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Interview de M. Thierry OTTAVIANI, président de l'association SOS BRUIT Paris

Le bruit est la nuisance la plus répandue en France, comme l´écrivait dès 1980 Jean-Claude Delarue, président de l´ADUA (Association Des Usagers de l´Administration), dans un rapport adopté par le Conseil économique et social : plusieurs millions de personnes sont victimes du bruit de voisinage (chaîne hi-fi, aboiements prolongés...), de nuisances causées par des discothèques, des bars, des restaurants, des ateliers et des usines ainsi que par les nuisances dues à la circulation routière, ferroviaire et aérienne.

Pourtant les textes qui répriment les nuisances « volontaires » et ceux qui protègent les Français contre les nuisances « inévitables » (circulation routière, par exemple) sont nombreux et très précis.

Ainsi, en 1992, Ségolène Royal, alors ministre de l´Environnement, faisait voter une loi antibruit dont les décrets d´application ont été pris par le gouvernement suivant. Il faut le savoir, entre autres : le bruit excessif est interdit de jour comme de nuit. Il est donc faux de prétendre qu´« on ne peut rien faire contre le bruit avant 10 heures du soir ». C´est pourtant ce que répondent trop souvent aux victimes les fonctionnaires et les élus chargés de faire respecter notre droit au repos et à la tranquillité.

Dans ce domaine comme ailleurs, l´administration fait preuve de laxisme. D´où notre décision de rassembler les victimes des nuisances sonores autour de l´A.D.U.A. dans l´association SOS BRUIT. (SOS BRUIT est une association loi 1901)

Présentez-nous votre association, combien avez-vous d'adhérents, qui sont-ils ?

SOS BRUIT est un organe de l'A.D.U.A. (Association Des Usagers de l'Administration) fondée par Jean-Claude Delarue. Nous avons surtout affaire à des personnes qui sont passées par un certain nombre d'étapes avant de nous contacter. C'est le cas des personnes qui ont tenté des actions en justice, mais sont soit déçues du résultat (amendes peu dissuasives, modicité des dommages-intérêts), soit ne sont pas arrivées à faire aboutir leur plainte ou à faire constater l'infraction. Mais nous traitons aussi les simples demandes d'informations sur le bruit ou les questions concernant les démarches administratives et juridiques nécessaires pour faire aboutir une plainte. Aujourd'hui l'ADUA-SOS BRUIT compte 1200 adhérents.

Comment vous situez-vous , comme une association de défense du consommateur, comme une association de défense de l'environnement et de l'amélioration de l'habitat ? Êtes-vous en relation avec les services administratifs concernés ?

Nous sommes une association de défense des usagers de l'administration et des services publics et privés. Nous travaillons à la fois en aval, avec les victimes de nuisances sonores afin de régler leurs problèmes individuels, et en amont, lorsqu'il s'agit de faire pression sur les pouvoirs publics.

Nous pensons qu'il faut au plus vite régler les problèmes en amont lorsqu'ils trouvent leur origine dans des carences de l'administration ou d'élus. Que ce soit à une échelle locale ou à une échelle nationale, le rôle des associations est de canaliser les plaintes et de leur donner une dimension qui puisse ensuite peser sur les décisions des pouvoirs publics. C'est le cas par exemple des nuisances sonores liées au bruit du trafic aérien, ferroviaire, etc. Les sit-in sont efficaces, mais nous dialoguons beaucoup avec l'administration et les élus. Nous sommes représentés dans des assemblées, comme celle de l'Observatoire du Bruit de la Ville de Paris.

La défense des victimes du bruit est aussi une défense du consommateur : combien de victimes du bruit le sont aussi d'un marché de l'isolation qui profite de la détresse des gens pour vendre des "produits miracles". Il y a beaucoup d'escroqueries concernant les moquettes ou les faux plafonds en polystyrène soi-disant anti-bruit. Il faudrait, à propos des qualités acoustiques de ces matériaux vendus, mettre en place un système de normes réglementées et compréhensibles par le consommateur.

Donnez-nous des exemples de causes que vous avez défendu et sur lesquelles vous avez pu agir concrètement.

Il y a tout d'abord beaucoup de cas particuliers de personnes victimes de nuisances sonores provenant d'ateliers, de discothèques, de bars ou cafés-restaurant qui ont trouvé satisfaction l'année dernière grâce à notre association. Ces activités ont été fermées momentanément en vue d'une mise aux normes. On peut regretter que pour des activités concernant des chantiers privés, il est moins évident de faire constater les nuisances, étant donné qu'il n'y a pas de normes réglementant les bruits de démolitions.

Il y a aussi des actions plus collectives. Au mois de mai 2001, A l'appel de nombreuses associations, dont SOS BRUIT, 10 000 personnes sont venues manifester sur le Champ de Mars contre le projet du couloir aérien qui aurait "arrosé" de ses décibels les 650 000 habitants de l'Essonne et de la Seine et Marne. Ce projet que la Direction Générale de l'Aviation Civile tentait d'imposer au Gouvernement vient d'être abandonné sous la pression des habitants et des associations.

Quelles sont les actions que vous entreprenez actuellement ? quels sont vos domaines d'interventions prioritaires?

Actuellement, nous aimerions que les entreprises produisant des nuisances sonores soient condamnées plus sévèrement. Une amende de 1500F ne suffit pas à dissuader un grand magasin de réduire ses émissions de bruit.

Nous venons de créer à Paris un comité antibruit des avions. Le trafic aérien va doubler d'ici les prochaines années. Les habitants de Paris commencent à subir des nuisances que la banlieue subissait déjà depuis de nombreuses années. Il faut que cela cesse pour Paris comme pour la banlieue.

Les solutions existent : modification de l'arrêté de 1948 concernant l'altitude minimum réglementaire du survol de la Capitale, création d'un troisième aéroport (à condition d'indemniser largement les personnes expropriées), réduction du trafic aérien de nuit, etc.
Nous continuons aussi à nous battre pour que la police réponde plus souvent et plus rapidement aux victimes qui ont besoin de faire constater un tapage nocturne ou diurne.

En conclusion, avez-vous un message à adresser à nos visiteurs qui souffrent du bruit dans leur voisinage ou leur environnement ?

Pour ce qui est des bruits de voisinage n'hésitez pas à dialoguer avec votre voisin, lequel n'est pas toujours conscient des nuisances qu'il peut provoquer. Si la démarche amiable ne donne aucun résultat, vous pouvez nous contacter sur notre site Internet.

Source : Association ADUA SOS-BRUIT PARIS
37, rue Clisson, 75013 Paris
Tél. 01-45-85-15-16 - Fax. 01-45-70-94-57
www.sos-bruit.com
Email : contact@sos-bruit.com


 

 

 
 

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Dernière modification : 15/06/2007
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