pas respectée. La solution de ce problème relève de la Ville de Paris, et des distributeurs d’eau (Vivendi pour la rive droite, Lyonnaise des eaux pour la rive gauche), sociétés aux finances florissantes. L’actuelle campagne médiatique aura sans doute le mérite d’accélérer les choses. A moins qu’on ne mente sciemment, ce qui semble être le cas. Des études dont je n’ai pas encore trouvé l’origine, évaluent à 120 milliards de francs (18,30 milliards d’euros) le coût de la mise aux normes des réseaux, dont 80% à la charge des particuliers et des copropriétés. Sachant combien il est difficile de chiffrer les travaux de bâtiments, je reste circonspect sur cette quantité de milliards, représentant quand même 12% du budget de la France, mais seulement 2 000 F (304,90 €) par Français. Quant aux 80%, jugez vous-mêmes : l’eau qui parvient au robinet du consommateur parisien parcourt une trentaine de kilomètres dans des canalisations publiques, et moins de trente mètres en moyenne dans des canalisations d’immeubles. Par ailleurs, ces canalisations d’immeubles en plomb sont si anciennes, qu’elles sont toujours gainées intérieurement de tartre, lequel isole l’eau et le plomb. Remplacer aveuglément toutes les canalisations en plomb d’un immeuble présente souvent d’énormes problèmes. Elles sont généralement encastrées ou difficiles d’accès. Il faut casser des salles de bains, des cuisines équipées, couper l’eau de longues journées… On peut déjà dire que seul le robinet de la cuisine est concerné. C’est le seul dont on boive régulièrement l’eau. Il paraît donc raisonnable de terminer le remplacement complet de l’alimentation des cuisines des immeubles d’ici 2013, entre le compteur de la Compagnie des eaux et les robinets des éviers. Il faudra supprimer non seulement les tuyaux de plomb proprement dits, mais aussi les soudures au plomb, les conduites en acier galvanisé dans certains cas, les robinets en laiton, etc. Dans tous les cas, et même avec une eau parfaitement saine, il faut laisser couler le robinet avant d’y boire. La stagnation de l’eau dans les tuyaux favorise la concentration des éléments indésirables, et le “premier jet” doit être considéré comme jamais potable. Il ne s’agit pas de gaspillage d’une denrée rare et précieuse, mais d’une mesure d’hygiène élémentaire. Source : Olivier Delalande
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